Ecobank Bénin s’est classée en tête des Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) au Bénin en 2024. Une distinction qui repose à la fois sur la participation aux émissions de titres publics, l’activité sur le marché secondaire et la qualité de la relation avec le Trésor public. Lydvine Kpenou, Directrice de la Trésorerie d’Ecobank Bénin, décrypte pour Financial Afrik les ressorts de cette performance et revient sur le rôle d’un SVT, la stratégie régionale d’Ecobank et les enjeux de développement du marché des titres publics dans l’UEMOA.
Ecobank Bénin est sacré meilleur Spécialiste en Valeurs du Trésor de l’UEMOA en 2024. Qu’est-ce que cette première place représente concrètement pour vous, et comment l’expliquez-vous ?
Ecobank Bénin s’est distinguée comme le meilleur Spécialiste en Valeurs du Trésor de l’État du Bénin au cours des cinq dernières années. Cette distinction est la validation d’un modèle opérationnel. Être classé premier dans un marché où figurent des banques régionales solides et des Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI) très bien positionnées, signifie que notre présence sur le marché des titres publics est structurelle et stratégique. Ce qui nous rend particulièrement fiers, c’est que ce classement ne récompense pas uniquement le volume des souscriptions. Il évalue l’ensemble des missions confiées à un Spécialiste en Valeurs du Trésor à savoir la participation aux adjudications, l’animation du marché secondaire ainsi que la qualité de la relation avec le Trésor Public. Être classé premier signifie donc que nous avons su maintenir un haut niveau de performance sur chacune de ces dimensions. Cela reflète l’engagement de nos équipes, la solidité de notre organisation et notre volonté d’être un partenaire de référence de l’État du Bénin.
La notation repose sur trois critères : participation aux adjudications (50 pts), présence sur le marché secondaire (35 pts), et qualité de service (15 pts). Sur lequel de ces trois axes, Ecobank Bénin s’est-il particulièrement distingué cette année ?
Ce qui fait la force d’Ecobank n’est pas une performance exceptionnelle sur un seul critère, mais notre capacité à maintenir un niveau d’excellence sur l’ensemble des critères évalués. Nous avons participé activement aux émissions du Trésor, animé le marché secondaire afin d’assurer la liquidité des titres et entretenu une relation de proximité avec les Trésors nationaux ainsi qu’avec UMOA-Titres. C’est cet équilibre qui explique notre première place. Être un SVT performant, ce n’est pas uniquement acheter des titres, c’est aussi faire vivre le marché et accompagner durablement les États.
Coter un prix à l’achat comme à la vente, en continu, suppose d’accepter de porter le risque pendant le temps nécessaire à trouver la contrepartie. Peu d’acteurs le font de manière systématique. Nous nous sommes distingués en générant le volume le plus important traité sur le marché secondaire des titres État du Bénin en 2024, une présence sur l’ensemble des maturités de la courbe, et la capacité d’absorber des blocs institutionnels. Cela traduit notre capacité à assurer une véritable liquidité des titres après leur émission. Pour les investisseurs, c’est un élément essentiel puisqu’ils comprennent qu’ils pourront acheter ou céder leurs titres dans de bonnes conditions.
Ecobank Bénin a remporté ce titre à plusieurs reprises. Qu’est-ce qui, selon vous, explique cette régularité dans un marché aussi concurrentiel ?
Cette régularité s’explique avant tout par notre modèle panafricain mais aussi par une performance de processus.
Les conditions changent d’une année à l’autre : niveaux de taux, tension sur la liquidité bancaire, calendrier d’émissions, appétit des investisseurs.
- Une capacité de bilan. Nous sommes présents sur la quasi-totalité des adjudications, quel que soit le contexte de liquidité de la place. Cette constance distingue un SVT de premier rang d’un intervenant ponctuel.
- Une organisation dédiée. Un desk régional dédié à la distribution des titres et en synergie avec la fonction de gestion du bilan de la banque et une gouvernance qui fixe les limites en amont. C’est ce cadrage préalable qui nous permet d’anticiper sur les adjudications et d’identifier les opportunités.
- Une franchise clients. Institutionnels, compagnies d’assurance, caisses de retraite, SGI, grandes entreprises : c’est cette base d’investisseurs qui nous permet également de souscrire puis de redistribuer, donc de reconstituer en permanence notre capacité d’intervention.
Sur un marché aussi concurrentiel, la régularité vient précisément de notre modèle qui ne dépend ni d’une opportunité ponctuelle, ni d’une contrepartie unique, ni d’une configuration de taux particulière.
Les SVT jouent un rôle clé dans le financement des États de l’UEMOA en garantissant la liquidité du marché et en facilitant l’accès des Trésors nationaux aux ressources nécessaires. Comment Ecobank Bénin conçoit-il concrètement ce rôle au quotidien ?
Il se décline en trois missions très concrètes.
En amont de l’adjudication, nous assurons une remontée d’information au Trésor via UMOA Titres ainsi que les creusets mis en place par le Trésor Public de l’Etat du Bénin : appétit réel du marché, maturités recherchées, niveaux de rendement attendus, capacité d’absorption estimée. C’est un dialogue technique qui aide à calibrer le montant, le format, les bons ou obligations, et le calendrier.
Le jour de l’adjudication, nous soumissionnons pour compte propre et pour compte de clientèle. Notre présence systématique contribue à une bonne couverture des programmes d’émission et à une formation de taux ordonnée.
Après l’adjudication, nous redistribuons. C’est la partie la moins visible et sans doute la plus importante : un titre acquis à l’émission et conservé jusqu’à échéance ne crée aucun marché. En le replaçant auprès d’investisseurs finaux, puis en continuant à le coter, nous créons la liquidité qui permettra à ces investisseurs de sortir le jour où ils en auront besoin. C’est cette profondeur qui, en retour, rend les titres publics attractifs à l’émission.
Dans un contexte de pression budgétaire croissante pour plusieurs États de la zone, quelle est la responsabilité d’un SVT de premier rang comme Ecobank Bénin vis-à-vis des Trésors nationaux ?
Notre responsabilité est double, et il faut assumer les deux.
La première est d’être une contrepartie stable et prévisible à travers le cycle. Un SVT présent uniquement lorsque les conditions sont favorables n’apporte pas de valeur réelle. Le test se fait dans les périodes de tension : c’est là que la présence d’un adjudicataire de premier rang réduit la volatilité des taux et sécurise la couverture des programmes d’émissions de titres de l’Etat.
La seconde est d’être un signal de prix honnête. Notre rôle n’est pas de valider n’importe quel niveau, mais de transmettre les conditions réelles du marché. C’est d’ailleurs dans l’intérêt des Trésors eux-mêmes : un financement réalisé à un prix non conforme au marché finit toujours par se payer sur les émissions suivantes.
S’y ajoute un troisième axe, le plus structurant à moyen terme : élargir la base d’investisseurs. Le marché régional demeure très intermédié par les banques. Plus, nous parvenons à y attirer les compagnies d’assurance, les caisses de retraite, les OPCVM et l’épargne des particuliers, plus le financement des États devient résilient et moins il dépend de la seule liquidité du secteur bancaire.
Le classement montre qu’Ecobank est également présent dans le top 3 en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en Guinée-Bissau, au Mali, au Niger et au Togo. Quelle est la stratégie régionale du groupe qui permet cette présence simultanée dans autant de marchés ?
Elle repose sur un principe simple : nous ne gérons pas huit marchés séparés, nous gérons un marché régional doté de huit points d’accès, nous offrons la même expérience aux investisseurs et à nos partenaires souverains dans chacun de nos marchés d’implantation.
Trois éléments le rendent possible :
- Une empreinte complète. Une présence physique et un statut de SVT dans l’ensemble des pays de l’Union, ce qui n’est le fait que d’un nombre très limité d’acteurs.
- Une plateforme unifiée. Un même système front-to-back, un même cadre de gouvernance des risques, même lecture de la courbe des taux.
- Un pilotage de bilan coordonné. La fonction gestion du bilan couvre l’ensemble de la zone UEMOA. Elle permet d’allouer la capacité d’intervention là où elle est la plus utile et de faire circuler la liquidité entre les filiales.
C’est aussi cette circulation intra-groupe qui alimente le marché secondaire transfrontalier, un segment encore trop peu développé dans l’Union, et sur lequel nous jouons un rôle important.
Quels sont les chantiers prioritaires d’Ecobank Bénin sur le marché des titres publics pour consolider et dépasser cette performance en 2025 ?
Dans un contexte de besoins de financement croissants, le rôle d’un SVT n’est pas uniquement d’apporter des capitaux. Il consiste également à renforcer la confiance des investisseurs. Pour atteindre nos objectifs, nous nous fixons quatre priorités
- Approfondir le marché secondaire. C’est notre axe de différenciation, et c’est aussi le maillon faible du marché régional. Notre objectif est de resserrer les fourchettes de cotation, de tenir des prix fermes sur un plus grand nombre de lignes, et de développer les instruments qui font tourner un marché (pension livrée, prêt-emprunt de titres…).
- Élargir la base d’investisseurs. Aller chercher plus systématiquement les institutionnels non bancaires et l’épargne des particuliers, y compris via des campagnes spécifiques de distribution de titres aux clients. Cela suppose un effort de pédagogie que nous assumons pleinement et que nous exerçons entièrement.
- Industrialiser la chaîne de traitement. Automatisation des prix, des rapports réglementaires et des traitements post-marché, avec un objectif de dénouements instantanés. L’enjeu est de traiter davantage de volume sans dégrader la qualité de service.
- Renforcer le conseil aux Trésors. Construction de lignes de référence, stratégie de réabonnement, allongement progressif de la maturité moyenne, diversification des formats sur lesquels la demande régionale progresse.
Notre véritable objectif n’est pas de conserver un classement, mais de participer à l’essor de l’économie régionale.

