L’Égypte a lancé, le 19 août 2026, les travaux d’un complexe de production d’acide phosphorique sur le plateau d’Abu Tartour, dans le désert occidental, pour un investissement de 658 millions de dollars. Situé dans le gouvernorat de la Nouvelle-Vallée, le projet vise à renforcer la transformation locale du phosphate et à produire davantage de biens à forte valeur ajoutée destinés aux marchés internationaux.
Le complexe, porté par une société dédiée, Abu Tartour for Phosphoric Acid (AT-Phos), réunit plusieurs entreprises publiques égyptiennes : Phosphate Misr (25 % du capital), Abu Qir Fertilizers and Chemical Industries Company (10 %) et Helwan Fertilizers Company, auxquelles s’ajoutent des institutions financières locales telles que le fonds Al Ahly Capital Holding et la Banque nationale d’investissement. La construction et l’ingénierie ont été confiées aux groupes chinois China State Construction Engineering Corporation (CSCEC) et East China Engineering Science and Technology Co (ECEC). Les travaux, plusieurs fois reportés ces dernières années, doivent durer 30 mois.
250 000 tonnes par an
Dans sa première phase, l’usine doit produire 250 000 tonnes d’acide phosphorique commercial à haute concentration par an, principalement destiné à l’industrie des engrais phosphatés.
La production sera exportée via le port de Safaga, sur la mer Rouge. Pour les autorités égyptiennes, l’objectif est double : mieux valoriser une ressource disponible en abondance et accroître les recettes en devises. Le projet devrait également générer plus de 3 000 emplois directs et indirects.
Présent lors de la cérémonie, le ministre du Pétrole et des Ressources minérales, Karim Badawi, a présenté le complexe comme l’un des grands projets industriels visant à maximiser la valeur des ressources phosphatées du pays, et défendu une stratégie consistant à réduire l’exportation de matières premières brutes au profit d’une industrie locale capable de produire des dérivés à plus forte valeur ajoutée.
L’Égypte mise sur ses réserves
Le projet s’inscrit dans une série d’investissements consacrés à la transformation du phosphate. En avril, le groupe indonésien Indorama Corporation s’est associé à Phosphate Misr pour développer à Ain Sokhna un complexe intégré d’engrais phosphatés et de produits chimiques, d’une capacité annuelle de 600 000 tonnes. En novembre 2025, le chinois Kunming Chuan Jin Nuo Chemical avait également signé un accord avec El Sewedy Industrial Development pour un projet d’un milliard de dollars consacré notamment à l’acide phosphorique et aux engrais DAP et TSP.
Avec environ 2,8 milliards de tonnes de réserves, l’Égypte se classe au troisième rang mondial, derrière le Maroc et la Chine, selon l’USGS. Sa production de phosphate a atteint environ 16 millions de tonnes entre juillet 2024 et avril 2025, contre 11 millions un an plus tôt, selon le ministère égyptien du Pétrole et des Ressources minérales.
Le pari d’Abu Tartour est ainsi lancé : transformer davantage le phosphate sur place, développer l’industrie des engrais et faire des exportations de produits transformés une nouvelle source de revenus pour l’économie égyptienne.

