Le gouvernement camerounais négocie avec le groupe britannique Globeleq le rachat de ses 56% de participations dans Kribi Power Development Company (KPDC) et Dibamba Power Development Company (DPDC), pour une valorisation indicative d’environ 80 milliards de FCFA (environ 138 millions USD). Selon des sources non officielles reprises par la presse locale, « à ce stade, aucune offre formelle n’a encore été transmise, mais les discussions avancent suffisamment pour espérer une conclusion avant fin 2026 ».
Les deux centrales pèsent lourd dans l’équation énergétique nationale. En effet, KPDC exploite la centrale à gaz de Kribi, d’une capacité de production de 216 MW, tandis que DPDC contrôle celle à fioul lourd de Dibamba, 88 MW. Ensemble, elles représentent plus de 20% des capacités du Réseau interconnecté Sud (RIS), qui alimente Yaoundé, Douala et la zone industrialo-portuaire de Kribi. L’État, déjà actionnaire à 44% des deux sociétés, avait exercé son droit de préemption dès juillet 2025 pour bloquer toute cession à un tiers.
Deuxième nationalisation après Eneo
Cette opération prolonge un mouvement engagé avec Eneo, devenue Société camerounaise d’électricité (Socadel) depuis le décret présidentiel du 4 mai 2026. L’État avait réglé, en février 2026, 78 milliards de FCFA (près de 135 millions USD) au fonds Actis pour racheter ses 51% de parts, portant sa participation à 95% du capital, avant d’en devenir actionnaire unique. Si la valorisation de 80 milliards de FCFA sur Globeleq se confirme, les deux acquisitions totaliseraient près de 158 milliards de FCFA (environ 273 millions USD), sans compter les impayés à apurer ni les besoins de recapitalisation.
L’on se souvient que le climat entre Globeleq et Yaoundé s’est nettement dégradé depuis 2024. En effet, en septembre 2024, la centrale de Kribi avait cessé de produire, faute de paiement de créances évaluées à 137 milliards de FCFA (environ 237 millions USD), avant de redémarrer en février 2025. Un nouveau différend, cette fois fiscal, a éclaté en juin 2026. Ainsi, après le blocage de ses comptes bancaires par l’administration camerounaise, Globeleq a retiré les capacités de ses deux centrales du réseau, privant d’électricité environ 40% des usagers du Littoral et de l’Ouest.
Ces épisodes répétés traduisent une fragilité structurelle plus profonde que le seul différend actionnarial. Socadel affiche un déficit mensuel moyen proche de 13 milliards de FCFA (environ 22,5 millions USD), collectant environ 31 milliards (environ 53,5 millions USD) contre 44 milliards (environ 76 millions USD) de charges décaissables, selon des données relayées par la presse économique camerounaise. Les contrats d’achat d’électricité liant le distributeur aux deux centrales de Globeleq représentent à eux seuls une charge mensuelle proche de 8 milliards de FCFA (près de 14 millions USD).
Le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) table sur une économie mensuelle de 3 milliards de FCFA (environ 5 millions USD) après la reprise et la renégociation de ces contrats, soit 36 milliards de FCFA (environ 62,2 millions USD) par an. Ce chiffrage reste toutefois conditionné à un mécanisme encore non précisé, composé de refinancement de la dette, révision des charges de capacité, ou modification des conditions d’exploitation. Même sous pavillon public, KPDC et DPDC devront continuer à financer combustible, maintenance et remboursements d’emprunts, un passif que la seule reprise capitalistique ne suffira pas à résorber.

