« L’Afrique doit construire des compétences avant de construire des hôpitaux »
Médecin radiologue de formation et opérateur économique, le Dr Saïd Mahmoudi est le fondateur et président-directeur général du Groupe Chahids Mahmoudi, devenu en une décennie l’une des principales références algériennes en matière d’imagerie médicale de pointe et de soins spécialisés. À la faveur du Forum régional sur la santé organisé à Nouakchott, Financial Afrik l’a rencontré. Il revient sur la construction de son groupe, son ambition continentale, son projet en Mauritanie et sa conviction que l’avenir de la santé africaine repose autant sur les femmes et les hommes que sur les technologies.

Financial Afrik : L’Hôpital Chahids Mahmoudi est aujourd’hui considéré comme une référence dans le paysage hospitalier algérien. Revenons aux origines de cette aventure : quelle était votre vision initiale ? Quels ont été les principaux défis rencontrés et les étapes décisives qui ont permis à votre établissement d’atteindre ce niveau d’excellence ?
Dr Saïd Mahmoudi : Lorsque nous avons lancé ce projet, notre ambition n’était pas simplement de construire un nouvel hôpital. Nous voulions démontrer qu’en Algérie, il était possible de créer un établissement répondant aux plus hauts standards internationaux, où le patient est véritablement au cœur de toutes les décisions.
Notre vision reposait sur trois piliers : l’excellence médicale, l’innovation technologique et l’excellence humaine. Les débuts ont naturellement été marqués par de nombreux défis : constituer des équipes hautement qualifiées, investir dans des équipements de dernière génération, instaurer une véritable culture de la qualité et convaincre qu’un modèle d’excellence pouvait être pérenne dans notre environnement.
Très tôt, nous avons compris qu’il fallait investir d’abord dans les femmes et les hommes avant d’investir dans les technologies. Les équipements évoluent sans cesse ; les compétences, les valeurs et l’engagement des professionnels demeurent le véritable capital d’un établissement de santé.
Nous étions également convaincus que l’Hôpital Chahids Mahmoudi devait s’inscrire dans une dynamique africaine. Dès mai 2017, nous avons organisé à Tizi Ouzou un congrès scientifique international consacré à la prise en charge multimodale du cancer, réunissant 39 professionnels de santé issus de sept pays africains. Ce fut une étape fondatrice de notre ouverture vers le continent.
Cette démarche s’est ensuite concrétisée par plusieurs partenariats institutionnels. En 2017, nous avons signé une convention avec la Caisse nationale d’assurance maladie de Mauritanie, ouvrant la voie à la prise en charge de patients mauritaniens. En 2018, un accord de coopération a été conclu avec la Caisse de prévoyance sociale de Guinée. Plus récemment, en 2026, la signature d’accords avec l’Union africaine et l’Organisation mondiale de la Santé est venue consacrer cette stratégie d’ouverture continentale.
Aujourd’hui, si notre établissement est reconnu, c’est avant tout parce que nous avons bâti une culture d’amélioration continue, où chaque succès constitue une responsabilité supplémentaire.
Financial Afrik : Dans un secteur de la santé en profonde mutation, comment définissez-vous aujourd’hui le positionnement stratégique de votre établissement ?
Dr Saïd Mahmoudi : Nous nous définissons comme un hôpital universitaire privé de nouvelle génération, fondé sur l’innovation, la qualité et la sécurité des soins. Notre ambition dépasse le rôle traditionnel d’un prestataire de soins. Nous voulons être un acteur du développement des systèmes de santé.
Notre stratégie repose sur plusieurs axes : la médecine hautement spécialisée, la multidisciplinarité, la digitalisation des parcours patients, l’investissement permanent dans les technologies médicales, la recherche clinique et la formation continue des professionnels.
L’innovation ne se résume pas à l’acquisition d’équipements sophistiqués. Elle concerne aussi notre organisation, notre gouvernance et notre manière d’accompagner les patients.
Notre objectif est que chacun bénéficie des meilleures pratiques internationales tout en recevant une prise en charge profondément humaine.
Financial Afrik : L’ouverture à l’international constitue désormais un enjeu majeur. Quelle est votre vision ?
Dr Saïd Mahmoudi : La santé est désormais mondiale. Les connaissances, les technologies et les compétences circulent au-delà des frontières. Notre ambition est de contribuer à la construction d’un réseau africain d’excellence capable de répondre aux besoins du continent.
Nous souhaitons développer des partenariats avec les grands centres hospitaliers internationaux, les universités, les organismes de recherche, les institutions internationales ainsi que les industriels du secteur médical.
L’objectif est clair : permettre aux patients africains d’accéder à une médecine de très haut niveau sans être contraints de quitter leur continent.
Financial Afrik : Pourquoi avoir choisi la Mauritanie pour porter cette ambition ?
Dr Saïd Mahmoudi : La Mauritanie représente pour nous un partenaire naturel. C’est un pays en pleine transformation, porté par une volonté politique affirmée de renforcer son système de santé, avec des besoins importants en médecine spécialisée.
Notre projet dépasse largement la construction d’un hôpital. Nous voulons contribuer à l’émergence d’un véritable écosystème de santé comprenant des infrastructures modernes, des centres d’excellence, un institut de formation, des programmes de recherche, des plateformes de télémédecine et un réseau de coopérations internationales.
Notre ambition est de bâtir un projet durable, bénéfique à la population mauritanienne, tout en renforçant les synergies entre les pays africains.
Financial Afrik : Pensez-vous que la Mauritanie puisse devenir un hub sanitaire régional ?
Dr Saïd Mahmoudi : J’en suis profondément convaincu. Sa position géographique, sa stabilité et sa volonté de modernisation constituent de solides atouts. Mais cela suppose d’investir simultanément dans les infrastructures, les ressources humaines, la gouvernance, les nouvelles technologies et la recherche.
La Mauritanie peut devenir une plateforme régionale de référence pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Notre groupe souhaite accompagner cette transformation par la formation des professionnels, le transfert de savoir-faire et la diffusion de standards internationaux de qualité. Le véritable défi de l’Afrique n’est pas uniquement de construire des hôpitaux ; il est avant tout de construire des compétences.
Financial Afrik : Quelle est votre vision à l’horizon 2030 ?
Dr Saïd Mahmoudi : Je souhaite que notre groupe devienne une référence africaine en matière de médecine de qualité, d’innovation et de formation.
Notre ambition est de développer un réseau d’établissements partageant les mêmes exigences d’excellence, de sécurité et d’éthique.
À l’horizon 2030, j’aimerais que l’on puisse dire que nous avons contribué à améliorer durablement l’accès à des soins de haut niveau, à former une nouvelle génération de médecins, d’ingénieurs et de professionnels de santé africains, à renforcer la recherche et l’innovation sur le continent, à réduire les évacuations sanitaires vers l’étranger et, plus largement, à consolider la souveraineté sanitaire de l’Afrique.
L’héritage que je souhaite laisser ne se résume pas à des bâtiments modernes ou à des équipements performants. Je voudrais transmettre un modèle de développement fondé sur le savoir, la qualité, l’innovation et l’engagement humain.
Car les bâtiments vieillissent, les technologies se renouvellent, mais les compétences transmises et les femmes et les hommes formés continueront, eux, à transformer durablement les systèmes de santé africains.

