La 2ᵉ édition des BOAD Development Days, placée sous le thème « Bâtir l’avenir de l’UEMOA : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique », s’est ouverte ce jeudi 11 juin à Lomé. À la tribune, le président de la Banque ouest africaine de développement (BOAD), Serge Ekué, le ministre togolais Kodjo Adedze et le ministre ivoirien Moussa Sanogo ont convergé sur une même urgence : faire du logement un levier stratégique de développement régional.
« La bombe ou l’atout »
Ouvrant les travaux, Serge Ekué a planté un décor saisissant : l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) franchira le cap des 300 millions d’habitants en 2050, dont plus de la moitié en ville. Une démographie qu’il qualifie tour à tour de « bombe à retardement » ou de « formidable atout ».
Pour le Béninois, l’habitat n’est plus une variable d’ajustement social, mais « un moteur économique de premier ordre », indissociable de la question énergétique. Il a rappelé les réalisations en cours : plus de 100 milliards de FCFA mobilisés pour la ville nouvelle d’Ouèdo au Bénin, 160 milliards investis en Côte d’Ivoire dans les logements sociaux, et le financement des études d’un programme de 20 000 logements à Kpomé au Togo.
« Repenser le logement comme infrastructure structurante »
Kodjo Adedze, ministre togolais de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, a salué une initiative qui place le logement au cœur de l’agenda commun. Soulignant que le taux d’urbanisation du Togo est passé de 37 % en 2010 à 43 % en 2022, il a appelé à un changement de paradigme : envisager le logement comme « une infrastructure structurante de développement ».
Trois convictions ont guidé son propos : l’inclusion (produits financiers adaptés, location-accession, prise en compte des revenus irréguliers), la durabilité dès la conception (foncier, ventilation naturelle, matériaux locaux) et la force de l’action régionale. L’ancien président de l’Assemblée nationale de son pays confirmé que le projet Kpomé-Dalavé, dont les études sont achevées avec l’appui de la BOAD, entre en phase d’implémentation, pour répondre à une demande nationale évaluée par la Banque mondiale à 500 000 logements.
Qui de la dimension financière du défi
Représentant le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé, Moussa Sanogo, ministre de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de Vie de Côte d’Ivoire, a livré les chiffres-clés du défi : l’Afrique cumule un déficit de 56 millions de logements, dont 13,5 millions dans l’UEMOA et 600 000 à 800 000 en Côte d’Ivoire. Combler ce dernier exigerait 9 000 à 15 000 milliards FCFA, à comparer au budget national ivoirien de 17 300 milliards. Or, en 2024, les crédits immobiliers ne représentaient que 6,8 % de l’encours bancaire de l’Union, contre 27 % au Maroc.
Saluant le financement BOAD de 4 300 logements pour 159 milliards FCFA, le ministre a plaidé pour le développement de garanties régionales, le refinancement hypothécaire, l’industrialisation des matériaux locaux et l’alignement de la formation technique sur les besoins du marché.
Une conviction partagée
De ces trois interventions se dégage une conviction unanime, résumée par l’adage cité par les ministres togolais et ivoirien : « quand le bâtiment va, tout va ». Loger dignement les populations ouest-africaines, retient-on, c’est créer des emplois non délocalisables, structurer des filières locales et bâtir la souveraineté énergétique de l’Union ; à condition de mutualiser les outils, harmoniser les normes et mobiliser massivement le capital privé aux côtés de la finance régionale.

