Par Christian Kazumba *
En RDC, une taxe numérique suspendue après douze jours de contestation. Un symptôme d’un mal plus large : souvent, sur le continent, les gouvernements choisissent la solution fiscale la plus rapide plutôt que la plus efficace.
Le 20 juillet 2026, la République démocratique du Congo signait un arrêté instaurant de nouvelles taxes sur les activités numériques : jusqu’à 100 000 dollars pour certaines catégories de services et 5 000 dollars pour l’autorisation d’exploitation des fintechs ou des banques en ligne. L’objectif, légitime a priori, était clair : augmenter les recettes de l’État.
Douze jours plus tard, une contestation massive de l’écosystème local provoquait la suspension de ce texte tant décrié. La mobilisation a notamment mis en lumière une forme de contradiction avec l’esprit du « Startup Act », cette loi de 2022 censée créer un cadre fiscal attractif pour l’innovation congolaise. Un épisode bref, mais qui en dit long sur un mal largement répandu sur notre continent.
Le réflexe du court terme : la facilité punitive
La RDC est loin d’être la seule à succomber à cette logique de court-termisme.
En 2025, l’Afrique du Sud a tenté de relever son taux de TVA de 15 à 15,5 %, avant de reculer. La mesure avait pourtant tout pour séduire un gouvernement pressé : tous les consommateurs, qu’ils travaillent dans le secteur formel ou informel, y étaient assujettis, et ce sont les commerçants, non l’administration, qui ont la charge de la collecte de la TVA.
Augmenter le taux de cette taxe ne demande donc ni nouvel appareil de contrôle ni effort supplémentaire de recouvrement. L’État pense engranger plus vite et plus largement, sans rien changer à son organisation.
Conflits militaires persistants, salaires et primes des fonctionnaires, remboursement du capital de la dette ou paiement de ses intérêts : face à des échéances budgétaires immédiates et parfois mal anticipées, certaines gouvernances vont souvent au plus simple et au plus rapide, mais pas nécessairement au plus productif.
Ajouter une taxe à des contribuables déjà identifiés semble demander moins d’efforts que de mobiliser progressivement ceux qui échappent encore à toute fiscalité. Il s’agit pourtant d’une nécessité absolue dans des pays où l’informel représente, en moyenne, entre 20 et 65 % du PIB.
L’équité horizontale : la méthode plutôt que le bâton
Pour optimiser durablement les recettes, nos administrations devraient privilégier l’équité horizontale, en élargissant l’assiette à capacité contributive égale, plutôt que l’asphyxie verticale du noyau formel. Toutefois, intégrer l’informel exige de la méthode et, surtout, du temps.
En effet, la contrainte pure est vouée à l’échec, et le Burkina Faso l’a appris à ses dépens. Une Contribution du secteur informel, devenue Contribution des microentreprises en 2015, a tenté d’élargir l’assiette fiscale en fiscalisant d’office les acteurs informels, par la contrainte.
Le résultat est sans appel : ce nouvel impôt ne génère que 0,28 % des recettes fiscales totales du pays. La « technique du bâton », pour être efficace, doit être précédée de la construction progressive d’un lien de confiance entre l’administration et les opérateurs non formalisés.
La Côte d’Ivoire s’est orientée vers une autre voie, celle de la « carotte », qui produit déjà de premiers résultats. Depuis 2023, le Conseil du Café-Cacao prend en charge la cotisation mensuelle de couverture maladie universelle de tous les détenteurs de la carte de producteur.
En avril 2025, un chèque symbolique de 952 millions de francs CFA était remis à la Caisse nationale d’assurance maladie pour couvrir 700 000 producteurs de café-cacao, dont l’immense majorité évolue dans l’informel.
Pas de taxation en préalable : d’abord une identification, un recensement, une carte, puis un service concret fourni avant toute exigence fiscale. On ne paie pas pour voir, mais on accepte de payer lorsqu’on a vu.
La véritable réforme fiscale se construit en remplaçant la coercition par un pacte de confiance inclusif. Vouloir gagner du temps aujourd’hui, c’est prendre le risque de perdre des recettes demain.
Tant que les États africains resteront prisonniers du réflexe du court terme, ils seront voués, en période de tension, à se tourner vers des opérateurs économiques déjà sursollicités.
La vraie réforme fiscale ne passe pas par un simple décret. Elle se construit, étape par étape, de manière inclusive.
*À propos de Christian Kazumba
Christian Kazumba est un expert en développement du secteur privé subsaharien. Travaillant depuis seize ans sur le continent africain, son parcours lui a permis d’évoluer successivement au Maroc, au Mali, au Burkina Faso, au Togo, en RD Congo et au Gabon à des postes de Direction opérationnelle ou générale, dans des entreprises du secteur des services.
Il a également piloté, pour le compte d’un « Big Four », un projet Banque Mondiale visant à mettre en place des centres de PME en RDC. Après avoir dirigé la filiale gabonaise d’Entrepreneurial Solutions Partners, un cabinet de conseil panafricain ciblant le développement du secteur privé subsaharien, il est aujourd’hui localisé à Abidjan où il exerce les fonctions de Chief of Staff pour ce même cabinet.

