Dans ses dernières évaluations macroéconomiques, le Fonds monétaire international (FMI) alerte sur l’impact croissant de la reprise en main de Eneo Cameroon S.A. par l’État camerounais sur la soutenabilité des finances publiques, dans un contexte de contraintes fiscales accrues. L’institution de Bretton Woods considère que « cette renationalisation s’impose désormais comme un facteur de vulnérabilité budgétaire ».
Depuis la privatisation du secteur électrique au début des années 2000, Eneo a évolué dans un environnement structurellement déséquilibré fait de tarifs inférieurs aux coûts réels de production, faibles performances de recouvrement, impayés accumulés et dépendance croissante aux subventions. Ces fragilités ont alors été transmises à l’Etat du fait de la renationalisation de la compagnie nationale d’électricité. Et c’est l’Etat du Cameroun qui est désormais appelé à financer directement les déficits pour garantir la continuité du service.
Une charge budgétaire en expansion
Selon les analyses du FMI, « la substitution de l’État aux investisseurs privés a accentué les coûts budgétaires du secteur électrique ». De ce fait, souligne l’institution financière internationale, « le maintien de tarifs administrés en dessous du seuil de rentabilité oblige le Trésor à verser des compensations financières récurrentes pour soutenir la trésorerie d’Eneo et éviter des ruptures d’approvisionnement ».
Les chiffres illustrent l’ampleur du défi. La dette globale du concessionnaire avoisine 800 milliards de FCFA (environ 1,4 milliard USD), dont plus de 500 milliards (près de 900 millions USD) dus aux fournisseurs. Entre 2012 et 2023, plus de 300 milliards de FCFA (près de 540 millions USD) ont déjà été mobilisés par le budget de l’État pour tenter de stabiliser l’entreprise. Une trajectoire qui, sans réforme, menace d’alourdir durablement les équilibres macroéconomiques.
Au-delà des renflouements directs, l’État supporte des charges liées à des contrats d’achat d’énergie coûteux, parfois indépendants de l’électricité effectivement consommée. S’y ajoutent des coûts d’exploitation déficitaires hérités de la période de gestion privée. Cette combinaison absorbe une part croissante des ressources publiques, au détriment de secteurs prioritaires comme l’éducation, la santé ou les infrastructures sociales.
Le FMI pointe également « une faiblesse chronique du recouvrement des factures d’électricité ». « Ce déficit de recettes alimente un cercle vicieux de subventions permanentes et réduit la capacité globale de mobilisation des ressources publiques », explique cette institution financière.
Un dilemme économique et politique
Avec un budget projeté à plus de 7.300 milliards de FCFA (environ 13 milliards USD) en 2025, le Cameroun doit arbitrer chaque source de pression budgétaire. La prise en charge des déficits d’Eneo s’ajoute à d’autres contraintes telles que les besoins de consolidation fiscale, l’accès plus sélectif aux financements et les exigences accrues des partenaires internationaux.
Pour les analystes, le cas d’Eneo illustre le dilemme auquel font face de nombreux États africains : préserver un service public stratégique via la nationalisation peut garantir la continuité, mais au prix d’un coût d’opportunité élevé pour l’investissement productif et social. Le FMI plaide pour des réformes structurelles, incluant un ajustement progressif des tarifs vers leur coût réel. Un chantier sensible, où la soutenabilité budgétaire se heurte à l’acceptabilité sociale.

