Par Amadjiguène Ndoye et Ablaye Modou Ndiaye.

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En 2017, la plupart des leaders africains doivent composer avec la baisse des recettes extérieures et l’augmentation du service de leurs dettes.

Après une année 2016 mouvementée sur le plan économique, politique et social, l’Afrique entame l’année 2017 avec bien des inquiétudes. Le continent fait face à un taux d’endettement atteignant 65% de son PIB, soit le niveau d’avant les annulations de 2006, selon Dealogic. Le cabinet de données financières montre que certains pays ont voulu profiter des «conditions de financement favorables» pour s’endetter massivement.

Ces Etats se refinancent sur les marchés faisant décoller leurs dettes. Par exemple, le Ghana a franchi en 2016, un taux d’endettement de 74,1% de son PIB, contre 51,4% pour l’Afrique du Sud, 33% pour la Côte d’Ivoire et 78 % pour le Congo.  Au Sénégal, le taux d’endettement s’est situé à 57 %. Au Cameroun, cette proportion est passée de 24 % en 2006 à 38 %.

Par contre, le Nigeria, en dépit d’une  crise économique abyssale, enregistre le plus petit ratio de la dette au PIB, soit13,3%. Dans l’ensemble, l’Afrique a mobilisé 36 milliards de dollars sur le marché international en 10 ans. En 2017, certains pays devront ressentir de la pression sur le service de leurs dettes. D’autant que cela va s’accompagner par une dépréciation de la monnaie nationale à l’instar de l’Angola et de la Tanzanie.

Il va sans dire que la chute des cours de matières premières n’est pas pour aider des économies de rente en général dépendant de la demande extérieure en dépit de la montée des classes moyennes. Le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad, le Nigeria, le Ghana, la Cote d’Ivoire et le Niger sont directement affectés par la baisse des produits pétroliers mais à des proportions différentes.

Incertitudes politiques 

Aux revendications sociales de la rue africaine, s’ajouteront des échéances électorales qui peuvent s’avérer décisives. La Gambie de Yaya Jammeh, après avoir fait espèrer une alternance exemplaire le temps d’une semaine, est retombée dans les turpitudes dictatoriales plus en phase avec les 22 ans d’un pouvoir totalitaire qui menace de virer à un scénario à l’ivoirienne . Pendant ce temps, le Ghana a basculé dans une nouvelle alternance au terme d’un scrutin qui s’est joué essentiellement sur l’économie.

La République Démocratique du Congo (RDC)  serait parvenu à un compromis politique entre ses différentes forces politiques sous fond d’incertitudes sur la forme de l’année transitoire devant voir le président Kabila remettre le pouvoir à un président élu.  L’équation est rendue encore plus  complexe par les rivalités entre les  multinationales qui se partagent les ressources de ce pays et les rebellions plus ou moins politiques mais motivées par l’exploitation des ressources.

Plus à l’Est, le Burundi fait face une crise politique profonde, ce qui a plongé l’économie du pays dans une sévère récession en 2015 (-4% du PIB). Le Burundi est ainsi devenu pays le plus pauvre du monde avec un PIB/ hbt de 315,2 dollars selon le FMI. Autre situation politique complexe, celle du Zimbabwe, dirigé par le vieux Robert Mugabé. L’échec de la réforme agraire entreprise au début des années 2000 paralyse l’économie de ce pays singulier dans la longue lutte des indépendances africaines. Considéré comme un dictateur pour l’Occident, un libérateur selon la rue africaine, qui rappelle à raison qu’il a chassé un gouvernement d’Apartheid qui n’accordait aucun droit aux noirs, pourtant majoritaires dans le pays, Robert Mugabé fait face à une nouvelle crise monétaire qui n’est pas sans rappeler celle de 2009, quand l’inflation avait atteint des sommets vertigineux. Aujourd’hui, près de trois quarts des 16 millions de zimbabwéens vivent sous le seuil de pauvreté et 90% de la population active n’a pas d’emploi formel. Les tensions politiques et sociales et les déboires des économies africaines ont des incidences directes sur le taux de chômage de ces Etats. Selon la Banque mondiale, les jeunes représentent 60 % de l’ensemble des chômeurs africains. En Afrique du Nord, le taux de chômage des jeunes a atteint 30 %. En Afrique subsaharienne, ce taux avoisinerait 11% en 2015. Au Botswana, en République du Congo, au Sénégal, en Mauritanie, au Mali, en Guinée, en Afrique du Sud et dans plusieurs autres pays, la situation est encore plus préoccupante.

Les jeunes africains sont chaque année prés 12 millions à entrer sur le marché du travail sans grande perspective d’emploi. L’Afrique est donc à la croisée des chemins en cette fin 2016. L’année nouvelle pointe à l’horizon avec son lot d’urgences à surmonter par des gouvernements  qui donnent parfois le sentiment d’être revenus sous administration de la Banque Mondiale et du FMI. (Voir les nouveaux ajustements structurels de la zone CEMAC).

En 1979, la chute des cours de matières premières et hausse des services de la dette avaient conduit le continent en cessation de paiement. En 2017, la crise des ciseaux est bien là. Sauf qu’ à la différence de la période d’il y a 30 ans, on a vu le désastre des politiques d’ajustement structurels et, récemment, le gouffre sans fond de la Grèce. Va-t-on enfin suivre le chemin des pays asiatiques, en plaçant  l’Etat et le secteur privé local au centre du développement?