Sur un objectif initial de 35 milliards de FCFA (environ 62 millions USD), le Trésor public tchadien n’a mobilisé que 29 milliards de FCFA (près de 52 millions USD) sur le marché sous-régional des valeurs du Trésor entre le 5 et le 19 août 2026, via trois opérations d’adjudication distinctes. Ce qui représente un taux de couverture global d’environ 84%, en amélioration progressive au fil des trois sorties.
La première séance du 5 août 2026 portait sur deux lignes obligataires cumulant 20 milliards de FCFA (près de 36 millions USD) recherchés. Le titre à deux ans, servi à 6,0%, n’a attiré que 7,3 milliards de FCFA (environ 13 millions USD) de demande, contre 10 milliards (environ 18 millions USD) visés. Le titre à trois ans, rémunéré à 4,5%, a mieux performé, avec 7,8 milliards de FCFA (près de 14 millions USD) collectés intégralement. Les deux lignes combinées n’ont ainsi permis de réunir que 15,1 milliards de FCFA (environ 28 millions USD) sur les 20 milliards (36 millions USD) espérés.
Deux semaines plus tard, une nouvelle sollicitation à deux ans, également au taux de 6,0%, a rencontré un accueil nettement plus favorable. Sur 15 milliards de FCFA (environ 27 millions USD) proposés, les souscriptions ont atteint 14,2 milliards de FCFA (environ 25,3 millions USD), intégralement retenus, portant le taux de couverture à près de 95%.
Ce redressement s’inscrit dans un contexte régional sous tension. Selon les données publiées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), l’encours des valeurs du Trésor tchadien atteignait 1.150,5 milliards de FCFA (environ 2,05 milliards USD) à fin janvier 2026, soit environ 12,2% de l’encours total du marché régional, évalué à plus de 9 450 milliards de FCFA (près de 17 milliards USD) à la même période, avant de franchir le seuil symbolique de 10.000 milliards (environ 18 milliards USD) fin mai 2026. Le Tchad demeure le quatrième émetteur de la zone, derrière le Gabon, le Congo et le Cameroun.
Pour l’exercice 2026, le gouvernement tchadien prévoit de mobiliser environ 520 milliards de FCFA (environ 930 millions USD) sur ce marché, principalement au moyen d’obligations de moyen terme. Cette stratégie répond à un déficit budgétaire estimé à 256,5 milliards de FCFA (environ 457 millions USD), la loi de finances prévoyant des dépenses de 2.531,5 milliards de FCFA (environ 4,5milliards USD) pour des ressources évaluées à 2.275 milliards de FCFA (environ 4,05 milliards USD). D’autres adjudications tchadiennes menées cette année n’avaient pas permis de couvrir intégralement les montants recherchés, signe d’une prudence croissante des investisseurs face à la signature du pays.
La pression ne se limite pas au Tchad. Les services du Fonds monétaire international (FMI) appellent depuis plusieurs mois à « un développement plus actif du marché secondaire des titres publics de la CEMAC, afin de diversifier la base des souscripteurs et de réduire la dépendance des trésors nationaux aux seules banques commerciales ». Cette concentration limite mécaniquement les capacités de financement disponibles pour le secteur privé de la zone.
Dans ce contexte de resserrement généralisé, le succès relatif de la dernière opération tchadienne du mois d’août apparaît davantage comme un signal ponctuel que comme une inversion durable de tendance. La capacité de Ndjamena à honorer son programme annuel de 520 milliards de FCFA dépendra largement de la confiance que les banques de la région continueront à accorder à sa signature souveraine.

