Le saviez-vous ? L’identité visuelle de la BCEAO, banque centrale des 8 Etats de l’Uemoa, ne commence pas dans les bureaux d’un graphiste moderne, mais sur les routes commerciales de l’or. Entre mythes, art akan et réalités institutionnelles, Financial Afrik s’intéresse précisément au célèbre poisson-scie et explore les origines et la véritable signification de ce symbole monétaire unique.
Bien avant l’apparition des billets et des pièces dans l’espace de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), les échanges commerciaux reposaient sur le troc, les cauris, le sel ou encore la poudre d’or. Parmi les objets utilisés dans ce système figurait un petit poids en bronze représentant un poisson-scie, devenu au fil du temps l’un des symboles les plus emblématiques de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), explique un guide au Musée de la monnaie à Dakar.
L’origine de ce symbole remonte en effet au peuple akan, installé notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana, dont l’activité commerciale reposait largement sur le négoce de la poudre d’or. Pour peser ce précieux métal, les commerçants utilisaient des poids en bronze moulés sous diverses formes géométriques, humaines ou animales. Parmi ces représentations figurait le poisson-scie, retenu non pas pour sa valeur marchande, mais pour sa forte portée symbolique, précise-t-on.
Le guide du Musée de la monnaie rappelle d’ailleurs qu’il s’agit d’une figurine du poisson-scie et non de l’animal lui-même. Cette représentation artistique, œuvre du peuple akan, illustrait la vision qu’avait ce dernier de l’imposant poisson – pouvant atteindre près de deux tonnes – considéré comme un symbole de grandeur, de fécondité et de prospérité. Autrefois présent dans les eaux du golfe de Guinée, le poisson-scie incarnait la richesse et la puissance économique associées au commerce de l’or.
C’est cet héritage qui explique le choix de la BCEAO. Lors de la création de l’institution, le poisson-scie a donc été retenu pour rappeler les racines monétaires de l’Afrique de l’Ouest et l’histoire des échanges commerciaux qui ont précédé l’introduction de la monnaie fiduciaire. Le symbole figure ainsi sur les billets et les pièces de l’Union comme un hommage aux civilisations qui ont contribué à bâtir les fondements économiques de la région. Selon le musée, cette référence ne rend pas seulement hommage au peuple akan, mais à l’ensemble des huit États membres de l’Union, dans un esprit d’intégration régionale.
Le musée apporte également une précision importante : contrairement à une idée largement répandue, le poisson-scie ne constitue pas à lui seul le logo de la BCEAO. Il n’en est qu’un élément. Le logotype officiel comprend également un socle et l’inscription « BCEAO ». Jusqu’en 2005, le poisson-scie était souvent utilisé seul pour identifier la Banque centrale, avant l’adoption de la charte graphique actuelle qui a formalisé le logotype dans son intégralité.
Aujourd’hui encore, le poisson-scie demeure l’un des symboles les plus reconnaissables de la BCEAO. Au-delà de son aspect graphique, il rappelle que l’histoire monétaire de l’Afrique de l’Ouest ne commence pas avec les billets de banque, mais avec des siècles d’échanges commerciaux, de savoir-faire et de traditions qui ont façonné l’identité économique de la région.

