Photo : Mory Diané (à droite), fondateur de Scanning Systems et le commissaire Ngabo Seli Mbogo, chargé du marché commun de la CEMAC.
L’Afrique centrale pourrait bientôt s’appuyer sur l’expertise d’un opérateur ouest-africain pour moderniser ses frontières. La Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) mène en effet des négociations avancées avec Scanning Systems en vue de la conception, du financement et de la réalisation de quatre Postes de Contrôle Juxtaposés (PCJ) pilotes. Une opération qui, si elle est finalisée, marquera une étape importante dans la modernisation des corridors commerciaux de la sous-région et dans la montée en puissance d’un acteur africain spécialisé dans les infrastructures de facilitation des échanges.
Ce projet s’inspire directement de deux réalisations devenues des références en Afrique de l’Ouest : les PCJ de Cinkansé, à la frontière entre le Burkina Faso et le Togo, et de Laléraba, entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Conçues, financées et exploitées par Scanning Systems, filiale du groupe Tassec Investment Holdings dirigé par l’homme d’affaires Mory Diané, ces infrastructures démontrent qu’un modèle africain de gestion des postes frontaliers est désormais capable de rivaliser avec les meilleurs standards internationaux.

Le 18 juin, une délégation de la Commission de la CEMAC, accompagnée de représentants de l’UEMOA, s’est rendue à Laléraba afin d’évaluer les performances de cette plateforme multimodale de nouvelle génération. Cette visite intervient alors que les études préliminaires de faisabilité des quatre futurs PCJ ont déjà été validées, laissant entrevoir un lancement prochain du projet.
L’ambition de la CEMAC dépasse la simple construction d’infrastructures. L’organisation régionale souhaite s’appuyer sur un modèle intégré associant conception, financement, exploitation et maintenance afin d’améliorer durablement la fluidité des échanges, de réduire les délais de passage aux frontières et de renforcer la compétitivité des corridors logistiques.
Les performances enregistrées sur le corridor de Cinkansé confortent cette stratégie. En 2025, près de 400 000 véhicules y ont transité, soit une hausse de 20,2 % en un an. Surtout, les délais d’attente, qui atteignaient auparavant plusieurs jours, ont été ramenés à seulement quelques heures, avec un impact direct sur les coûts logistiques.
Le poste de Laléraba confirme également la pertinence de ce modèle. Mis en service à la fin du mois de mars 2026, il dispose d’une capacité de 800 véhicules par jour. En moins de trois mois d’exploitation, près de 25 000 camions de marchandises y ont déjà transité. Son financement, supérieur à 13 milliards de FCFA, a été assuré par un consortium de banques régionales réunissant notamment Société Générale Côte d’Ivoire, la BNI, Vista Bank et Ecobank, illustrant la capacité des établissements financiers africains à soutenir des infrastructures stratégiques.
Pour Scanning Systems, ce projet constituerait une nouvelle étape de son développement continental. Déjà partenaire stratégique de la Zlecaf, l’entreprise entend déployer sur d’autres corridors africains un modèle fondé sur des infrastructures intelligentes, des équipements de contrôle de dernière génération et des financements largement mobilisés auprès d’institutions africaines.
« Ce partenariat avec la CEMAC constitue la reconnaissance de plus de deux décennies de travail. Nous avons démontré qu’il était possible de concevoir, financer et exploiter des infrastructures de contrôle frontalier répondant aux meilleurs standards internationaux en mobilisant des acteurs régionaux au bénéfice des économies africaines. Le PCJ de Laléraba en est aujourd’hui l’illustration concrète », affirme Wilfrid Flottes de Pouzols, directeur général adjoint de Scanning Systems.
À l’heure où les coûts logistiques demeurent l’un des principaux obstacles au commerce intra-africain, l’expérience développée par Scanning Systems apparaît comme un modèle reproductible. Si les négociations aboutissent, la réalisation de ces quatre nouveaux PCJ consacrerait non seulement l’expansion de l’entreprise en Afrique centrale, mais aussi l’émergence d’un véritable champion africain des infrastructures frontalières, appelé à jouer un rôle de premier plan dans la mise en œuvre de la Zlecaf.

