[La tribune de Ousmane Dieng*] Afrique: reprofiler ou restructurer la dette et promouvoir des financements structurés

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Le reprofilage ou la restructuration de la dette publique des pays pauvres semble être la piste la plus probable envisagée par les pays du G20 en lieu et place d’une annulation. L’initiative de suspension du service de la dette dont l’objectif est de permettre aux États concernés d’allouer des ressources budgétaires pour la lutte contre la pandémie de Covid-19 et de ses conséquences économiques a été reconduite pour une période de six (06) mois supplémentaires. Soit une période cumulée de douze (12) mois de suspension du service de la dette depuis le début de la pandémie. Des arguments économiques, monétaires et financiers en faveur d’une annulation de la dette des pays africains ne manquent pas face à la situation inédite, conséquence de la pandémie. Certains éminents analystes et décideurs du continent privilégient la piste d’une restructuration de la dette pour diverses raisons. En ce qui nous concerne, nous avons une position tranchée sur ce débat et nous avons eu à publier une série d’articles de presse pour motiver et partager notre argumentaire sur la problématique de la dette.

Reprofilage ou restructuration de la dette publique des pays africains

L’ajustement (baisse) des taux d’intérêts observés sur les marchés financiers internationaux avant la survenance de la pandémie de Covid-19 est un argument recevable et opposable aux créanciers pour un reprofilage ou une restructuration de la dette publique et particulièrement celle dite non concessionnelle. Il s’agit d’un processus normal inhérent à la vie des conventions de financement (contrats de prêts). Les gains générés, résultant du reprofilage ou de la restructuration de la dette après l’ajustement des taux d’intérêts – une tendance observée sur les marchés avant l’avènement de pandémie de Covid-19 – devraient à priori alléger significativement les montants à rembourser au titre du service de la dette.

Nous sommes d’avis que, si l’on affine davantage l’analyse des clauses contractuelles qui régissent les conventions de financements (contrats de prêts), des créanciers pourraient être amenés à sortir le chéquier à l’endroit des États débiteurs compte tenu des gains potentiels sur le service de la dette résultant de la baisse des taux d’intérêts. Toutefois, le contexte actuel qui semble être conjoncturel serait favorable aux emprunteurs sans pour autant être un avantage «éternel». La remontée des taux d’intérêts précipiterait sans risque de nous tromper des faillites en cascade des États fortement endettés et en particulier ceux dits vulnérables (pauvres).

Face à ces enjeux décisifs, nous ne pouvons que regretter l’insuffisance de la communication des instances en charge de cette problématique au niveau de nos États. Notre rôle d’analyste se limite exclusivement à sensibiliser dans le but de faire adhérer l’opinion sur l’importance des enjeux du moment et des solutions possibles en faveur de nos économies. Conscient de l’importance d’un tel levier (reprofilage ou restructuration) dont dispose les États débiteurs avec l’appui d’avocats-conseils ; la suspension temporaire du service de la dette préconisée par les pays du G20 sous forme de soutien inédit en faveur des pays vulnérables fortement impactés, trouve son insuffisance à défaut d’un «non-sens» au regard du contexte de baisse des taux d’intérêts. Une baisse antérieure à la pandémie de Covid-19 justifie à elle seule l’impératif d’un reprofilage ou d’une restructuration de la dette de nos États. Nous sommes en droit d’affirmer que les conséquences économiques et sociales de la pandémie de Covid-19 devraient ouvrir la piste à des décisions audacieuses de la part des pays du G20 en faveur de ceux à faibles revenus mais fortement impactés.

Promouvoir le financement structuré dans nos économies

Les financements classiques ne sont plus les solutions les mieux adaptées à nos économies pour promouvoir la production de biens et services face à l’urgence sociale de réduction de la pauvreté, atténuer la précarité et favoriser l’insertion de la population majoritairement jeune dans la vie économique à travers la promotion de l’investissement privé et la création d’emplois. Face à l’extrême priorité à recourir à la monétisation d’instruments bancaires et à étendre l’éligibilité des actifs admis à la titrisation au sein des marchés financiers régionaux, nous avons eu l’opportunité de publier sur Financial Afrik à la date du 11 juillet 2020, l’article intitulé «Afrique : comment financer l’économie post Covid-19 ?», largement relayé par des médias partenaires (sites d’informations) en Afrique de l’Ouest et du Centre.

À travers cette publication, nous avons, entre autres, eu à explorer un mécanisme approprié de financement structuré pour promouvoir l’investissement privé dans les pays émergents.

La monétisation d’instruments bancaires, de garanties souveraines, de l’assurance-crédit et l’élargissement des actifs éligibles à la titrisation au-delà des titres de créances, présentent plusieurs avantages et à divers niveaux. Nous listons ci-après ceux que nous estimons être les plus significatifs :

  1. Le renforcement des ressources longues à travers des dépôts à terme en devises dans les livres des banques impliquées dans le mécanisme de financements structurés que nous préconisons ;
  2. L’amélioration du coefficient de couverture des emplois à moyen et long terme par les ressources stables des banques installées en Afrique ;
  3. La réduction significative du recours à la transformation excessive des ressources à vue (court terme) en emplois à moyen et long terme des banques locales impliquées dans les financements structurés que nous préconisons ;
  4. La hausse significative du crédit à l’économie en monnaie locale pour soutenir la production de biens et services des entreprises installées dans nos économies ;
  5. La promotion de la syndication des banques pour le financement de nos économies ;
  6. L’impact positif sur le Produit Net Bancaire (PNB) grâce aux commissions de structuration de la levée de fonds dans le cadre de co-mandat ;
  7. La baisse du coût de la ressource des banques notamment la rémunération des dépôts à terme des fonds levés dans le cadre du financement structuré et par conséquent la réduction du coût du loyer de l’argent en monnaie locale (coût du crédit à l’économie) inhérent à la qualité des suretés exigées (nantissement des dépôts à terme des fonds levés en devises) ;  
  8. La possibilité de promouvoir davantage les crédits aux Petites et Moyennes Entreprises (PME) à travers une syndication de plusieurs entreprises du même secteur ou d’une même filière présentant quasiment les mêmes profils de risques ;
  9. L’amélioration des réserves de change compte tenu des avoirs en devise générés par la monétisation d’instruments bancaires, des garanties souveraines et des assurances crédits ;
  10. Un puissant levier pour les États pour financer des zones et parcs industriels pour l’installation de filières de transformation et de production locales ;
  11. À moyen terme, une réduction du volume des importations de biens et services au profit d’une production locale ; une probable hausse des exportations intra africaines et par conséquent une réduction drastique des déficits de la balance commerciale entre l’Afrique et le reste du monde ;
  12. Une croissance économique inclusive soutenue par une production de biens et services.

Laissons aux parties prenantes le soin de sortir les calculettes et chacun en ce qui le concerne d’en évaluer le potentiel (chiffre à l’appui) des avantages listés ci-avant au plan économique, financier, monétaire, social mais aussi en terme d’opportunités d’affaires.

Les parties prenantes sont en l’occurrence les banques ; les institutions financières ; les autorités de régulation des marchés financiers ; les Banques Centrales ; les Sociétés de conseil stratégique et financier ; les Intermédiaires en Opérations de Banque ; les intervenants sur les marchés financiers régionaux et internationaux ; les cabinets de conseil juridiques ; les Directions en charge des prévisions et des statistiques affiliées aux Ministères des Finances et de l’Économie de nos États en quête d’émergence. Pour conclure, nous demeurons convaincus que les financements structurés au profit des opérateurs économiques dans les pays émergents demeurent attractifs aussi bien pour les institutions financières émettrices de garanties éligibles à la monétisation mais aussi en terme d’actifs sous-jacents aux produits financiers par le mécanisme de titrisation sur les places financières internationales. En définitive, la monétisation via le non recours dans le cadre de financements structurés demeure une alternative intéressante aux financements classiques que nous rencontrons le plus souvent dans notre environnement des affaires. Enfin face à la tendance baissière des taux d’intérêts sur les marchés financiers internationaux, toutes les parties prenantes dans ce modèle financier y trouveront leur compte.


A propos de l’auteur*.

Fort d’une expérience professionnelle de 18 années dans le conseil et l’audit, Ousmane Dieng est fondateur du Cabinet de conseils INGENIOUS Partners Consulting spécialisé dans la Stratégie, le Conseil Financier, l’Entreprenariat, l’Organisation, l’Optimisation des performances, le Contrôle et l’Économie.

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