L’épargne africaine gît encore dans les bas de laine et sous les matelas.
Publié à la veille de la 20 ème conférence des Bourses africaines de Kigali, le rapport du cabinet Finafrique intitulé « redynamiser les Bourses africaines » offre un bon plan de travail aux dirigeants des marchés financiers africains.
L’étude prend les exemples de l’Afrique de l’Ouest, du centre et de l’Est, soient trois régions qui évoluent en trois vitesses, avec cependant le même contexte: 85% du financement du secteur privé est porté par les banques en dépit d’une libéralisation des taux qui ont porté ceux ci vers des niveaux prohibitifs.
L’étude passe en revue les trois places financières retenues comme échantillon des 24 Bourses du continent. D’abord la Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan (BRVM) commune aux 8 pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, avec une progression de son indice composite de 17,7% en 2015, soit la meilleure performance de l’Afrique. La BRVM vient de franchir un palier stratégique en rejoignant les «marchés frontières» en novembre 2016.
La Bourse Kenyane ( Nairobi Securities Exchange) a lancé un compartiment PME en janvier 2013 pour se rapprocher davantage de l’économie réelle. Autre initiative importante, le lancement des plateformes de passations d’ordre par téléphone mobile ou encore l’inauguration d’un compartiment dédié aux investisseurs immobiliers. La panoplie d’innovations se poursuit avec la mise en place d’un marché des dérivés à la fin 2016. Il est aisé de dire que la BRVM est championne de la croissance alors que la NSE est championne de l’innovation. 
La Douala Stock Exchange (DSX)  et la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) présentent quant à elles des capitalisations boursières de leurs compartiments actions qui n’ont pas véritablement décollé depuis leur création. Le Gabon, le Tchad et le Cameroun restent par ailleurs les principaux animateurs du compartiment obligataire.
Les auteurs de l’étude préconisent plusieurs axes dont la diffusion de l’information économique comme support de la culture boursière, la mise en œuvre du compartiment destiné à accueillir les PME et l’instauration de mesures fiscales compétitives pour attirer plus d’entreprises à la cote. «Au niveau des coûts de transaction et sur le plan fiscal, la NSE semble plus attractive que la BRVM. Les frais de transaction s’élevant à 0.18% sur la NSE et de 0.4% à la BRVM. Tandis que le taux d’imposition sur les plus-values est de 5% sur la NSE, rendant cette place financière très attractive (environ 35% en moyenne sur les bourses qui constitue l’Euronext) et à titre de comparaison, le taux d’intérêt sur les plus-values mobilières réalisées sur la BRVM est de 12%», indique l’étude.
En zone CEMAC, l’absence de données de marché (bases de données financières, bases de données macroéconomiques, nouvelles de marché, etc.) exhaustives, fiables, à jour et surtout regroupées en un seul lieu (DSX, BVMAC, etc.) est un véritable frein au développement des marchés financiers dont l’un des postulats est qu’un marché est efficient si les prix des titres qui s’y échangent reflètent à tout moment toutes l’information disponible sur ces titres.
Par ailleurs, l’accès gratuit et on-line à des informations de marché du type méthodologie de calcul et de réallocation des indices représentatifs du marché boursier (exemple BRVM 10 ou BRVM composite) ou encore des frais de transaction par exemple participerait fortement à l’attraction de capitaux étrangers, internationaux sur les marchés boursiers d’Afrique subsaharienne francophone accroissant ainsi au passage la capitalisation boursière.
Parmi les recommandations émises, la mise en place ou l’amélioration des cadres juridiques favorables à la protection des épargnants, l’élargissement de la gamme des produits offerts, et la mise en place de compartiments réservés aux start up dans des secteurs porteurs. L’étude préconise aussi le renforcement de la liquidité par l’interconnectivité des Bourses de valeurs, la cotation en continu et l’erection  de garde fous contre les spéculations hasardeuses.
Pour les auteurs de l’étude, la solutions aux Bourses africaines ne réside pas tant dans la sophistication et le lancement de nouveaux produits, que l’élargissement de l’activité à l’épargne populaire. Les Bourses doivent sortir du cercle des institutionnels, des banques et des assurances et aller à la pêche de cette épargne qu’on retrouve «sous nos matelas, dans nos tontines et dans nos marchés ».
Attirer cette épargne du «secteur informel » passe par l’éducation financière voie obligée vers l’inclusion financière. L’autre facteur important pour attirer l’épargne populaire est la confiance. A ce propos, la  formation financière des gestionnaires, conseillers et intermédiaires financiers serait la clé qui éviterait un dialogue de sourds entre les souscripteurs (épargnants – particuliers et professionnels) et les investisseurs (gestionnaires de l’épargne, intermédiaires et conseillers financiers) car elle concerne les deux parties.
Au-delà de ces deux aspects de la popularité de l’épargne, de la formation et de la confiance, les Bourses doivent s’ouvrir davantage à l’international. La NSE et la BRVM , deux places avancées dans le contexte africain, n’ont pas encore réussi à attirer suffisamment de capitaux étrangers aux yeux des auteurs du rapport. «Une ouverture sur l’international est nécessaire à plus d’un titre. D’une part, elle permet de rendre la bourse plus attractive et donc favorable à l’arrivée de grands investisseurs. A partir du moment où il devient évident pour les entreprises locales que leur Bourse de valeurs est dans le viseur d’investisseurs internationaux, il apparait clairement à leurs yeux (en cas de besoin de ressources financières) l’intérêt d’entrer en cote. »
La Bourse est un instrument utile qui ne doit pas être réduit à des aspects de prestige. Les Etats qui n’en disposent pas peuvent faire recours à des placements privés ou passer par les pays voisins. «Autant il est tout à fait louable pour les états africains d’évoluer vers ce type d’infrastructures financières innovantes, autant il ne s’agit pas de la meilleure alternative de financement pour diversifier ses ressources en faisant appel à l’épargne local ou extérieur », soulignent les auteurs du rapport.
 Lire toute l’étude 
 
 
Encadré


Des sociètés de Bourse trop repliées sur leurs pays
Le rapport de Finafrique consacre une partie de l’étude aux Sociétés boursières africaines, «généralement repliées sur leur pays ou région ». Prenons le cas des Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI) ainsi que les Sociétés de Gestion d’OPCVM (SGO). Il serait plus avantageux pour elles de pouvoir tisser des partenariats avec des Sociétés de Gestion Européennes et Américaines en quête d’expertise et de rendements indexés sur la croissance des économies africaines. Ceci pourrait prendre la forme de mandat de gestion par exemple. En effet, aujourd’hui de nombreux fonds étrangers investissent en Afrique par le biais d’indices composés généralement d’entreprises qui n’officient pas toutes directement en Afrique mais plutôt qui y ont leurs intérêts. Exemple : Le Lyxor Pan Africa qui reproduit la performance d’un panier de 30 sociétés ayant leurs intérêts en Afrique. Or les SGO sont tout à fait éligibles à la gestion sous mandat pour des fonds internationaux puisqu’elles sont dotées d’une profonde connaissance du marché financier local. Cependant, il faudrait qu’elles puissent le démonter comme énoncé plus haut par la production régulière d’études et d’analyses financières. Il est d’ailleurs très curieux de constater que la majorité des grandes Sociétés de Gestion Européennes et Américaines ont des filiales dans tous les continents exceptés en Afrique. Paradoxalement, elles ont toujours à disposition en leur sein, une petite équipe chargée des relations avec l’Afrique (localisée au siège social) ce qui leur permet d’intervenir régulièrement en tant que Conseil ou en tant que Structureur sur des opérations de grande levée de fonds pour les états ou les grandes entreprises africaines. Un partenariat peut donc être établi entre ces grandes banques internationales de financement et les états africains avec lesquels elles collaborent de telle sorte qu’elles aient également l’obligation d’établir des partenariats avec une ou plusieurs consœurs africaines afin que ces dernières puissent bénéficier à la fois de leur expérience mais également de travailler en coaction sur une opportunité d’affaire internationale. Ce procédé pourrait constituer un coup d’accélérateur pour attirer davantage de capitaux étrangers au sein des Bourses de valeurs telles que la BRVM et la NSE.

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