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La Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI) a une nouvelle patronne depuis octobre dernier. Il s’agit de Magui Gnakade, une ancienne de la Banque Internationale pour l’Afrique (BIA) Togo, dépêchée pour sauver les meubles.

Elle remplace à ce poste, Sani Yaya, devenu ministre délégué auprès du ministre des finances, chargé du budget. Ce dernier, ancien directeur de l’audit du Groupe Ecobank, et dont la mission était d’assainir l’institution en vue d’une éventuelle privatisation d’une banque en mauvaise santé financière depuis bientôt une décennie.

Mais la grande interrogation est de savoir, si la nouvelle directrice pourra sauver les meubles d’une banque en (presque) totale déconfiture : « Le problème ici ne se pose pas en termes de capacité d’un individu à régler les difficultés qui somme toute, émanent d’une mauvaise gestion », soutient l’économiste, Kwami Ossadzifo Wonyra.

En effet, cette institution à capital détenu par des établissements publics ou privés nationaux, ainsi que des personnes physiques nationales, a commencé par enregistrer depuis 2010, des résultats négatifs, lesquels sont dus essentiellement à des crédits non remboursés. Un établissement dont la situation financière reste assez préoccupante – parmi les banques étatiques à privatiser, dissuadant au passage plusieurs potentiels acquéreurs, emmenant les quelques rares intéressés à faire souvent des offres inacceptables pour les autorités togolaises, depuis sa mise sur le marché de la privatisation, il y a plus de cinq années.

Gestion

« Quels sont ces débiteurs ? N’est-ce pas un véritable problème de gestion des entreprises publiques? », s’interroge un autre fin connaisseur de la finance togolaise. Autant de questions qui laissent les observateurs perplexes sur les réelles causes des difficultés que connait la BTCI.

Et M. Wonyra de poursuivre : « …Il faut une nouvelle manière de gérer cette entreprise, une rigueur qui pourra amener la structure à faire un résultat positif. Et surtout, si des employés ont commis des actes de corruption, ou des particuliers ayant contracté des prêts non remboursés, soient poursuivis et punis pour servir d’exemple. Par ailleurs, les crédits accordés n’ont-ils pas été garantis? Nous ne doutons guère des compétences de Mme Magui ; mais nous posons le problème d’un point de vue global car dit-on, les hommes passent, les institutions demeurent ».

Pour mémoire, à la fin 2013, la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie avait un capital négatif de 23 milliards de francs CFA. « L’administrateur provisoire a déployé des efforts considérables pour pallier les faiblesses financières, s’attaquer aux problèmes de gouvernance et a proposé une option pour recapitaliser la banque », souligne le Rapport de la dernière mission du FMI au Togo.

Mais « tant qu’il n’y aura pas d’assainissement rigoureux de la gestion publique, notamment dans les finances publiques, tout continuera à aller à la dérive au Togo », lance tout pessimiste, l’économiste togolais Michel Nadim Kalife.

Quid d’une fusion

Et de cette situation naquit l’idée d’une recapitalisation de la banque, avant fusion avec l’Union togolaise de banque (UTB), mieux en forme. Une opération qui selon le Fonds monétaire international (FMI), serait beaucoup plus coûteuse, recommandant que soit mis en œuvre un plan de vente des actifs et de transfert des passifs, option de résolution la moins coûteuse, à environ 1 pour cent du PIB.

Toutefois, cette intention vient d’être confirmée à Lima (Pérou) aux assemblées d’automne du Fonds monétaire international (FMI), par le ministre de l’économie, des finances et de la planification du développement, Adji Otèth Ayassor, justifiant une telle action par le souci de faire des deux structures, un acteur de poids sur un marché togolais envahi par de nombreux opérateurs privés.

« Il faut reconnaitre que dans un secteur bancaire en progression concurrentiel, il n’est pas aisé de rattraper les autres, surtout lorsqu’il se pose un problème de gestion. La fusion pourrait constituer une alternative ; mais il faut faire une étude sérieuse en amont si elle doit s’effectuer avec une banque à capital public. Cela fait recours à l’impératif de l’audit interne et de l’audit externe de toute entreprise », assure un banquier.

Seul hic, la question de coût. « Par principe, les opérations de fusions et acquisitions viseraient l’amélioration de la rentabilité et par incidence, la création de valeur pour l’actionnaire. Cependant, dans le cas d’espèce, la fusion s’annonce-t-elle avec quelle autre banque? Cette dernière est-elle suffisamment en bonne posture pour supporter les charges que la BTCI a dû créer ? (…) Sous un autre registre, il faut aussi bien analyser la situation pour s’assurer si les bénéfices potentiels de l’expansion accrue liée à une ou des fusions de banques excèderaient-ils les coûts possibles liés à la restructuration de la BTCI. Si les coûts seraient supérieurs aux bénéfices potentiels de la fusion, alors il faudrait aller à la fusion », déclare avec retenu, M. Wonyra.

« S’appuyer sur des banques nationales saines »

Mais à d’autres égards, cette opération n’est pas exempte de critiques, surtout dans ces conditions actuelles de déchéances des banques d’Etat, ni par rapport à l’environnement financier. « Nous avons proposé qu’il y ait plutôt une opération de création d’une holding de reprise avec comme base, la restructuration de la ressource humaine des banques concernées. Dès lors que la cause première du mauvais fonctionnement de nos banques (les banques d’état, Ndlr) relève d’une gestion inappropriée de la ressource humaine, l’opération de fusion ne saurait en elle toute seule rendre nos banques rentables. Or, le Togo se doit d’avoir des banques d’Etat suffisamment solides à même de porter notre croissance par le financement de notre économie. L’Etat doit absolument s’appuyer sur des banques nationales saines, bien gérées afin d’exécuter les investissements nécessaires tout en maitrisant les coûts des facteurs, notamment les coûts liés aux taux d’intérêts », analyse Thomas Dodji Nettey Koumou, Consultant Economie – Finance, président de l’association Veille Economique.

Une raison pour laquelle cette association s’inscrit en faux contre les injonctions du Fmi et de la Banque mondiale, qui portent sur la privatisation des banques publiques togolaises en général.

Par Nephthali Messanh Ledy

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