imageUn quart de siècle après les faits, la Mauritanie est toujours hantée par les démons d’un passif humanitaire dont les comptes tardent à être soldés.
Cette appellation désigne l’exécution extra judiciaire de 500 militaires issus de la communauté négro africaine entre septembre 1990 et février 1991. Des faits couverts par une loi d’amnistie fortement controversée adoptée au mois de mai 1993.
Dernier épisode de l’interminable feuilleton, l’arrestation dans l’après midi du samedi 28 novembre, jour de la célébration du 55é anniversaire de l’indépendance nationale, du colonel à la retraite Abderahamane Ould Beibacar, qui venait de donner une conférence de presse dans les locaux de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Réconciliation (AJD/MR). Une causerie à la faveur de laquelle l’officier à la retraite a vivement dénoncé la pendaison dans la base d’Inal (Nord), de 28 militaires issus de la communauté négro africaine, au cours de la nuit du 27 au 28 novembre 1990, pour célébrer l’indépendance, comme «une souillure contre l’unité du pays».
Gardé à vue pendant 5 jours dans les locaux de la Direction de Sûreté de l’Etat (DES)-police politique, Abderahmane Ould Beibacar a été déféré devant le parquet de Nouakchott jeudi après midi.
Le procureur de la République, maître des poursuites, a transmis son dossier au pôle anti terroriste de la justice mauritanienne.
Résultat des courses, une inculpation pour «incitation à la haine et incitation à l’atteinte à la sûreté de l’Etat» et un placement en liberté sous contrôle judiciaire.
La défense rejette des accusations «fantaisistes» et dénie toute compétence au pôle anti terroriste dans le cadre de l’information requise par le parquet.
Par ailleurs, au chapitre politique, l’arrestation du colonel Beibacar a suscité de multiples réactions de condamnation des partis de l’opposition et provoqué la naissance d’un comité de soutien constitué par diverses organisations de la société civile et personnalités.
Même les anciens détenus des années 1986/1991 sous le régime de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, ont porté un témoignage positif par rapport au comportement de l’officier quand il s’est retrouvé sur le chemin de leur infortune.
Les exécutions extra judiciaires de ces centaines de militaires restent l’objet d’une vive controverse, malgré l’organisation d’une prière aux morts et «l’indemnisation» des familles sous le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz.