Avocat à Washington, D.C., et ancien conseiller juridique de la Chambre des représentants et du Sénat des États-Unis, Gregory P. Tosi estime que le sursis accordé à l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), loi commerciale des États-Unis qui permet aux pays éligibles d’Afrique subsaharienne d’exporter des produits vers le marché américain en franchise de douane, ne doit pas être gaspillé. Alors que le Sénat américain a voté une prorogation de trois ans du programme, l’auteur invite les gouvernements africains à prendre l’initiative et à présenter une proposition concrète de cadre commercial permanent entre les États-Unis et l’Afrique, fondée sur la réciprocité, les minerais critiques et les objectifs de la ZLECAf.
Par Gregory P. Tosi
Le Congrès américain pourrait avoir accordé deux années supplémentaires à l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). L’Afrique devrait saisir ce délai pour agir.
Aux premières heures du 8 août, le Sénat américain a inclus une prorogation de trois ans de l’AGOA dans un projet de loi de financement provisoire, relançant ainsi un texte que la Chambre des représentants avait approuvé en janvier, avant que l’administration Trump ne réclame des modifications du programme AGOA. Si la Chambre accepte la mesure du Sénat, l’AGOA restera en vigueur jusqu’au 31 décembre 2028. Dans le cas contraire, le programme AGOA expirera à la fin de cette année.
L’action du Sénat offre aux gouvernements africains l’occasion de présenter à Washington une proposition concrète en faveur d’un cadre commercial permanent entre les États-Unis et l’Afrique. Ils devraient s’y atteler sans tarder.
L’AGOA constitue le fondement de l’engagement commercial des États-Unis en Afrique subsaharienne depuis que le président Bill Clinton l’a signée en 2000. La loi accorde aux pays africains éligibles un accès préférentiel au marché américain pour encourager les exportations africaines, l’investissement, la diversification économique et les réformes.
Depuis janvier 2025, le message constant du président Trump est « Trade, Not Aid » — le commerce, pas l’aide — et son administration a clairement fait savoir qu’elle attendait davantage de l’AGOA. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a déclaré aux sénateurs en février que l’AGOA devait « exiger davantage de nos partenaires commerciaux et offrir davantage d’accès au marché aux entreprises, agriculteurs et éleveurs américains ». Greer a proposé de consacrer l’année 2026 à évaluer les moyens de modifier l’AGOA pour soutenir l’essor des échanges bilatéraux. Depuis six mois, Washington a toutefois fait peu de progrès sur le dossier de l’AGOA.
Puisque les États-Unis n’avancent pas, l’Afrique devrait prendre l’initiative. Les gouvernements africains devraient élaborer leurs propres propositions et invoquer le droit américain pour contraindre les États-Unis à s’asseoir à la table des négociations. Le texte initial de l’AGOA disposait que les États-Unis devaient rechercher des accords commerciaux réciproques et mutuellement bénéfiques avec les pays d’Afrique subsaharienne, y compris la possibilité de créer des zones de libre-échange. La loi AGOA Extension and Enhancement Act de 2015 (loi de prorogation et de renforcement de l’AGOA) appelait de nouveau à approfondir les liens commerciaux et d’investissement, notamment par des accords-cadres sur le commerce et l’investissement, des traités bilatéraux d’investissement et des accords de libre-échange.
La réciprocité commerciale entre les États-Unis et l’Afrique est réalisable. Un plan africain pourrait prévoir le maintien des préférences tarifaires de l’AGOA pendant que les États-Unis et les pays africains intéressés négocieraient des engagements concernant l’investissement, les marchés publics, les douanes, les services, les chaînes d’approvisionnement et l’accès aux marchés. Un tel dispositif n’aurait pas à ressembler aux accords bilatéraux classiques que les États-Unis ont conclus avec de nombreux pays africains. Un plan africain pourrait établir un cadre continental commun, les différents pays ou groupes régionaux pouvant prendre des engagements supplémentaires selon leurs intérêts et leurs capacités. Les gouvernements africains pourraient s’engager à renforcer la transparence des marchés publics, à accélérer les procédures douanières, à rendre les règles d’investissement plus prévisibles et à réduire les obstacles à certains biens et services américains. Les États-Unis pourraient offrir un accès plus prévisible à leur marché pour les exportations africaines éligibles et soutenir l’investissement dans l’exploitation minière, la transformation, l’industrie manufacturière, la logistique et les infrastructures connexes.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) donne aux gouvernements africains une raison supplémentaire d’approcher Washington collectivement. La ZLECAf vise à créer un marché africain unique pour les biens et les services. Un cadre États-Unis-Afrique pourrait renforcer les objectifs de la ZLECAf en matière d’intégration des marchés et de suppression des barrières commerciales, tout en décourageant la multiplication d’accords bilatéraux qui fragmenteraient les échanges africains.
Pour les gouvernements africains, la fenêtre d’opportunité pour engager le dialogue avec Washington est ouverte, mais elle ne le restera pas éternellement. Ils n’ont pas de temps à perdre. Les responsables africains devraient arriver à Washington avec une position de négociation adossée à un marché africain de plus d’un milliard de personnes, à de vastes réserves de minerais critiques et à un mandat inscrit dans le droit américain.
De plus, les négociateurs africains trouveront très probablement une administration Trump réceptive. Les Accords de Washington conclus entre la République démocratique du Congo et le Rwanda offrent un exemple utile. Le cadre économique accompagnant cet accord de décembre 2025 porte sur l’investissement, l’exploitation minière, les infrastructures, l’énergie, la logistique et l’intégration économique régionale. Les Accords de Washington montrent que l’administration Trump est disposée à s’engager au plus haut niveau et à relier les intérêts sécuritaires aux intérêts commerciaux. L’Afrique devrait appliquer cette leçon.
Le commerce des minerais critiques constitue un excellent point de départ pour les négociations entre les États-Unis et l’Afrique et donnerait une portée concrète à l’AGOA et à sa prorogation de 2015. L’Afrique possède des gisements de cobalt, de cuivre et d’autres minerais que les fabricants et les industries de défense américains cherchent de plus en plus à sécuriser. Les États-Unis disposent de capitaux, de technologies, de capacités de financement et d’entreprises capables de contribuer à leur mise en valeur. La question commerciale est de savoir comment transformer ces intérêts complémentaires en investissements et en production, plutôt que de se contenter d’un nouveau cycle d’extraction de matières premières expédiées vers l’étranger.
Une prorogation de l’AGOA jusqu’en 2028 réglerait un problème législatif américain. Elle ne répondrait pas à la question de fond de savoir à quoi devraient ressembler les échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique après 2028. C’est précisément cette question qui devrait être négociée maintenant, alors que l’AGOA assure encore l’accès aux marchés et que Washington détermine encore ce qu’il attend de ses relations avec l’Afrique.
Rien ne justifie que les gouvernements africains attendent une nouvelle échéance pour forcer la décision. Ils doivent présenter une proposition sérieuse à l’administration Trump, s’organiser autour de cette proposition, tenir le Congrès américain informé, négocier et conclure un accord.
S’ils y parviennent, la prochaine prorogation de l’AGOA restera dans les mémoires comme bien davantage qu’un nouveau sauvetage temporaire. Elle marquera le moment où les États-Unis et l’Afrique auront entamé la négociation d’une relation commerciale durable.
Gregory P. Tosi est un avocat basé à Washington, D.C., et ancien conseiller juridique de la Chambre des représentants et du Sénat des États-Unis. Il écrit régulièrement sur le développement économique international, la politique et les politiques publiques.

