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Dominique Lafont, président de  Bolloré Africa Logistics

« Nous sommes concessionnaires de 15 terminaux en Afrique, ce qui fait de nous le numéro un »

Dominique Lafont, président de Bolloré Africa Logistics, a accordé un entretien à Financial Afrik, jeudi 28 novembre, en marge de la cérémonie de signature de la convention de concession avec l’Etat sénégalais à travers le Port autonome de Dakar.   Exclusif.

 

Pouvez-vous revenir sur les circonstances de l’attribution de ce terminal roulier du port de Dakar à Bolloré Africa Logistics ?

Il s’agit d’un long processus qui a commencé à la fin 2010 par un appel d’offres international au terme duquel Grimaldi s’est classé premier devant notre groupe, Bolloré Africa Logistics.  Conformément à l’esprit de l’appel d’offres, l’Etat sénégalais a entamé des négociations avec Grimaldi.  Ces discussions n’ayant pas abouti, le Sénégal a fait appel à Bolloré Africa Logistic, second sur la liste.

Quelles sont les grandes lignes de ce contrat de concession ?

C’est un contrat de 25 ans avec cette particularité que des parties sénégalaises sont actionnaires à 25%. Nous allons investir 94 millions d’euros soit 64 milliards de FCFA  pour la remise en l’état du mole 2, l’approfondissement du quai et son allongement à 170m, ainsi que 30 000 mètres carrés d’infrastructures de stationnement en deux étages superposés. Etc.

-Tout de même étonnant que BAL investisse tant dans un terminal à roulier. N’êtes-vous pas intéressés avant tout par un terminal à conteneurs ?

Nous sommes concessionnaires de 15 terminaux en Afrique, ce qui nous en fait le numéro un.   Notre intérêt est plus large et englobe aussi bien les terminaux à conteneurs, que  rouliers et les vraquiers. Nous nous adaptons en fonction des opportunités.   Nous allons faire de ce terminal roulier du port de Dakar l’un des plus performants en Afrique de l’Ouest.

A Abidjan, vous avez remporté le deuxième terminal à conteneur par appel d’offres mais l’un de vos concurrents a engagé une procédure au niveau de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA).  Où en êtes-vous avec le dossier ?

Effectivement, il y a eu une procédure engagée par l’un des concurrents. Le groupement Necotrans, CMA-CGM et SIVOM  a engagé une procédure contre nous une fois que nous avons été déclaré adjudicataire.  Ce groupement contestait le fait que nous puissions concourir sous le prétexte que nous étions déjà concessionnaire du premier terminal à conteneur du port d’Abidjan.  Précisons que CMA-CGM s’est désolidarisé.  La procédure  a été conduite par Jean Louis Billon, ministre du commerce, et qui est actionnaire de SIVOM. Si l’incompatibilité de notre participation à cet appel d’offres était si évidente, M. Billon n’aurait pas attendu presque une année, après que l’appel d’offres soit engagé et qu’un vainqueur désigné, pour contester notre participation.  D’ailleurs, s’agissant de la concurrence, le groupement qui a engagé une procédure contre nous contrôle 80% du trafic maritime avec le port d’Abidjan.  On peut aussi se demander où se trouve l’intérêt de l’Etat de Côte d’Ivoire, entre des armateurs qui veulent consolider leur position dominante dans les mers par des infrastructures portuaires et un opérateur prêt à investir et qui présente dans son offre technique un niveau de trafic supérieur.

En quoi votre offre était-elle la meilleure ? 

Nous avons été classés premier sur les cinq critères retenu  dont le  droit d’entrée, la redevance, le volume de transbordement  (notre offre propose 450 000 transbordements contre 250 000 pour nos concurrents), l’offre financière etc . Si nous avons gagné, c’est que c’est nous qui croyions le plus à ce projet.  Nous avons la meilleure expérience du continent africain et la plus forte présence au niveau des ports.

 

 

Que répondez-vous à ceux qui associent votre  présence dans le Golfe de Guinée à une position dominante ?

Tout ce qu’on gagné jusque-là s’inscrit dans  le cadre d’appels d’offres internationaux.  Nous ne comprenons pas ces critiques.  Nous sommes des compétiteurs qui se présentent avec des arguments techniques et financiers.  Mersk et CMA CGM ont aussi des positions dominantes. Demandez-leur pourquoi les tarifs sont aussi élevés en Afrique par rapport au reste du monde.

Les coûts de passage portuaire sont souvent décriés en Afrique.  Quid de vos tarifs ?

Vous savez, pour chaque projet de terminal, ce sont des millions d’euros d’investissements dans les infrastructures et les services.  Il faut, par conséquent, un modèle économique qui tienne la route pour permettre le retour sur investissements. C’est une question d’équilibre. Maintenant, avec la modernisation des infrastructures et l’investissement, les volumes augmenteront, ce qui entraînera une baisse des coûts. A la longue, la tendance générale est baissière.  Je prends en exemple le Port de Pointe-Noire que nous avons repris il y a cinq ans. Depuis, les volumes ont été multipliés par 6. En particulier, nous avons réussi à augmenter les transbordements de 200 à 300 000 conteneurs. Les deux armateurs, Maersk et CMA-CGM, ont dérouté une partie de leurs trafics vers ce terminal moderne et compétitif.

-Quid du terminal à conteneur de Guinée Conakry, également géré par Bolloré Africa Logistics ?

Nous sommes les premiers investisseurs en Guinée avec environ 150 millions d’euros dans la modernisation et l’extension des installations. Nous avons multiplié la taille du terminal par deux. Les choses vont bien. Nous avons tenu nos engagements.

Propos recueillis par Adama Wade

 

 

 

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