Par Raphael Nkolwoudou Afane, Docteur en droit, Legal Ops Officer. Le Cameroun, souvent qualifié de « l’Afrique en miniature », offre un paradoxe saisissant : une richesse humaine, culturelle et naturelle exceptionnelle, mais un système de gouvernance qui semble figé dans les sables mouvants de l’inefficacité et de la corruption. Les routes défoncées de Douala, les coupures d’électricité et les poubelles non ramassées à Yaoundé, les lenteurs administratives kafkaïennes, les marchés publics opaques et les nominations clientélistes ne sont pas des anecdotes : ils sont les symptômes d’un État qui peine à se réinventer. À l’issue des récentes élections présidentielles, le pays se…
Auteur/autrice : Contribution
Par Pr Amath Ndiaye, FASEG-UCAD. L’annonce d’un taux de croissance de 5 % du PIB pour 2026 peut sembler encourageante, surtout dans un contexte mondial incertain et de rigueur budgétaire. Mais en réalité, ce chiffre, bien qu’honorable sur le plan macroéconomique, est largement insuffisant pour relever le défi le plus pressant du Sénégal : l’emploi des jeunes. une croissance trop faible pour absorber la jeunesse Selon les données récentes de l’ANSD, la population active du Sénégal s’élève à près de 11,7 millions de personnes, dont 4,9 millions en emploi. L’élasticité emploi-croissance, qui mesure la capacité de la croissance à générer…
Par Oumar Mamadou Ba Auteur de l’ouvrage « Les Outils du Contrôle de Gestion au profit de l’Administration Mauritanienne » Une réflexion devenue réalité Lorsque j’ai publié mon ouvrage « Les Outils du Contrôle de Gestion au profit de l’Administration Mauritanienne », j’avais une conviction : le secteur public ne peut atteindre la performance sans une culture forte du contrôle de gestion et des outils de pilotage adaptés. J’y décrivais une administration où, malgré la rigueur budgétaire et la volonté de réforme, l’absence d’un Tableau de Bord Equilibré/Exécutif (TBE) empêchait le Ministère des Finances et les institutions publiques de maîtriser leurs flux financiers et d’évaluer la performance de leurs politiques. Quelques…
Par Dr El Hadji Amadou Niang,Docteur en droit international, ancien haut fonctionnaire de l’Organisation de l’unité africaine et du Secrétariat général des Nations unies,ancien Ambassadeur du Sénégal, Consultant international exécutif. L’Afrique, berceau de l’humanité, se trouve aujourd’hui à l’aube d’un tournant véritablement historique. Dans un monde secoué par les tempêtes économiques, les fractures sociales, les urgences climatiques, les bonds technologiques et les bouleversements géopolitiques profonds, notre continent avance — porté par la sagesse ancestrale de ses peuples, la puissance de leurs mémoires et la promesse d’un destin à façonner.Alors que les anciens modèles s’effondrent et que les équilibres mondiaux se…
Par Shalom Ndiku, Directrice des affaires publiques, Food4Education D’ici 2030, l’Afrique abritera la plus grande population jeune active au monde, une génération dont le potentiel pourrait façonner le prochain siècle de croissance mondiale. Pourtant, sur tout le continent, des millions d’enfants continuent d’aller à l’école le ventre vide. La faim demeure l’un des obstacles les plus persistants à l’apprentissage, coûtant aux pays africains près de 16,5 % de leur PIB chaque année en pertes de productivité, selon l’Union africaine. La réalité est simple : l’Afrique ne pourra pas libérer son capital humain si ses enfants ne peuvent pas se concentrer…
Par Peter Doyle, Économiste américain, ex-cadre senior du FMI. À l’automne 2024, lorsque Ndongo Samba Sylla et moi avons souligné l’absurdité, compte tenu du rattachement historique du franc CFA à l’euro, des prévisions du FMI concernant l’inflation sur 12 mois au Sénégal, soit -13 % pour fin 2025 et +42 % pour fin 2026, nous notions que le FMI ne prêtait manifestement pas attention aux chiffres, pas même aux siens. Que pouvait-il encore se passer, nous sommes-nous demandé ? Nous étions loin de nous douter de la suite. Après un changement de gouvernement en avril 2024, des audits ont récemment…
Par Abdoulaye GUIRASSY, économiste-politologue La notation souveraine d’un pays est une évaluation de sa capacité à rembourser sa dette publique, attribuée par des agences de notation comme Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch Ratings, qui se partagent l’essentiel du marché mondial. Cette note, généralement représentée par des lettres, est la suivante :• AAA pour un risque très faible ;• BBB pour une solvabilité moyenne ;• D pour défaut de paiement. L’évaluation est basée sur des indicateurs économiques, budgétaires et politiques. Une note élevée signale un faible risque pour les investisseurs, tandis qu’une note basse indique un risque plus élevé et…
Par Idrissa Diabira, Fondateur de SherpAfrica, Team Leader du projet ROGEAP (CEDEAO–Banque mondiale), ancien Directeur général de l’ADEPME (Sénégal). La dégradation récente de la note souveraine du Sénégal, après celles du Ghana, de la Tunisie ou de l’Égypte, a ravivé la question de la souveraineté financière et de l’équité des notations. Entre indignation politique et plaidoyer souverainiste, le débat s’enlise souvent dans les postures. Or, comprendre la logique de la notation, c’est sortir de la polémique pour aborder l’essentiel : la visibilité des actifs africains et la crédibilité du risque qui leur est associé. Pour cela, il faut d’abord dissiper trois grandes confusions. Trop…
Par Junior MBUYI, CEO JPG Consulting Partners | Président du think tank Africa Risk – Strategic Institute for African Sovereignty & Transformation | INSEAD – GEMBA – Global Executive MBA/ « L’Afrique doit désormais passer du diagnostic subi au diagnostic souverain» La dégradation de la note du Sénégal pose une question centrale : l’Afrique peut-elle encore se contenter de modèles d’évaluation exogènes, alors que de nouvelles approches — comme les reverse stress tests et une future méthodologie africaine de pondération des risques (RWA) — ouvrent la voie d’une souveraineté analytique et prudentielle ? 1 – Une lecture partielle du risque…
Par : Dr Mohamed H’Midouche, ancien haut responsable de la BAD – Auteur et CEO, Inter Africa Capital Group. Contexte L’Afrique se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire énergétique. Dotée de plus de 13 000 milliards de m³ de réserves prouvées de gaz naturel (environ 7 % du total mondial) et d’un potentiel renouvelable exceptionnel, le continent dispose des atouts nécessaires pour concilier sécurité énergétique, industrialisation et transition bas carbone. Cependant, derrière les annonces ambitieuses de grands projets gaziers et d’hydrogène vert, la réalité demeure contrastée : de nombreux projets sur le continent restent encore au stade…
Par Denis CHEMILLIER-GENDREAU et Géraldine MERMOUX, Groupe FINACTU Alors que la Côte d’Ivoire s’approche d’une nouvelle grande échéance politique, avec l’élection présidentielle du 25 octobre prochain, nombreux sont les commentateurs qui saluent les réalisations du Président OUATTARA et de ses différents gouvernements sur le front des infrastructures (près de 2.000 km de routes réhabilités depuis 2011, près de 40.000 km de pistes rurales remises en service, 2.000 km de routes neuves et 442 ponts et échangeurs), du dynamisme économique (environ 7% de croissance par an en moyenne sur la période 2011-2025) et de la maitrise des grands agrégats de l’économie…
Par Dr Mohamed H’Midouche, Banquier, économiste,auteur de “GEN+ Leadership: FromPHD to PHU”. Dans mon ouvrage GEN+ Leadership: From PHD to PHU, j’explique que le développement durable d’une nation dépend autant de la qualité de ses institutions que de la mentalité de ses acteurs. Deux attitudes s’opposent : le PHD – Pull Him/Her Down, cette propension à freiner, envier, voire saboter la réussite des autres ; et le PHU – Pull Him/Her Up, cette disposition à encourager, soutenir et hisser autrui vers le succès. Le sport illustre parfaitement cette opposition. Un entraîneur qui fait confiance à un jeune joueur, un capitaine qui motive son équipe, un…
À mesure que le commerce africain s’intensifie, l’Afrique centrale s’impose comme un maillon clé des échanges mondiaux. Au cœur de cette dynamique, le Cameroun se distingue par la modernisation de ses ports, l’essor du fret aérien et le renforcement de la sécurité maritime. Des enjeux mis en lumière lors de l’Africa Day 2025 à Sciences Po Paris, où experts et acteurs économiques ont souligné que la compétitivité du pays dépendra de sa capacité à conjuguer innovation, ancrage local et fiabilité.Les ports et aéroports camerounais au cœur des échangesLe 4 octobre, PortSec, entreprise spécialisée dans la sécurisation des infrastructures critiques, participait…
Par Cheikh Traoré Tourad. Moody’s a abaissé la note du Sénégal de B3 à Caa1 et a placé la perspective en « négative ».La notation caa1 fait partie de la catégorie de risque « substantiel ». Cette catégorie de notation ‘Caa’ est considérée comme spéculative et présentant un risque de crédit élevé. En réponse , le gouvernement du Sénégal a critiqué l’agence de notation en soulignant la « robustesse des fondamentaux » du paysmarquée par la diversification des sources de financements, « une exécution budgétaire » maintenant le cap pour atteindre l’objectif de déficit de 7,8% du PIB en 2025 ». Cependant, la position du Sénégal a soulevé des enjeux importants de la notation financière en invitant…
Par Mamadou Faye, Directeur Général de la BNDE / Banque Nationale pour le Développement Economique du Sénégal. La récente décision de l’agence Moody’s d’abaisser la note souveraine du Sénégal est, à bien des égards, injustifiée et déconnectée de la réalité de nos fondamentaux économiques. Notre pays demeure solide, réformateur et résolument engagé dans la maîtrise de ses équilibres macroéconomiques. Mais au-delà du débat technique, cet épisode doit nous conduire à une réflexion collective sur notre dépendance aux appréciations extérieures et sur la nécessité d’un sursaut national pour le financement endogène de notre développement. Nous devons, plus que jamais, croire en…
Par Aboubakr Barry, CFAL’auteur est fondateur et directeur général de Results Associates, basée à Bethesda, Maryland, États-Unis. Pourquoi le commerce mondial doit-il dépendre du dollar ? Le 13 avril 2023, le président brésilien Lula a demandé à Shanghai : « Pourquoi le commerce mondial doit-il dépendre du dollar ? » Sa question — « qui a décidé de la suprématie du dollar après la fin de l’étalon-or ? » — résonne encore. En dépit de tous les gros titres sur la « dé-dollarisation », la réalité est simple : la domination du dollar perdure, car il offre liquidité, ampleur et un vaste réservoir d’actifs sûrs, inégalé par les autres…
Par Dr Beaugrain Doumongue, Ingénieur et Expert en Intelligence Économique. Fondateur de STRATCO. Le mercredi 8 octobre 2025 restera gravé dans la mémoire institutionnelle du Togo. Ce soir-là, au Journal de 20 heures, le pays a franchi un seuil conceptuel et politique marqué par la création d’un Ministère de l’Économie doté d’un mandat explicite de veille stratégique. Pour la première fois, l’économie nationale s’arrime à la pensée anticipatrice, érigée non plus en luxe intellectuel, mais en instrument de pilotage d’État. Au-delà de la planification, c’est désormais la prévoyance organisée, l’intelligence décisionnelle, la vigilance stratégique qui érigées en fonction régalienne, gouverneront…
Par Moussa SYLLA, Auteur du livre La conformité bancaire au Sénégal et dans la zone UMOA Le 11 février 2025, le Parlement du Sénégal a adopté la loi 2025-03 portant réglementation bancaire. Il s’agit de la troisième version après celles de 1990 (loi 90-06) et de 2008 (loi 2008-26). Cette nouvelle législation a apporté des changements concernant la réglementation bancaire, avec trois nouvelles personnes assujetties, en plus des banques et des établissements financiers de crédit qui l’étaient précédemment : les établissements de paiement, les établissements de monnaie électronique, et les compagnies financières. Outre ces changements, cette loi a intégré les évolutions réglementaires importantes survenues dans…
À la veille de l’élection présidentielle d’octobre, et ce quelles que soient les orientations politiques des différents candidats en lice, il est un sujet qui fait consensus : le Cameroun doit urgemment relever le défi qui lui permettra de bâtir un appareil productif et compétitif afin d’accélérer sa transformation économique et d’améliorer le bien-être de ses populations. À l’heure actuelle, leurs perspectives d’emploi dans l’économie formelle sont telles que d’après les données récentes d’Afrobarometer (2024), six Camerounais sur dix aspirent à créer leur propre entreprise. Cet élan entrepreneurial est un atout, mais il ne saurait constituer à lui seul un levier de transformation durable. Faute d’infrastructures fiables, de financements adaptés, d’accès aux marchés et d’un tissu…
Par Pr Amath Ndiaye, Économiste, Université Cheikh Anta Diop de Dakar. La déclaration de la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, affirmant la disposition du Fonds à conclure un nouveau programme avec le Sénégal, ouvre une nouvelle phase dans la relation entre Dakar et l’institution de Bretton Woods. Mais cette ouverture ne saurait occulter un impératif : stabiliser les finances publiques sans ébranler la cohésion sociale et politique du pays. Un levier indispensable mais à manier avec prudence Le FMI n’est pas une stratégie de sortie de crise, mais un levier de stabilisation. Son intervention vise à restaurer la confiance,…
Par le Ministre Directeur de Cabinet, Président du Comité Stratégique de Simandou, M. Djiba Diakité. Depuis 2021, sous l’impulsion et le leadership du Président de la République, Son Excellence le Général Mamadi Doumbouya, la Guinée a choisi un chemin exigeant : reprendre la maîtrise de ses ressources stratégiques pour en faire le socle d’un développement diversifié et durable. Dans un monde où les interdépendances se recomposent, il ne s’agit pas seulement d’assurer la souveraineté sur nos richesses, mais d’en faire un levier de transformation économique et sociale pour le bien-être de la population. Le projet intégré mine-infrastructures de Simandou illustre…
Par professeur Amath Ndiaye, FASEG-UCAD. La BCEAO s’apprête à franchir une étape historique avec le lancement du e-CFA, une version entièrement numérique du franc CFA. Fini les billets et les pièces : demain, chacun pourra utiliser directement sa monnaie via son téléphone, une carte ou une application, en toute sécurité. Une monnaie officielle et sûre Contrairement aux cryptomonnaies comme le Bitcoin, le e-CFA ne sera pas une monnaie privée. C’est une monnaie officielle, garantie par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. Sa valeur est la même que celle du franc CFA actuel. Chaque citoyen, même sans compte…
Le groupe ST Digital s’apprête à inaugurer, le 2 octobre prochain, son tout premier data center en Côte d’Ivoire. L’infrastructure, située dans la zone franche technologique du VITIB à Grand-Bassam, se veut une pierre angulaire de la stratégie de souveraineté numérique du pays. Une réponse locale à un déficit continental Avec ce data center de type Tier III, le groupe panafricain veut contribuer à combler le retard du continent en matière d’hébergement de données. En 2024, l’Afrique ne représentait que 1 % de la capacité mondiale de data centers, soit environ 3,5 milliards $ de chiffre d’affaires, contre un marché…
Par Serge KOUAMELAN, Directeur Exécutif APBEF-CI. Envoyer de l’argent d’une banque vers un portefeuille mobile, ou d’un opérateur téléphonique à un autre, sans complication ? Grâce à l’interopérabilité, la BCEAO transforme la vie quotidienne de millions de citoyens de l’UEMOA. Un monde financier de l’UEMOA en pleine mutation Nous réglons nos factures, faisons nos achats et envoyons de l’argent en quelques clics. Mais jusque-là, chaque système fonctionnait comme une « île » isolée. Impossible, par exemple, d’envoyer directement de l’argent d’une banque vers un compte mobile money, ou d’un opérateur à un autre aussi facilement. Pour lever ces barrières, la…
Par Dr Yahya-Abou Ly, PHD. La Mauritanie évolue dans un contexte macroéconomique porteur, avec une croissance projetée entre 4,3% et 7,5% pour la période 2025-2030, une inflation maîtrisée autour de 3 %et une dette publique stabilisée à 46% du PIB. Plusieurs secteurs clés du pays, tels que les mines (fer, or, gaz, cuivre, hydrogène vert, etc.), la pêche, l’agriculture, les infrastructures en partenariat public-privé (PPP) et les services numériques, offrent un potentiel de développement significatif. Les données récentes du rapport FMI 2024 montrent que l’épargne nationale brute est restée stable autour de 31,8% du PIB entre 2020 et 2024, alors…
PAR George Pavel, Directeur Général de Naga.com Middle East Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a abordé 2025 avec une dynamique plus claire dite du «l’économie non pétrolière assure la croissance aux côtés de la production d’hydrocarbures.double moteur » : la croissance hors pétrole assurant l’essentiel de la progression, tandis que les hydrocarbures restaient limités par les quotas OPEP+ précédemment décidés. Le schéma est particulièrement visible aux Émirats arabes unis où, au premier trimestre, le PIB global a progressé de 3,9% en glissement annuel, avec une hausse de 5,3% dans le secteur non pétrolier, qui représente désormais 77% de…
Par Luc Gnacadja* Alors que les dirigeants du monde entier se réunissent à l’occasion de la Semaine du climat de New York à partir du 22 septembre, ils devront affronter une vérité désormais incontournable : même si toutes les émissions de gaz à effet de serre cessaient aujourd’hui, la planète resterait engagée sur une trajectoire dépassant les +2°C, en raison de l’empreinte irréversible des émissions passées, ainsi que l’ont récemment démontré James Hansen et ses collègues[1]. L’adaptation au changement climatique n’est donc plus une option : elle est devenue une nécessité universelle, et plus encore pour les pays en développement.…
Par Mr. El Hadji Amadou NIANG, ancien fonctionnaire international a l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) et au secrétariat général de l’ONU, ancien Ambassadeur et Consultant international À l’orée de ce nouveau siècle, le monde occidental, jadis incontesté phare de la modernité, vacille sous le poids des contradictions qu’il a lui-même forgées. Cette modernité, née du souffle incandescent de la Révolution industrielle, a propulsé l’Europe et ses prolongements vers des sommets inédits de puissance, de richesse et de savoir. Pourtant, derrière l’éclat de cette réussite apparente, se dessinent des ombres profondes : fractures sociales, déclin écologique, crises morales et questionnements existentiels.…
Par Djeinaba Kane, spécialiste en politique publique et relations internationales Alors que de nombreux pays renforcent leur engagement auprès de leurs diasporas à travers le monde, la Mauritanie se trouve à un moment décisif pour approfondir la collaboration avec ses citoyens établis à l’étranger. Sur directives récentes du Président Ghazwani, visant à consolider les liens avec les communautés mauritaniennes outre-mer et à renforcer leur rôle en tant que partenaires du développement national, le Ministère des Affaires étrangères a annoncé l’organisation d’un forum des Mauritaniens à l’étranger, prévu à Nouakchott en novembre 2025. Ce forum constitue une opportunité unique de faire entendre la…
Par Materne Ly Aguessy Au-delà des selfies et des vidéos virales, Facebook, WhatsApp ou TikTok sont en train de s’imposer comme de véritables outils de développement économique pour les agriculteurs d’Afrique de l’Ouest. Au Bénin et en Côte d’Ivoire, une nouvelle génération d’« agripreneurs » détourne les réseaux sociaux de leur usage premier pour accroître ses revenus, partager des savoirs et conquérir de nouveaux marchés. Selon une étude du cabinet Caribou, réalisée avec la Fondation Mastercard, cette « agriculture sociale » touche déjà des millions de personnes. WhatsApp sert d’intelligence de marché, permettant aux producteurs de comparer les prix et…
Par Pr Amath Ndiaye, FASEG-UCAD Le ministre sénégalais des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a annoncé que le Sénégal lancera bientôt des Diaspora-Bonds*. Ces obligations citoyennes, destinées exclusivement aux Sénégalais de l’extérieur, seront proposées dans le cadre du prochain Appel Public à l’Épargne (APE) prévu le 18 septembre 2025. L’objectif est clair : mobiliser directement l’épargne de la diaspora pour financer des projets structurants, en faisant d’elle un acteur privilégié de la transformation nationale. L’idée des Diaspora Bonds est à saluer. Elle permet à l’État de mobiliser une épargne abondante et souvent disponible, tout en associant la diaspora au…
Par Alpha Seydi Ba, Expert Senior en Communication Stratégique et Relations Publiques. Le développement durable de la Mauritanie ne peut pas ne pas se faire par une approche stratégique intégrée où le marketing territorial, la promotion de l’investissement privé et l’accompagnement structuré des PME sont les moteurs d’une triptique catalytique d’une croissance développante, durable et inclusive. Aujourd’hui, la Mauritanie est à un tournant. Avec une croissance du PIB estimée à 5,1 % en 2024, tirée par les secteurs de l’énergie, des mines et de l’industrie, le pays doit enclencher le passage à l’échelle. Dans ce contexte, la promotion d’une image territoriale cohérente et différenciante s’avère nécessaire. Cela passe par un positionnement…
J’ai placé, en 2020, cinq millions de francs CFA sur deux titres phares de la BRVM : Sonatel, vedette incontestée du marché régional, et Ecobank Transnational Incorporated (ETI), autrefois porte-drapeau d’une certaine idée du panafricanisme bancaire. Devrais-je taire le nom de la SGI qui m’a accompagné ? Sans doute. Cinq ans plus tard, le constat...
Par Dr Mohamed H’MIDOUCHE* Recapitaliser les institutions financières africaines reste un défi majeur. Avec son nouveau mécanisme, la Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique (BADEA) propose une solution inédite qui ouvre la voie à une autonomie financière progressive du continent. La recapitalisation des banques régionales africaines a toujours représenté un casse-tête : budgets publics contraints, souscriptions au capital non libérées, institutions financières en manque de fonds propres. En proposant d’octroyer des prêts concessionnels aux États actionnaires pour qu’ils puissent libérer leurs engagements dans les institutions financières régionales ou panafricaines, la BADEA a introduit une innovation méthodologique majeure. Cette…
Par Me Jemal Taleb Vous ne me croirez pas, mais tout ceci se passe au vingt-unième siècle, pas au Moyen Âge. Nous sommes à une ère où le refrain le plus courant de l’opposition mauritanienne en particulier, le préambule de toutes les constitutions, est que tous les hommes naissent égaux.Nous sommes bien à l’époque où une certaine opposition de notre pays a bâti tout son programme sur le prétendu « racisme » de notre peuple, cette opposition se présentant elle-même comme le parangon de l’égalité et le chevalier de la cause des supposés damnés de la terre mauritanienne. Ceux-là des nôtres…
Par professeur Amath Ndiaye, FASEG – UCAD. On répète souvent aux Africains qu’il suffirait d’avoir une monnaie nationale et de « l’ouvrir comme un robinet » pour financer les écoles, construire des routes ou payer les fonctionnaires. Mais c’est une illusion. Une monnaie n’est pas une source magique : si on en crée trop sans lien avec la richesse réelle, on provoque l’inflation et, à terme, une crise économique. Beaucoup pensent que les pays riches, comme les États-Unis, le Japon ou la France, recourent librement à la planche à billets. En réalité : Conclusion : même les pays riches n’ont…
Chronique financière par Michael Brown, Senior Research Strategist chez Pepperstone La semaine boursière s’est ouverte sur un mélange de vigueur et d’incertitude. Les marchés actions poursuivent leur ascension, les obligations souveraines rallient, le dollar s’essouffle, et l’or, valeur refuge par excellence, vient d’inscrire un nouveau sommet historique au-delà de 3 600 dollars l’once. Tout semble...
Par Jobrey Loïc Amona, cadre de banque. Toutes les multinationales ont été un jour des start-ups ! Qu’il s’agisse d’une start-up ou d’une PME, les préoccupations ainsi que les enjeux demeurent les mêmes. Si les premières sont fortement influencées par leurs particularités : volatilité extrême de l’actif économique, car le plus souvent le modèle économique est à bâtir, d’où une valeur hautement spéculative et instable, besoin de financements externes car l’autofinancement est rarement positif avant plusieurs années ; les secondes non plus ne sont épargnées par les aléas du marché. Cela dit, toutes les deux éprouvent le même besoin pour…
Par Alpha Seydi BA, Expert Senior en Communication Stratégique et Relations Publiques. Le débat sur le contenu local en Mauritanie s’inscrit aujourd’hui dans un contexte de mutation stratégique où la volonté politique se manifeste par l’adoption de nouveaux instruments juridiques et institutionnels. La promulgation récente de la loi n°2024-045 ainsi que son décret d’application marquent un tournant incontestable dans le mode de gestion des industries extractives et énergétiques du pays. L’objectif fondamental de cette réforme est d’inscrire l’exploitation des ressources naturelles dans une logique de création de valeur partagée, où la population, les entreprises et le tissu industriel local deviennent…
Par professeur Amath Ndiaye, FASEG UCAD Il s’agit d’analyser les soldes de la balance commerciale des pays de la CEDEAO et de montrer que les déséquilibres extérieurs sont la conséquence de la structure extravertie des économies, plus que du taux de change fixe ou flexible. Des soldes commerciaux contrastésL’examen des données moyennes de la période 2013-2023 met en évidence des différences notables entre les pays de l’UEMOA et ceux de la ZMOA (source : WDI). Régime de change et performances commercialesLes chiffres montrent clairement que les pays à régime de change fixe (UEMOA) présentent en moyenne des déficits moins prononcés…
Par Dr. Mohamed H’MIDOUCHE L’Afrique vit un paradoxe inquiétant : malgré des financements croissants destinés aux PME et aux startups, plus de 70 % d’entre elles disparaissent dans les cinq premières années (BAD, 2023 ; OIT, 2022). Les causes sont connues : manque d’expérience en gestion, absence de gouvernance structurée, difficultés d’accès aux marchés et isolement des jeunes promoteurs.Dans un continent où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, ce constat est alarmant. Les jeunes Africains regorgent de créativité et d’audace, mais se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes face à la complexité du monde des…
Par Antonio Di Giacomo,Analyste des marchés financiers pour l’Amérique latine chez XS – 28 août 2025. « Le S&P 500 continue de défier l’incertitude et d’établir de nouveaux records, atteignant le seuil des 6 500 points. Le rallye survient dans un contexte de forte volatilité, alimentée par les récents résultats de Nvidia et la publication d’indicateurs économiques clés aux États-Unis. Ces éléments ont mis à l’épreuve la résilience du marché qui, malgré quelques replis ponctuels, reste orienté positivement. Depuis le début du mois, l’indice a progressé de plus de 2,5 %, reflétant la confiance des investisseurs malgré des perspectives contrastées.…
Par Dr. Jean TCHANGAI et Franck-Fidel N’DA. -Dr. Jean TCHANGAI est Directeur des Engagements d’un groupe bancaire, Chercheur, membre du CREFE et du LISST – Dynamiques Rurales (DR). -Franck-Fidel N’DA est Associé chez Forvis Mazars Afrique de l’ouest et du centre, en charge de la ligne de service Consulting, Ex-Directeur Financier d’un groupe bancaire. La taille compte… mais elle ne dit pas tout. Chaque année, les classements bancaires suscitent beaucoup d’attention. Et souvent, c’est le « Total Bilan » qui fait la une. Plus une banque affiche un Total Bilan élevé, plus elle paraît grande et puissante. En apparence, rien de plus…
Par Dr. Abdourahmane Ba, Consultant en développement internationalExpert senior en évaluation des politiques, management et stratégie de développement. Au cours de ce siècle, l’Afrique est face à un choix qui dépasse la simple question des ressources. Les minerais nécessaires aux énergies propres, des sols capables d’assurer la sécurité alimentaire, un soleil apte à alimenter l’industrie et une vaste cohorte de jeunes existent en abondance. Pourtant, l’abondance sans stratégie offre peu de leviers. La souveraineté découle de la capacité à transformer les atouts en pouvoir, de la maîtrise des règles, des normes et des termes de l’échange, ainsi que d’institutions alignant…
Par Dr. Papa Demba Thiam, Economiste International, Expert en Developpement Industriel Intégré par des Chaines de Valeurs, Thielle, Suisse. Voici une erreur stratégique à ne plus commettre, sous peine de verser dans la fabrique de pauvreté au Sénégal. Passer au crible la déclaration de fin de mission du FMI (19-26 août 2025) me donne ce qui suit. De nouveaux concepts-farces : « Mauvaise déclaration », « problèmes systémiques identifiés dans le rapport de la Cour des comptes » et « passifs non divulgués ». On ne parle plus ni de « comptes falsifiés », ni de « dettes cachées »,…
Par Jean-Pierre Mfomy, ancien banquier , expert en compensation. La tendance chronique de nombreux États africains à se tourner vers l’extérieur pour trouver des solutions à leurs problèmes de financement, malgré les capacités de production latentes et les gisements de croissance inexploités dont regorgent leurs économies, pose la problématique suivante : la nécessité d’inventer une solution endogène de développement financier permettant de favoriser le fonctionnement optimal de l’économie tout en limitant le recours aux aides et à l’endettement extérieurs. Le « shadow banking », encore appelé « finance de l’ombre », offre aux États africains un modèle qu’ils peuvent (sans…
Pr Amath Ndiaye, FASEG-UCAD. Le 20 août 2025, le Mali a sollicité le marché régional de la dette publique de l’UEMOA pour mobiliser 20 milliards FCFA. L’opération, qui combinait bons du Trésor et obligations assimilables, a suscité une demande de 23,09 milliards FCFA, soit une couverture de 115 %. Finalement, Bamako a choisi de lever 18,79 milliards, en dessous de son objectif initial. Derrière ces chiffres techniques se cache une réalité politique et économique forte : le franc CFA et l’intégration financière de l’UEMOA offrent aux États un levier de résilience unique en Afrique. Une demande supérieure à l’offre La…
Par Pr Amath Ndiaye, FASEG-UCAD. La crise actuelle en Guinée illustre une vérité simple : la monnaie n’a pas besoin de patriotisme, elle a besoin de confiance. En effet, une monnaie ne peut remplir correctement ses trois fonctions essentielles — moyen d’échange, unité de compte et réserve de valeur — que si elle inspire confiance. Et inversement, lorsque cette confiance disparaît, ces fonctions s’effondrent une à une. Aujourd’hui, les citoyens guinéens ne thésaurisent pas leur argent par rejet du système bancaire ou par défi nationaliste, mais parce qu’ils craignent de ne pas pouvoir retirer leurs fonds en cas de besoin.…
Par Pr Amath Ndiaye – FASEG-UCAD La crise de liquidité qui secoue actuellement les banques guinéennes agit comme un révélateur brutal des fragilités du système financier national. Faute de dépôts suffisants, les établissements peinent à honorer les retraits, entraînant une rentabilité en chute libre et un risque de fermeture de nombreuses caisses, y compris celles des opérateurs de monnaie électronique. Cette nouvelle turbulence rappelle la vulnérabilité chronique du franc guinéen, miné par les pressions inflationnistes et les déséquilibres bancaires récurrents. À quelques centaines de kilomètres, l’exemple de la Guinée-Bissau illustre un choix diamétralement opposé. En 1997, confrontée à des crises…
Par Auguste DAGO, Président de StratéNova. Diagnostic d’une situation persistante En Afrique de l’Ouest, les projets industriels et d’infrastructures abondent, mais leur concrétisation se heurte à un mur récurrent : l’accès au financement. Selon plusieurs études de la Banque africaine de développement, plus de 70 % des projets industriels initiés dans la sous-région n’atteignent jamais la phase de financement. Le continent accuse chaque année un déficit d’investissement en infrastructures de l’ordre de 100 milliards de dollars, un chiffre qui illustre l’ampleur du manque à gagner. Cette pénurie de financements a des conséquences lourdes : – Un retard chronique dans l’industrialisation,…
