Candidate de la Mauritanie au poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Coumba Ba défend une candidature placée sous le signe du consensus africain. À l’approche de l’échéance de Phnom Penh, elle appelle les candidatures du continent à éviter la dispersion et estime qu’une Afrique divisée affaiblirait son influence. Soutenue personnellement par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, elle se dit optimiste, tout en restant prudente sur l’issue du scrutin.
« L’Afrique ne devrait pas arriver divisée à Phnom Penh. » C’est l’un des principaux messages délivrés par Coumba Ba dans un entretien accordé au journal Le Calame. Candidate de la Mauritanie au secrétariat général de l’OIF, elle place la recherche d’un consensus africain au centre de sa stratégie à l’approche de l’élection.
La compétition compte quatre candidatures, dont trois africaines. Pour Coumba Ba, cette pluralité témoigne de la capacité du continent à proposer des profils de haut niveau, mais elle comporte également un risque de dispersion des voix. « Lorsqu’elle arrive divisée à une échéance internationale, l’Afrique affaiblit sa capacité d’influence. Lorsqu’elle parvient au contraire à construire un consensus, elle renforce la candidature qu’elle porte, mais aussi la crédibilité de sa parole dans le système international », explique-t-elle.
La candidate mauritanienne indique avoir porté ce message devant la Commission ministérielle des candidatures de l’Union africaine. Son souhait est de parvenir à une convergence avant le rendez-vous de Phnom Penh, plutôt que de laisser la compétition se transformer en confrontation entre candidatures africaines.
Une candidature portée au plus haut niveau de l’État
Coumba Ba insiste également sur l’implication directe du président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Selon elle, le chef de l’État a personnellement décidé de présenter sa candidature et a souhaité qu’elle soit portée par l’ensemble de l’appareil étatique.
Un comité de pilotage présidé par le Premier ministre a ainsi été mis en place, tandis que plusieurs membres du gouvernement ont été dépêchés dans différentes capitales. Le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, ainsi que le réseau diplomatique mauritanien sont également mobilisés.
« L’engagement personnel du président Ghazouani donne évidemment un poids particulier à cette candidature », souligne Coumba Ba. Elle affirme avoir été reçue, directement ou à travers les délégations mauritaniennes, par plusieurs dirigeants étrangers.
Elle refuse toutefois de transformer ces rencontres en annonces de soutiens qui n’auraient pas été rendues publiques par les États concernés. « Je suis optimiste. Mais permettez-moi aussi d’être prudente », dit-elle, rappelant qu’une élection internationale « se joue jusqu’au dernier moment ».
Une Francophonie plus politique et plus utile
Au-delà de la bataille diplomatique, Coumba Ba développe une vision de l’OIF centrée sur son utilité. Face à un environnement international fragmenté et à un multilatéralisme sous pression, elle estime que l’organisation, qui rassemble 90 États et gouvernements, doit davantage assumer son rôle politique.
Elle défend une Francophonie capable de « construire des passerelles », de préserver les espaces de dialogue et d’intervenir lorsque les relations entre États deviennent difficiles. Son projet met également l’accent sur la jeunesse, l’éducation, l’emploi, l’économie, le numérique, la culture, l’entrepreneuriat et la gouvernance de l’organisation.
Sa doctrine tient en une formule : « La Francophonie sera d’autant plus respectée qu’elle sera utile. » Utile politiquement dans les périodes de crise, mais aussi économiquement et socialement pour les populations de l’espace francophone.
La candidate promet, en cas d’élection, de présenter au cours de ses cent premiers jours une feuille de route assortie « d’objectifs réalistes et mesurables ».
Le français face au défi du numérique et de l’intelligence artificielle
Interrogée sur le recul du français en Mauritanie et sur l’apparente contradiction avec sa candidature à la tête de l’OIF, Coumba Ba rejette ce qu’elle qualifie de « faux procès ».
Elle rappelle que la Francophonie rassemble des pays aux réalités linguistiques très différentes et que le français n’y est pas systématiquement la langue majoritaire. La politique linguistique mauritanienne relève, selon elle, de la souveraineté nationale et n’est pas incompatible avec l’appartenance du pays à l’espace francophone.
Coumba Ba, qui affirme s’exprimer en français, arabe, anglais, pulaar, soninké et wolof, considère le plurilinguisme comme un atout. Le véritable enjeu est, à ses yeux, de rendre le français suffisamment attractif et utile pour les nouvelles générations.
Elle pointe notamment le défi du numérique : si les jeunes apprennent à coder essentiellement en anglais, si les contenus scientifiques sont produits majoritairement dans d’autres langues et si les modèles d’intelligence artificielle disposent de trop peu de contenus francophones, la place du français pourrait être durablement fragilisée.
Elle propose ainsi un « programme-cadre de reconquête linguistique du français », associant formation des enseignants, production de contenus et rapprochement de la langue française avec les technologies, les métiers d’avenir, l’entrepreneuriat, les financements et les marchés.
« Il ne s’agit pas de la candidature de Coumba Ba »
Coumba Ba présente enfin sa candidature comme dépassant son parcours personnel. Après avoir exercé dans la santé publique, l’administration et plusieurs fonctions ministérielles et conseillé cinq présidents mauritaniens, elle estime que son expérience lui a appris à distinguer l’exercice d’une fonction du service de l’État.
« Il ne s’agit pas de la candidature de Coumba Ba. Il s’agit de la candidature de la Mauritanie que Coumba Ba a l’honneur de porter », affirme-t-elle.
À l’approche de Phnom Penh, sa stratégie apparaît ainsi articulée autour de trois axes : mobilisation diplomatique de la Mauritanie, recherche d’un consensus africain et proposition d’une Francophonie davantage tournée vers l’efficacité politique, économique et numérique. Pour Coumba Ba, l’enjeu dépasse donc l’élection elle-même : il touche à la capacité de l’Afrique à transformer la multiplication de ses candidatures internationales en véritable force d’influence.

