Sur le premier semestre 2026, le volume des échanges commerciaux entre la Chine et les six États (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) sont estimés à 5.925,9 milliards de FCFA (environ 10,2 milliards USD). Cette performance, rendue publique par les douanes chinoises, induit un surplus net proche de 2 milliards USD grâce aux exportations pétrolières du Congo, du Gabon, du Tchad et de la Guinée équatoriale.
Dans ce contexte, le Cameroun est le seul pays de la zone en déficit vis-à-vis de Pékin. Ce qui traduit la fragilité d’un modèle où l’excédent régional tient presque exclusivement à la rente des hydrocarbures, et non à une base industrielle diversifiée capable de résister à un choc pétrolier.
Rapportée aux près de 203,5 milliards USD d’échanges entre la Chine et l’ensemble des pays africains sur la même période, les échanges avec la CEMAC ne représentent qu’environ 5% du commerce sino-africain. Soit une hausse de 24% en glissement annuel, selon les douanes chinoises. À l’échelle du commerce extérieur chinois total, proche de 3.675 milliards USD, le poids de la sous-région tombe sous la barre du demi-point de pourcentage. Ces ordres de grandeur relativisent fortement le discours institutionnel qui présente régulièrement l’Afrique centrale comme un pôle stratégique prioritaire pour Pékin, alors que son influence réelle dans les négociations commerciales bilatérales reste limitée.
Ce diagnostic intervient alors que la Chine a activé, depuis le 1er mai 2026, la franchise douanière totale pour les exportations de 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec Pékin, une extension du dispositif inauguré lors du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) de 2003 et renforcé après le sommet de 2024. Plusieurs analystes, dont ceux de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et de l’Africa-China Centre for Policy & Advisory, y voient « moins un geste de générosité qu’un outil géopolitique destiné à sécuriser l’accès chinois aux minerais critiques (cobalt, lithium, terres rares) tout en détournant vers l’Afrique les surcapacités industrielles chinoises, dans un contexte de tensions commerciales avec Washington. Pour la CEMAC, dont les exportations restent dominées par le brut, le bénéfice potentiel de la mesure dépendra largement de la capacité des économies non pétrolières, à commencer par le Cameroun, à diversifier leur offre exportable au-delà des matières premières.
À l’échelle continentale, le déficit commercial africain vis-à-vis de la Chine continue de se creuser, dépassant 56 milliards USD à fin juin 2026. La question centrale pour les capitales de la CEMAC n’est donc pas tant le volume brut des échanges que leur capacité à transformer l’accès préférentiel au marché chinois en diversification productive réelle, plutôt qu’en simple prolongement de la dépendance aux hydrocarbures.

