À quatre ans de son échéance, la Stratégie nationale de développement du Cameroun 2020-2030 (SND30) n’a satisfait que 49,6 % des besoins identifiés par le ministère de l’Économie en 2023, estimés à 88 000 milliards de FCFA (près de 157 milliards USD). Selon le rapport d’évaluation à mi-parcours du Comité national de suivi-évaluation (CNSE), l’écart entre investissements attendus et réalisés entre 2021 et 2030 atteint 44 432 milliards de FCFA (environ 77 milliards USD). Ce chiffre ne correspond pas à une enveloppe non décaissée, mais mesure l’écart entre la trajectoire visée et celle réellement suivie.
La SND30 visait un taux d’investissement global passant de 23,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2021 à 29 % en 2030, porté principalement par le secteur privé, dont la contribution devait grimper de 20 % à 26 % du PIB. Dans le détail, ce taux n’a atteint que 18 % en 2021, et le CNSE révise désormais sa cible 2030 à 23,8 %, loin de l’ambition initiale.
La croissance économique confirme ce retard structurel. Selon une évaluation antérieure du CNSE présentée en décembre 2025, les taux de croissance annuels entre 2020 et 2025 sont passés de 0,3 % en 2020 à 3,8 % en 2025. Des performances très en deçà de la cible de 8,5 % fixée pour 2025. Le déficit global du solde budgétaire a toutefois pu être contenu à −1,4 % du PIB, tandis que le déficit courant de la balance des paiements s’est creusé jusqu’à −5,2 % du PIB en 2023.
Le rapport du CNSE indique par ailleurs que « le relais attendu du secteur privé peine à se matérialiser ». Le crédit au secteur productif ne représente que 17,6 % du PIB, contre une cible de 23,2 %. Le gouvernement mise pourtant sur les partenariats public-privé (PPP), que le ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, Paul Tasong, présente comme une « voie incontournable » pour financer ses projets structurants. C’est ce dernier qui pilote actuellement la recherche de financements pour 27 projets PPP, dans des secteurs allant des infrastructures au tourisme, à l’image du site de Ngoumou ou du lac municipal de Yaoundé, soutenus par l’Agence française de développement (AFD).
Le gouvernement a par ailleurs sélectionné cinq « champions nationaux », dont Soproicam, appelée à doubler sa production de soja d’ici 2030, censés incarner la transformation structurelle recherchée. Mais ces initiatives ponctuelles peinent encore à inverser la tendance macroéconomique d’ensemble.
Le poids croissant de la dette aggrave la contrainte. En effet, le service de la dette a absorbé 31,23 % du budget en 2024, contre 19,90 % prévu, réduisant les marges disponibles pour les secteurs social et productif. L’épargne intérieure brute recule de 16,46 % à 14,97 % du PIB entre 2021 et 2024, limitant l’autonomie financière du pays. Seul signal positif, les transferts de la diaspora ont presque doublé, passant de 0,82 % à 1,60 % du PIB, un gisement que le CNSE appelle à mieux orienter vers l’investissement productif. À quatre ans de l’échéance, l’enjeu camerounais n’est plus de financer des projets déjà identifiés, mais de concevoir des mécanismes de mobilisation de capitaux capables de combler un tel écart.

