Le professeur togolais Vincent Palokinam Pitché a été nommé directeur général de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), l’institution spécialisée de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) en matière de santé, dont le siège, historiquement établi à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, est en cours de transfert vers Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il a été désigné par les chefs d’Etat de la région pour un mandat de quatre ans.
Dermatologue, infectiologue et enseignant à l’Université de Lomé, Vincent Palokinam Pitché succède au Béninois Dr Melchior Athanase Joël Codjovi Aïssi, en poste depuis le 3 août 2022 et dont le mandat arrivait à échéance. Sa nomination conforte le profil d’un homme de santé publique rompu aux enjeux de coordination régionale. Au Togo, il s’est notamment illustré à la tête du Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le sida et les IST. À l’OOAS, il hérite de dossiers lourds : surveillance épidémiologique, harmonisation des politiques sanitaires, production locale de médicaments et de vaccins, et renforcement de la couverture sanitaire dans l’espace communautaire.
Sa nomination intervient dans un contexte géopolitique particulier. L’OOAS est une agence de la CEDEAO dont le siège se trouvait au Burkina Faso, l’un des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Niger. Or, ces trois États ont annoncé leur retrait de la CEDEAO le 28 janvier 2024, avant que celui-ci ne devienne effectif le 29 janvier 2025, après une période d’un an prévue par les dispositions communautaires.
La prise de fonctions de Vincent Pitché, annoncée près de dix-huit mois après le retrait effectif du Burkina Faso de la CEDEAO, intervient donc dans une période où les institutions communautaires sont elles-mêmes rattrapées par la fracture CEDEAO-AES. D’ailleurs, lors du sommet d’Abuja du 22 juin 2025, les États membres de la CEDEAO avaient d’abord acté le principe d’un transfert du siège de l’OOAS vers la Côte d’Ivoire, avant que la Conférence des chefs d’État ne désigne officiellement Abidjan en décembre 2025. En février dernier, le Dr Aïssi s’était déjà rendu à Abidjan pour préparer les modalités pratiques d’installation.
Pour le nouveau patron de l’OOAS, l’enjeu sera donc double : piloter les dernières phases de la transition du siège vers la Côte d’Ivoire tout en maintenant la continuité sanitaire régionale, dans une Afrique de l’ouest divisée entre deux blocs.

