La richesse totale en capital du Gabon est estimée à près de 60.000 milliards de FCFA (environ 104,5 milliards USD) en 2020. Cette estimation ressort du rapport Changing Wealth of Nations 2024 (CWON) publié par la Banque mondiale. En vingt-cinq ans, entre 1995 et 2020, la richesse du pays a progressé de 35%, traduisant un potentiel économique réel, mais encore insuffisamment exploité.
Selon l’institution de Bretton Woods, cette richesse repose principalement sur le capital naturel, qui représente 57,3% du total, suivi du capital humain avec 33,7%. À l’inverse, le capital financier et entrepreneurial demeure marginal. Le rapport souligne en effet que le tissu productif formel reste peu développé, avec une seule entreprise cotée, BGFI Holding, à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale(BVMAC). L’économie gabonaise est par ailleurs caractérisée par une forte prédominance des micro-entreprises, qui représentent 95,7% des unités économiques, tandis que 62,9% des activités s’exercent dans l’informel.
Un capital abondant mais sous-valorisé
La Banque mondiale estime que le capital du Gabon est sous-exploité au regard des potentialités structurelles du pays. Avec un couvert forestier de 88%, une façade maritime de près de 800 kilomètres, une faible transformation locale des matières premières et une diversification encore limitée des exportations, le pays dispose pourtant d’atouts considérables pour renforcer la création de valeur ajoutée.
Le rapport met également en avant le poids des matières premières dans l’économie. Les rentes issues des ressources naturelles représentent 18,5% du Produit intérieur brut (PIB), dont 84% proviennent du pétrole et 14% des forêts. Cette dépendance expose l’économie aux chocs exogènes liés à la volatilité des cours internationaux.
Des données complémentaires de la Banque africaine de développement (BAD) confirment cette vulnérabilité. En 2024, le secteur pétrolier concentrait à lui seul 46% des recettes fiscales, tandis que le taux de pression fiscale hors pétrole s’établissait à 17,6% du PIB non pétrolier. Dans le même temps, les dépenses de fonctionnement absorbaient 110,1% des recettes fiscales, réduisant significativement la capacité de l’État à financer des investissements structurants.
Les leviers pour créer davantage de richesse
Pour la Banque africaine de développement (BAD), la clé réside dans une meilleure valorisation du capital existant. L’institution recommande de diversifier et d’exploiter plus efficacement le capital naturel, notamment à travers le développement de chaînes de valeur locales dans le bois, l’agro-industrie et les industries extractives, mais aussi via de nouveaux relais de croissance comme les crédits carbone, l’écotourisme et l’économie bleue.
La banque panafricaine plaide également pour une amélioration significative de l’environnement des affaires, en misant sur les infrastructures de transport, d’énergie et de logistique, le renforcement du capital humain, le développement du secteur financier et la montée en puissance des zones économiques spéciales (ZES). Enfin, l’amélioration de la gouvernance, la lutte contre la corruption, la formalisation des entreprises et le renforcement du système statistique, notamment pour mieux intégrer le capital naturel dans le calcul du PIB, apparaissent comme des prérequis essentiels pour transformer le potentiel du Gabon en richesse durable.

