A la veille de l’élection présidentielle ivoirienne dont la campagne électorale a été officiellement ouverte ce vendredi 9 septembre, l’agence de notation Bloomfield Investissement a publié une étude qui évalue le risque pays Côte d’Ivoire à travers notamment, l’analyse des performances économiques, du système financier et du risque sociopolitique.

Après près d’une décennie de trouble militaro-politique qui l’a fortement ébranlé, la Côte d’Ivoire amorce à nouveau les chemins de la croissance. L’économie qui enregistre une forte expansion, une moyenne de 9% de croissance ces trois dernières années, est l’une des plus dynamique du continent. Une embellie qui devrait se poursuivre puisque selon le FMI le pays devrait connaître une croissance de 8,7% en 2015 et 2016.

Les enjeux pour le pays sont importants, à savoir franchir un nouveau cap dans sa marche vers le développement pour  les cinq prochaines années. Si les leviers existent selon Bloomfield – qui précise par ailleurs que l’étude n’est pas une évaluation de la qualité crédit du pays – des défis restent toutefois à relever à commencer par les élections dont le déroulement paisible pourrait ouvrir les vannes d’investissements plus importants. Le pays en a tant besoin pour réaliser ses ambitions de développement ou d’émergence … ce sera selon le candidat élu.

Au-delà, l’étude, dont Financial Afrik propose une synthèse à ses lecteurs, permet d’avoir un regard synoptique sur une économie en renaissance.

Un climat des affaires fortement amélioré

Le climat des affaires est en forte amélioration avec de nombreuses réformes, le pays est classé deux années de suite parmi les 10 pays les plus réformateurs du monde selon le rapport Doing Business de la Banque Mondiale. Un climat qui a induit une hausse de l’investissement privé rassuré par l’environnement. Cependant, des défis important subsistent (la sécurisation du droit de propriété, la sécurité judiciaire, l’accès à l’électricité et la réhabilitation du réseau électrique, le renforcement des juridictions compétentes en matière de droit des affaires).

Les finances publiques sous pression

La Côte d’Ivoire est engagée depuis 2012 dans un plan de relance économique par les dépenses d’investissement qui rencontre un succès certain. La forte évolution de l’investissement public, +38,6% attendu cette année (1 377,7 milliards FCFA), a un effet  d’entrainement réel sur le secteur privé. De 9% en 2011, le taux d’investissement global devrait atteindre 18,6% cette année. L’investissement en valeur du pays est ainsi multiplié par 3,2 entre 2011 et 2015 mais le taux reste l’un des plus faibles de la zone UEMOA (42% au Niger, 33% au Burkina, 28% au Sénégal).

Ces investissements sont la principale source du déficit public qui s’est considérablement détérioré sur les 3 dernières années : -726,6 milliards FCFA en 2015, 4% du PIB, 6% hors « dons ». En effet, « les dons », l’aide au développement, représentent une part non négligeable des ressources totales et « conditionnent » même la poursuite des investissements publics.

Les ressources publiques internes en forte progression (+35,7% entre 2012 et 2015) vont enregistrer une hausse de 15% cette année par rapport à 2014 (3 448,2 milliards FCFA, soit 18,8% du PIB) mais restent en déca du rythme de croissance de la dépense publique. Ce qui entraine une dépendance croissante à l’aide extérieure et à l’endettement.

La mobilisation des ressources financières reste donc un défi. Le déséquilibre budgétaire représente un risque important pour la stratégie financière et contraint le pays à l’endettement souverain. Dans le cas d’un manque de soutien, la situation intrinsèque de la Côte d’Ivoire pourrait très fortement se dégrader.

Le stock de la dette ivoirienne s’élève à 6 170,2 milliards FCFA en 2014 (soit 36,4% du PIB en 2014 contre 34% du PIB en 2013) répartie entre la dette externe à 50,9% et la dette domestique à 49,1%.

Le poids du service de la dette sur les recettes hors dons est relativement stable, estimé à 33,6% en 2014 contre 32,1% en 2012 et une moyenne de 45% entre 2009 et 2011. Une évolution qui a permis d’accompagner la relance économique et présente une marge de manœuvre pour le financement du déficit public grandissant. Cependant, le recours de plus en plus important aux marchés des capitaux internationaux rehausse la dette en devise de la Côte d’Ivoire dont 30,9% est libellé en dollars ; un risque de change réel depuis que les États Unis et l’Europe adopte des stratégies monétaire de relance économique. Cependant La stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT) qui permet aux autorités de piloter les engagements financiers du pays de façon prospective est une bonne note pour maîtriser la dette publique.

Un système bancaire à consolider

Les banques ivoiriennes se sont améliorées et le système financier est plus solide. Le crédit octroyé demeure principalement à court terme, ce qui limite le financement du développement sur le long terme. La politique monétaire menée par la BCEAO n’a qu’un impact relativement limité sur les taux d’intérêt débiteurs.

Le pays qui a le plus important réseau bancaire des 8 pays de l’UEMOA, 22,22% des 108 banques opérant dans la zone, et 27,7 de l’actif bancaire, doit travailler à la solidité de son système bancaire dont seuls 70% (des banques) respectent  le ratio de fonds propres minimum en 2013. En outre, au niveau régional, le pays est en dessous de la moyenne (en ce qui concerne le nombre de banques respectant les normes par rapport à l’ensemble du système bancaire) dans la zone UEMOA tant pour le ratio de solvabilité que pour les autres ratios prudentiels.

Les ressources collectées sont constituées à 50% de dépôts à vue et à 50% de dépôt à terme. Et la structure des crédits quant à elle est toujours dominée par les crédits à court terme, 76% contre 68% dans la zone ; ce qui pourrait compromettre la dynamique de croissance initiée en Côte d’ivoire du fait de la faiblesse de l’engagement des banques dans l’accompagnement des entreprises à la création de richesse. Cependant le ratio à long terme reste le plus important de la région.

Le volume de crédit a évolué de 38,7% 2009 et 2014. Aussi, la notation financière s’impose-t-il comme l’un des instruments de mesure du risque les plus performants sur le continent. L’adéquation entre la notation financière et les conditions de crédit s’établit de plus en plus.

Un secteur primaire en accélération malgré la pression des cours sur certaines valeurs

Le secteur primaire est un secteur clé pour l’économie ivoirienne. En 2014, le poids du secteur primaire dans l’économie du pays est estimé à 27,7% du PIB et est porté par l’agriculture d’exportation (plus de 88% du secteur).

Le Programme National Ivoirien pour l’Agriculture (PNIA) a permis de renforcer la production nationale sur les produits sensibles notamment le riz, la production de riz qui était de 722 609 tonnes en 2010 est estimée à 2 825 000 tonnes en 2015 (soit près de 4 fois plus que son niveau 5 ans auparavant).

Pour certaines cultures de rente comme le cacao, le café, le coton et l’anacarde, le processus de vente est adossé sur une réglementation qui sécurise les revenus des planteurs et harmonise les prix sur l’ensemble du territoire. Les performances du cacao, du coton et de l’anacarde sont remarquables sur les dernières années.

La professionnalisation des filières agricoles à travers l’acte Uniforme de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) sur le droit des sociétés Coopératives, permet de renforcer la crédibilité des acteurs, un premier pas vers leur éligibilité au marché financier (2,3% du volume de prêts bancaires ces cinq dernières années).

Des lacunes organisationnelles subsistent, liées à l’encadrement des producteurs. Enfin, plusieurs ressources de l’agriculture d’exportation souffrent de la baisse des cours internationaux. Cela vient réduire les marges des petits exploitants et met à risque certains secteurs (Caoutchouc naturel, huile de palme, coton et sucre) dont le développement est de fait limité.

Un secteur secondaire prometteur

Le secteur secondaire ivoirien représente 21,1% de la richesse créée en 2014. En 2015, ce secteur atteindra les 21,6% du PIB. Le secteur industriel ivoirien est le plus important de l’UEMOA. La dynamique retrouvée du sous-secteur BTP et de l’agro-industrie porte les performances du secteur.
L’industrie agroalimentaire représente plus de 28,7% du secteur secondaire. Entre 2010 et 2015, la richesse générée par le sous-secteur a été multipliée par 1,6 quand le sous-secteur Bâtiment Travaux public est multiplié par 2,5 sur la même période.
Le gouvernement a adopté une stratégie destiné à attirer les investisseurs avec des appuis ciblés au bénéfice de l’agro-industrie.

Au niveau énergétique, la production est en hausse régulière : 1632 MW au premier semestre 2015, 2 180MW en 2017 sur la base des projets en cours, pour un objectif de 4 000 MW en 2020. Le pays exporte une partie de sa production dans la sous-région. Mais le secteur pâti des insuffisances de l’infrastructure (retards d’investissement) qui ont un impact considérable sur la distribution de l’électricité en Côte d’Ivoire avec des coupures d’électricité qui affectent  les performances du secteur privé.

Le domaine minier, dominé par la production aurifère, est encore sous-exploité. Le gouvernement a adopté en mars 2014, un nouveau code minier attractif permettant d’encadrer le secteur et d’accompagner son développement.

Cependant, le développement du sous-secteur est ralenti par le manque de précision dans la carte géologique de base du pays. La fragilité et la vétusté de l’infrastructure électrique et logistique (routière, ferroviaire…) rend difficile l’exploitation efficiente des gisements. Enfin, la promotion du sous-secteur minier de Côte d’Ivoire est un processus long qui nécessite un investissement public important.

Le secteur tertiaire porté par le commerce et les télécoms

Le secteur qui connaît une prépondérance du commerce et des télécoms (environ 45% de la valeur ajoutée du secteur tertiaire) devrait représenter 35,2% du PIB en 2015 contre 34,6% en 2014.
La dynamique du commerce est essentielle pour la croissance du secteur et les perspectives à moyen termes sont importantes avec l’installation progressive de grandes chaines de distribution (Carrefour, FNAC, …) et le développement des acteurs locaux.

Le secteur est également dominé par la téléphonie mobile dont le taux de pénétration est de 100,06% en mars 2015, pour un parc d’abonnés de 22,95 millions en évolution de 12,4% par rapport à 2014.

Le potentiel futur du secteur tertiaire repose aussi sur le sous-secteur transport avec le renforcement des investissements dans les infrastructures routières, portuaires, ferroviaires et fluviales. La signature récente d’une convention entre l’État de Côte d’Ivoire et Bolloré (le concessionnaire) pour la modernisation et le développement du réseau ferroviaire liant Abidjan à la ville de Kaya, au Burkina en est une illustration.

Le Risque sociopolitique maîtrisé

En 2014, la Côte d’Ivoire compte 22 671 331 habitants, avec un taux de croissance démographique de 2,6%. Et la pauvreté touche 48,9% des Ivoiriens (ndlr 46% selon les derniers chiffres du gouvernement publiés en septembre).

La jeunesse (moins de 35 ans) représente 77,3 % de la population totale et est la portion la plus frappée par le chômage : près de trois quarts des chômeurs ont un âge compris entre 14 et 35 ans. La question a fait l’objet de réforme avec la mise en place récente de l’Agence emploi jeune.
50,2% de la population est urbanisé, concentrée à Abidjan qui accueille 38% de la population.

Sur le plan politique, l’assemblée nationale ne compte pas de représentant du principal parti d‘opposition. Les discussions en parallèle du processus de réconciliation –dont les résultats sont mitigés – avec les partis de l’opposition se sont améliorées et devraient permettre d’améliorer cette situation lors des prochaines élections législatives.

L’élection présidentielle du 25 octobre prochain est inclusive, avec notamment la participation du FPI, ce qui  devrait en outre permettre d’apaiser les tensions politiques dans le pays.

Au niveau sécuritaire, l’indice général de sécurité est passé de 3,8 en janvier 2012 à 1,18 en septembre 2014, traduisant une nette amélioration. La menace terroriste, présente au Mali, au nord du pays, est maitrisée avec le renforcement du dispositif sécuritaire à la frontière.