Au 30 septembre 2025, le Cameroun avait engagé 5 641,9 milliards de FCFA (environ 10 milliards USD) de financements extérieurs pour des projets d’investissement publics. Cependant, note le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) au cours d’un point de cette situation, ces ressources n’avaient pas été utilisées. Sur ce montant, 4.714,7 milliards de FCFA (environ 8,3 milliards USD), soit 83,6% du montant global, correspondent à des projets « non matures ». Il s’agit de projets « dépourvus d’études de faisabilité complètes ou de structures techniques et juridiques suffisantes pour enclencher les décaissements ».
A l’analyse, cette inaction pèse lourd sur l’économie nationale. Selon les projections des experts, le manque d’absorption de ces financements coûte chaque année plus de deux points de croissance du produit intérieur brut (PIB). À l’heure où le Cameroun cherche à diversifier ses moteurs de croissance et à réduire les fragilités macroéconomiques, ce phénomène illustre un déficit structurel dans la gestion des investissements publics.
L’impact est concret : des infrastructures essentielles restent inachevées ou stagnantes. « Parmi les projets les plus emblématiques figurent la construction du Centre hospitalier régional de Douala, plusieurs tronçons routiers stratégiques du Nord et de l’Est, ainsi que certaines composantes sociales et environnementales du barrage hydroélectrique de Nachtigal », a-t-on appris lors de la réunion évoquée supra. « Dans bien des cas, rappelle le MINEPAT, les financements ont été approuvés par les bailleurs internationaux, mais les décaissements n’ont jamais été opérés, faute de conditions préalables remplies. »
Ce retard constitue une double perte. Non seulement le pays ne bénéficie pas des infrastructures promises, avec les retombées économiques, sociales et fiscales qu’elles impliquent, mais il voit également s’éroder sa crédibilité auprès des partenaires au développement. Dans un contexte global de resserrement des conditions financières, une faible capacité d’absorption des fonds extérieurs peut réduire la confiance des bailleurs de fonds et compromettre de futurs engagements, au moment où les besoins en infrastructures et services publics restent immenses.
Réforme du cadre de maturation : « Good projects, not just more projects »
Face à cette réalité, les autorités camerounaises ont entamé des actions pour corriger le tir. En effet, en juin 2025, le Premier ministre a signé le décret n°2025/1081/PM, qui réforme le cadre juridique de la maturation des projets d’investissement public. Ce texte renforce les exigences préalables à tout financement. Notamment en imposant une phase de présélection rigoureuse, des études de faisabilité technique, financière, sociale et environnementale complètes, et une validation systématique par le MINEPAT avant l’engagement des fonds.
Le 10 mars 2026, une large réunion des administrations publiques s’est tenue à l’amphithéâtre 300 du MINEPAT pour « s’approprier et maîtriser ce nouveau cadre ». Le directeur général de l’Économie et de la Programmation des Investissements Publics (DGEPIP), Christian Arnault Emini, a résumé la philosophie de la réforme par une formule devenue presque slogan : « Good projects, not just more projects ». Il s’agit d’améliorer la qualité et la maturité des projets dès l’origine, afin d’éviter que des ressources disponibles ne restent inutilisées et qu’un déficit de services essentiels ne persiste.
Cette réforme intervient dans un contexte budgétaire exigeant, où l’efficience de l’investissement public est un impératif pour atteindre les objectifs de développement fixés par le gouvernement et les partenaires internationaux. Elle constitue une étape nécessaire pour renforcer l’impact des financements extérieurs, restaurer la confiance des bailleurs et, au final, accélérer la transformation structurelle de l’économie camerounaise.Au-delà des chiffres, la non-maturation des projets illustre un défi récurrent de capacité institutionnelle et de gouvernance économique au Cameroun. La mise en œuvre effective du nouveau cadre pourrait réduire les gaspillages de ressources et contribuer à un développement plus inclusif et durable.

