Le Covid-19 tacle les modèles économiques du football africain

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Larbi Ben Barek, la "perle noire" marocaine, ici en 1958. Le football africain a-t-il évolué depuis ?

Par Amadou Bangoura*


Le 14 février dernier, le premier cas de coronavirus (Covid-19) en Afrique est signalé par le ministère égyptien de la Santé. Depuis cette date, les pays africains qui ne sont pas concernés par la pandémie se comptent sur le bout des doigts (Sao Tomé et Principe étant à ce jour la seule Nation épargnée). La survenance soudaine de la pandémie en Afrique et la rapidité de sa propagation va y avoir pour conséquence l’arrêt pur et simple des championnats de football professionnel et amateur.

Si le Burundi a repris son championnat auprès quelques semaines d’interruptions pour, dirons-nous, des raisons extra-footballistiques, certains pays qui avaient arrêté leur championnat envisagent de le reprendre en début du mois de juin sans toutefois donner de date précise. D’autres ont simplement déclaré champion le club qui se trouvait en tête du classement au moment de l’interruption.

Une pandémie révélatrice des modèles économiques calamiteux

Bref, la pandémie Covid-19 a mis à jour l’état calamiteux des modèles économiques des entreprises sportives sur le continent africain mais surtout le manque d’autonomie des instances dirigeantes au niveau continental. Au manque d’infrastructures sportives (ou au mauvais états des infrastructures sportives existantes) qui caractérise 80% des pays africains (exception faite des pays du Maghreb et de l’Afrique du Sud), la pandémie a mis en évidence des réalités que nous faisions semblant d’ignorer ou que nous repoussions de façon consciente ou non au plus profond de notre subconscient: une grande disparité des réalités du football d’un pays à un autre, le manque d’accompagnement de la part des Etats, la fragilité des modèles économiques sportifs africain…

Mais, à notre sens, la pire des réalités pour l’avenir du football africain est le manque d’autonomie de la Confédération Africaine de Football (C.A.F.). Quand on parle d’autonomie, il s’agit surtout de l’autonomie financière. Nous savons tous que l’argent est le nerf de la guerre. Selon les démographes, l’Afrique est, avec une population de plus de 1,3 milliard d’habitants en 2019, le deuxième continent le plus peuplé du Globe. La population africaine devrait atteindre les 2,4 milliards en 2050 et plus de 4,2 milliards en 2 100 soit plus du double de sa population actuelle et autant de potentiels consommateurs de football.

Toutes les organisations s’occupant du football dans le monde (surtout l’UEFA avec sa Ligue des Champions) ont compris que le continent africain une énorme source de revenus potentiels en envahissent nos écrans télé (campagnes publicitaires, retransmissions des matches…), nos téléphones et, le pire à notre avis, captivent notre jeunesse qui regarde beaucoup plus les émissions européennes que ce qui se passe dans leur propre pays. Comment les Etats africains et les instances de la CAF peuvent-ils accepter que de telles potentielles mannes financières actuelles et futures puissent leur échapper ?

Réfléchir sur une forme de taxe sur la valeur ajoutée audiovisuelle (TVAA)

Cette pandémie doit être l’occasion idéale de rebattre les cartes pour une meilleure redistribution des revenus générés autour du football mondial. Les grandes puissances sportives (Organisations sportives, Clubs…), à travers les canaux de distribution de plus en plus sophistiqués, ne cessent d’importer GRATUITEMENT leurs marques et leurs produits sur le continent africain sans payer de taxes sous quelque forme que cela soit. Pourtant, ce sont bel et bien des produits ou des services qui traversent légalement nos frontières.

N’est-il pas venu le moment de réfléchir sur une forme de taxe sur la valeur ajoutée audiovisuelle (TVAA) appliquée sur les produits télévisuels diffusés sur le continent (campagnes publicitaires pendant les matches de Ligue des Champion UEFA, ou League Europa, Coupe d’Europe des Nations, voir les coupes du monde)) ?

Une partie de cette taxe télévisuelle pourrait être collectée par les Etats pour construire les infrastructures sportives, l’autre partie serait reversée à la Confédération Africaine de Football (C.A.F.) où elle pourrait servir au budget de fonctionnement des fédérations qui en reverseraient un certain pourcentage aux clubs participant au championnat national professionnel.

En outre, le continent africain, gros pourvoyeur des acteurs du football mondial, pourrait tirer profit de cette filière comparable à tout point de vue à l’exportation des matières premières non transformées. La formation des jeunes talents africains que les clubs les plus riches arrivent à obtenir à des prix défiant toute concurrence, comparés aux joueurs venant du continent Sud-Américain, devrait rentrer dans un modèle économique gagnant et compétitif.

Une personnalité forte à la tête de la CAF

Une chose est certaine, des solutions existent pour doter la C.A.F de moyens d’action efficaces au service du continent. Et au moment où les velléités commencent à apparaître pour la potentielle succession au Président actuel, le malgache Ahmad Ahmad, dont le mandat expire en 2021, (on commence déjà à avancer des noms de prétendus successeurs), nous pensons que les pays africains du Sud du Sahara se rendront un très mauvais service s’ils se disqualifiaient de la course.

La Confédération Africaine de Football a besoin d’une figure forte (Homme ou Femme), incarnant des idéaux et ayant un projet sportif pour le football africain. C’est pourquoi, à notre sens, des personnalités comme Moise Katumbi Chapwe, promoteur congolais du Tout Puissant Mazembe, Mamadou Antonio Souaré, président du club de football du Horoya AC de Conakry, Augustin Senghor, président de la fédération sénégalaise de football, Patrice Motsepe, président et propriétaire du célèbre club sudafricain de Mamelodi Sundowns Football Club, Irvin Khoza, président de Orlando Pirates, ne devraient pas à un moment donné, s’occuper seulement de la destinée de leur Club respectif ou de leur pays. Elles vont devoir faire entendre leurs voix pour donner le cap à suivre. Il en va de l’avenir du football de notre continent et de nos enfants.


Amadou Bangoura est actuellement Directeur Général du Horoya Athletic Club de Conakry, et Conseiller en Gestion de Patrimoine de profession.

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