Les 24 ème Assemblées générales d’Afreximbank se tiennent à Kigali (Rwanda) du 28 juin au 2 juillet dans un contexte particulier. En effet, l’accord de l’OMC sur la facilitation du commerce est entrée en vigueur en février 2017 alors que les États industrialisés multiplient les mesures protectionnistes.

L’accord de l’OMC génère une valeur additionnelle de plus de 1000 milliards de dollars d’exportations de marchandises selon Dr. Hippolyte Fofack, chef économiste d’Afreximbank, qui a présenté un panorama global du commerce africain le 28 juin.

La moitié de ce volume sera du fait des pays en développement. Pour le continent africain, il y a un triple défi à relever: investir dans les infrastructures, augmenter les échanges internes et disposer des capacités techniques et financières pour faire face à la vague de protectionnisme qui souffle sur le vieux continent et l’Amérique.

S’agissant de l’infrastructure, des progrès substantiels sont à relever à l’instar de la modernisation chemin de fer entre l’Éthiopie et Djibouti, soit 752 km de ligne électrifiée, une première pour l’Afrique de l’Est. Cet investissement permet de réduire le temps de trajet d’un conteneur de Djibouti à Addis Abeba de trois jours à désormais 10 heures.

Au delà de l’investissement, il y a la volonté politique, qui est essentielle. Ainsi, le corridor Est-Africain né de la décision des chefs d’Etat du Rwanda, de l’Ouganda et du Kenya de n’appliquer qu’un seul contrôle aux camions (équipés désormais de balises) quittant le port de Mombasa, traversant l’Ouganda et arrivant à Kigali, à fait passer le temps de transit de 12 à 5 jours.

De son côté, la CEDEAO a mis en place un tarif extérieur commun depuis le 1er janvier 2017. À l’échelle continentale, l’agenda de la Zone de libre-échange continental (ZLEC) se poursuit. Ainsi, petit à petit, les barrières douanières se réduisent entre pays africains. Des progrès sont notés même si comme le rappelle à juste titre, Dr Benedict Oramah, PDG d’Afreximbank, le commerce intra-africain est encore en deçà de 15% de ses échanges avec le reste du monde.

C’est pour accompagner cet élan continental vers l’intégration économique que la Banque basée au Caire a mis en place son plan quinquennal “Impact 2021: l’Afrique transformée”.

Ce plan stratégique de Afreximbank repose sur trois piliers: créer, connecter et délivrer. Il s’agit d’accompagner les échanges africains et de transformer le commerce africain resté trop lié aux matières premières.

Quelque 75% des exportations du continent concernent ces produits de base. Les exportations entre l’Afrique et la Chine, passées de 3,8 milliards de dollars en 2000 à 36 milliards en 2016, sont composées de pétrole à 55% et de matières premières à 90%..

Pour inverser cette forte dépendance aux matières premières, les nombreuses pistes soulevées par les experts convergent vers le développement du secteur privé. Or, comment y arriver quand le crédit alloué au secteur privé en Afrique représente 26% de l’encours global accordé par les banques contre 143% en Asie et 102% en Europe?

Autre difficulté relevée, la vague de restrictions adoptées par les grands pays. L’avènement du Plan Impact 21 intervient dans un contexte mondial, certes marqué par l’entrée de l’accord de l’OMC sur la facilitation du commerce, mais rendu compliqué par la recrudescence des mesures protectionnistes. En six ans, d’octobre 2010 à octobre 2016, l’on est passé de 464 mesures restrictives dans le monde à 2238. Pendant ce temps, la progression de la levée des restrictions a été relativement contenue, passant de 82 à 740 selon les données du FMI citées par le chef économiste d’Afreximbank.

D’après l’OMC, les pays du G20 ont évolué au rythme de 4 mesures restrictive par semaine depuis la crise financière de 2007-2008. Les 20 premières économies mondiales ont généré 57% des mesures restrictives. L’Afrique a tout intérêt a privilégier des approches communes pour gagner en pouvoir de négociations face à ses puissants partenaires.

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