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Alors que le Ghana est entrain de lever 500 à 750 millions de dollars à des conditions sévères (avoisinant les 11%), la Tunisie post révolutionnaire a arrangé en une petite matinée (mercredi dernier) 500 millions de dollars au taux incroyablement bas de 1,416%.

Certes, les deux pays ne présentent pas le même profil de risque. La Tunisie est notée BB- par Fitch Ratings en dépit d’une situation économique sévère, de 50% de baisse des recettes touristiques depuis janvier 2016 et d’une croissance en berne. Le Ghana est classé par Moody’s dans la catégorie de risque B, plombé par la chute des cours de pétrole et un secteur cacao instable.

A notre avis, s’il ne s’agissait que du potentiel, le Ghana devrait être noté aussi BB compte tenu de la robustesse de son économie, des perspectives liées au secteur des hydrocarbures et de l’explosion attendue de la demande intérieure.

La différence entre les deux pays tient à notre sens du pilotage politique, institutionnel et macroéconomique garantissant le maintien des grands équilibres. Bien que saignée par la révolution et tenue en joue par l’Etat islamique en Libye, le pays de Bourguiba présente aux investisseurs, aux agences de notation et aux partenaires multilatéraux une situation plus rassurante que celle d’un pays pétrolier et exportateur de cacao comme le Ghana.

 

 


 

Passons donc en revue la situation macroéconomique des deux pays.

 

-En Tunisie, le taux d’inflation s’est établit à 3,7% au 31 juillet 2016, en légère baisse de 0,2. Au Ghana, ce taux a atteint 18,4% à la fin juin en baisse de 5 points de base par rapport au mois de mai. La croissance du Ghana devrait s’établir à 4,1% en 2016 pour un PIB estimé à 39,4 milliards de dollars cette année. La Tunisie escompte 1,8% en 2016 selon les dernières prévisions de la Banque Centrale.

 

-A la fin avril 2016, les réserves du Ghana étaient évaluées à 3,3 mois d’importation contre 5 mois pour la Tunisie.

 

 

-La dette publique du pays du jasmin atteint de 50 milliards de dinars (environ 20 milliards d’euros), soit 52% du PIB (BAD, 2015). L’Etat de l’ancienne Gold Coast cumule 105 milliards de cédis (26 milliards de dollars) de dettes, soit 66% de son PIB. La dette publique du pays ouest-africain atteignait 72% au 31 décemvre 2015. A oublier que le Ghana avait le point d’achèvement PPTE en 2001, et, de ce fait, avait bénéficié d’une réduction substantielle de sa dette publique de 150 à 26%.

 

Le 2 juin, le dollar américain s’échangeait à 2.1161 TND, un niveau historique. A la même période, le Cédi a perdu 16,9% de sa valeur par rapport au dollar en une année.

 

 


 

A la fin de ce survol macroéconomique, l’on constate que les deux pays présentent une situation quasi-similaire dans la plupart des compartiments à l’exception de la dette où le Ghana a augmenté son encours de 200% en quatre ans. Mais, il est peu pertinent de constater une différence de notation aussi significative entre la Tunisie et le Ghana. D’ailleurs, il semble que tous les pays d’Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud) soit plafonnée à la catégorie B. Comment une nation comme la Côte d’Ivoire, avec ses taux de croissance moyenne de 9% depuis cinq ans, sa stabilité retrouvée, ses grands équilibres, son système de management efficient de la dette, sa force augmentation des IDE, puisse être notée B+, soit moins que la Tunisie ? La même Côte d’Ivoire, soit dit en passant, est toujours considérée comme pays en guerre dans la fixation des pricing de crédits documentaires et l’évaluation des risques par les sociétés d’assurance crédit. Il y a comme un parfum de préjugés tenaces qui veut que l’Afrique, surtout subsaharienne, soit toujours plus risquée comparée à une autre région du monde présentant le même profil.

Mais ne mettons pas tout dans le compte des préjugés. Dans le cas des deux emprunts actuels de la Tunisie et du Ghana, d’autres facteurs ont joué : la Tunisie a tenu elle même à conduire son emprunt depuis la salle de marché de sa Banque Centrale assistée de JP Morgan et Goldman Sachs. Le Ghana a confié le dossier à trois grandes banques internationales que sont Citibank, Standard Chartered et Bank Of America. La Tunisie a cherché et obtenu une garantie ferme des USA (USAID) lui permettant de réduire substantiellement son taux d’emprunt. Le Ghana se présente presque nu sur le marché en expliquant qu’il veut emprunter pour payer une partie de son ancienne dette et financer son budget et son programme de développement. Mauvaise communication. La Tunisie parle d’investissements stratégiques remboursables sur cinq ans la où le Ghana (c’est peut être là son bon point) cherche des maturités de dix ans. A l’arrivée, la Tunisie, backée par l’Amérique, a refusé du monde, avec un emprunt sur-souscrit 6 fois là où les Black Stars ont été obligés de reporter l’opération à la semaine prochaine afin de pouvoir souscrire à toute l’offre.

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