De notre envoyé spécial à Abidjan, Nephthali Messanh LEDY
La scène était à la hauteur de l’enjeu. À Abidjan, où se joue une partie de l’avenir technologique du continent, l’entreprise technologique internationale Yango Group a organisé, les 18 et 19 septembre 2026, la grande cérémonie de clôture de l’édition 2026 de son Yango Fellowship panafricain. Deux jours de remise de diplômes et de Pitch Day, au terme desquels 24 jeunes fellows issus de six pays — Côte d’Ivoire, Ghana, Zambie, Sénégal, Éthiopie et Mozambique — ont présenté les projets technologiques qu’ils ont développés tout au long du programme, devant un jury réunissant des experts des secteurs de la technologie, de l’investissement et de l’industrie.
600 candidats, 24 élus : un programme intensif
Le chiffre donne d’abord le vertige : plus de 600 candidatures pour seulement 24 places. « 600 candidatures pour 24 places ne signifient pas que l’Afrique manque de talents ; elles montrent au contraire combien de talents attendent encore un accès structuré au mentorat et aux opportunités. L’Afrique ne manque pas de jeunes brillants. Ce qui est plus difficile à trouver, c’est un mentor, un réseau et la possibilité de confronter une idée à un problème réel. C’est précisément ce manque que le Fellowship cherche à combler », résume Shashi Singh, directeur des opérations de Yango Ride MEA & Asie.
Lancé en Zambie en 2024, le programme s’est depuis étendu à six pays. La sélection n’a rien d’un simple concours de CV : candidature en ligne, entretiens, puis visites dans les bureaux de Yango de chaque pays participant. Les heureux élus ont ensuite suivi des ateliers en ligne consacrés au personal branding, à l’innovation, à l’entrepreneuriat et à la culture financière, avant d’entamer le programme principal : douze semaines réparties en six équipes internationales, passant de la définition des problématiques à la recherche, puis à la conception de solutions, à l’élaboration de modèles économiques, au prototypage et à la présentation finale. Pour la première fois, l’ensemble de la cohorte s’est retrouvé en présentiel à Abidjan, siège régional de Yango en Afrique, où les fellows de Zambie, du Sénégal, du Ghana, d’Éthiopie et du Mozambique ont rejoint leurs homologues ivoiriens.
La technologie au service des problèmes réels
Les six projets collectifs présentés ont ceci de commun qu’ils partent des réalités locales : le paiement dématérialisé des titres de transport pour les minibus et « trotros » du secteur informel ; un historique numérique des transactions permettant aux commerçants informels d’améliorer leur accès au crédit ; un outil transfrontalier d’identification et de réorientation des surplus de médicaments pour les agents de santé communautaires avant que des pénuries ne surviennent ; une plateforme assistée par l’intelligence artificielle mettant en relation demandeurs d’emploi et opportunités transfrontalières ou à distance ; un système de réservation et de planification d’itinéraires récompensant les ménages pour leurs efforts de recyclage ; enfin, un kit de test de la qualité de l’eau à faible coût, associé à une application de signalement par SMS pour identifier les puits et forages présentant des risques sanitaires.
Un palmarès qui récompense l’impact
L’enjeu était tout aussi réel et financier : une dotation totale de 12 000 dollars US, répartie entre six prix. Dans la catégorie collective, Africoded a décroché le premier prix, d’une valeur de 4 500 USD, pour sa plateforme assistée par l’IA qui met en relation les demandeurs d’emploi africains avec des opportunités transfrontalières, des emplois à distance et des perspectives de carrière à travers le continent. Harambee s’est classé deuxième avec 2 500 USD pour sa plateforme intelligente de collecte et de recyclage des déchets reliant ménages, collecteurs et recycleurs. Bloom complète le podium avec 1 500 USD pour African Transit Payment Revolution, un système de paiement sans espèces conçu pour les transports publics informels en Afrique de l’Est et de l’Ouest.
Chez les individuels, l’étudiant zambien en STEM, Fredrick Mwepu, a remporté le prix du Meilleur projet individuel, doté de 1 500 USD, pour RoboCore Zambia, une plateforme de robotique développée localement pour rendre l’enseignement pratique des STEM plus accessible et abordable.
« En grandissant, les outils pratiques dédiés aux STEM étaient quelque chose que je ne voyais que dans des vidéos. RoboCore Zambia existe pour combler ce manque, afin que le prochain étudiant qui souhaite construire quelque chose n’ait pas à attendre l’opportunité que j’ai moi-même failli ne jamais avoir. Ce fut une expérience formidable de voyager, de rencontrer d’autres fellows venus de différents pays et d’apprendre directement auprès d’experts et de leaders des secteurs de la technologie et de l’IA. C’est une expérience que je n’oublierai jamais », s’est-il félicité.
Le Ghanéen Meshack Kwame Nartey a reçu le deuxième prix (1 000 USD) pour Shuttle Smart Ghana, une application de suivi en temps réel des navettes universitaires, tandis que la Sénégalaise Oulimata Rose Dia s’est vu décerner le prix de la Meilleure contribution technique/IA (1 000 USD) pour Smart Bin Collection, un système solaire qui surveille le remplissage des poubelles en temps réel via la connectivité 2G afin d’optimiser la collecte des déchets.

Un pari stratégique sur le capital humain
Derrière l’événement se veut une conviction : la croissance numérique de l’Afrique repose d’abord sur les personnes, pas uniquement sur les infrastructures. Développer des technologies localement, indique-t-on, exige des ingénieurs, des entrepreneurs et des professionnels qui comprennent les réalités propres à leurs marchés. Pour Yango Group — dont les services de mobilité, de livraison, de foodtech et de divertissement sont présents dans plus de 30 pays —, investir dans les talents fait partie intégrante de sa manière de se développer sur le continent.
« Nous voulons que les talents africains deviennent des créateurs avancés grâce à l’IA, et pas seulement des utilisateurs », expliquent les organisateurs, qui revendiquent un effet multiplicateur : que les fellows d’aujourd’hui deviennent, au fil du temps, « les fondateurs, les leaders technologiques et les mentors de la prochaine génération ».
À en croire Yango Group, l’entreprise estime avoir rencontré à Abidjan « celles et ceux dont on entendra beaucoup parler dans les années à venir ».

