À moins de 45 jours du coup d’envoi des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) de Dakar 2026, premier événement olympique de l’histoire du continent africain, l’Ambassadeur du Sénégal en France s’est exprimé lors de la XXIIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 23), organisée le 17 septembre à l’Institut Supérieur de Gestion (ISG) de Paris. Une tribune idéale pour réaffirmer le rôle moteur du sport dans les transformations économiques, territoriales et juridiques de l’Afrique.
Par Christine Holzbauer, à Paris
À l’approche du 31 octobre 2026, date d’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) de Dakar, l’Afrique s’apprête à franchir une étape historique. Sous le slogan emblématique « L’Afrique accueille, Dakar célèbre », cet événement mondial marque un tournant géopolitique et économique majeures pour le continent, préfigurant d’autres grandes échéances comme la Coupe du Monde de football 2030 organisée conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. « À travers Dakar 2026, le Sénégal ne se contente pas d’organiser une compétition sportive d’envergure mondiale ; notre ambition est de démontrer que l’Afrique dispose de toutes les compétences, des infrastructures et de la maturité organisationnelle pour faire du sport un puissant levier de développement durable et d’inclusion pour sa jeunesse » a déclaré l’Ambassadeur du Sénégal en France.
Intervenant dans le cadre de la XXIIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris dédiée aux « grands événements sportifs, catalyseurs du développement durable de l’Afrique », SEM Baye Moctar Diop a présenté la vision stratégique et le bilan opérationnel d’un pays africain prêt à relever ce défi d’envergure. Alors que la flamme olympique sillonne actuellement les 14 régions du Sénégal depuis son arrivée, à Dakar, le 12 septembre, « la préparation logistique et matérielle est au rendez-vous », s’est-il réjoui devant un parterre de panélistes de haut niveau parmi lesquels Daniel Zielinski, Délégué ministériel (Culture, Sport, MEAE) à la Francophonie Sportive, Emmanuel Dupuy, Président de l’IPSE, Tristan Aurel Mouline, Directeur général délégué du groupe AFD, Charlotte Ferraille, Déléguée générale de la FSF, Jean-Michel Huet, associé BearingPoint, Expert IA Afrique, Me Charles-Stéphane Marchiani, Cofondateur de KIMIA Avocats et Cécile Mégié, Directrice des stratégies et coopérations éditoriales de France Media Monde.
Une préparation opérationnelle achevée et des infrastructures pérennes
Dans son intervention, il a également confirmé que la totalité des sites de compétition répartis entre Dakar, Diamniadio et Saly avait été réceptionnée « dès la fin du mois d’août 2026. » Quant aux rénovations majeures, notamment celles du Stade Iba Mar Diop et du Complexe du Tour de l’œuf à Dakar, elles ont été « menées à bien grâce à un partenariat financier structurant avec le Groupe de l’Agence Française de Développement (AFD). ». Du côté de Diamniadio, le Centre équestre et le Village olympique sont prêts à recevoir les délégations, « la zone ayant bénéficié d’événements tests concluants », a-t-il encore précisé.
Au-delà des infrastructures, le modèle d’organisation se distingue, selon lui, par son inclusivité et le renforcement des compétences locales notamment un personnel qualifié : ainsi, le Comité d’organisation (COJOJ) s’appuie sur plus de 700 salariés (pour un objectif de 755), avec une parité quasi parfaite (48 % de femmes) et la mobilisation active de la Learning Academy, incubateur des talents de la gestion événementielle de demain. Les autorités sénégalaises comptent, aussi, sur une mobilisation citoyenne mondiale : sur plus de 23 000 inscriptions, 6 000 volontaires sont en cours de déploiement, dont un quart de profils internationaux issus de 129 pays, a-t-il encore révélé. Enfin, les JOJ de Dakar 2026 mobiliseront plus de 25 000 personnes accréditées (athlètes, équipes techniques, médias) issues de 206 Comités nationaux olympiques, engendrant des retombées directes pour le secteur de l’hôtellerie, de la restauration et des transports.
Parité, jeunesse et inclusion : les signaux forts de Dakar 2026
Dans la lignée des Jeux Olympiques de Paris 2024, Dakar 2026 entrera dans les annales comme la première édition des JOJ à atteindre une parité exacte entre les 2 700 athlètes attendus (âgés de 15 à 17 ans). Le programme alignera 151 épreuves à travers 25 disciplines officielles et 10 sports d’engagement. « Dakar 2026 sera le rendez-vous de l’égalité et de la solidarité internationale. En étant les premiers JOJ rigoureusement paritaires et en ouvrant nos portes à une équipe de réfugiés, nous envoyons un message fort depuis la terre africaine : le sport est un espace universel d’équité, de dignité et de cohésion » a martelé Baye Moctar Diop.
Rappelant l’importance des investissements réalisés grâce au concours financier de l’Agence Française de Développement (AFD) sous forme de prêts, l’Ambassadeur a tenu à souligner la doctrine du Sénégal en matière de retombées économiques et du retour sur investissement attendus : « notre logique dépasse le strict cadre comptable des compétitions. Chaque franc investi dans nos infrastructures à Dakar, Diamniadio ou Saly s’inscrit dans une logique de rentabilité sociale et d’aménagement du territoire. Les équipements livrés et déjà testés constituent un patrimoine pérenne qui profitera directement aux générations futures, à la jeunesse sénégalaise et africaine. »
Pour le Sénégal, l’accueil des JOJ ne constitue donc pas un sous-produit événementiel sans lendemain, mais le levier principal d’une politique publique ambitieuse. A cette fin, a rappelé l’Ambassadeur du Sénégal en France, le gouvernement a posé les jalons d’un héritage durable à travers une refonte globale du cadre réglementaire. Le 11 mai 2026, l’Assemblée nationale a voté un nouveau Code du sport, abrogeant la Charte de 1984. Ce texte rénové vise à moderniser la gouvernance des fédérations et professionnaliser les acteurs sportifs, sécuriser les investissements privés et le financement durable des équipements, consacrer le droit à la pratique sportive pour tous, la lutte contre le dopage et l’inclusivité sociale.
L’Alliance Dioko : symbole du partenariat stratégique Franco-Sénégalais
Cette structuration juridique prépare le terrain à d’autres ambitions d’envergure, le Sénégal ayant déjà affiché son intention de se porter candidat à l’organisation d’une prochaine Coupe d’Afrique des Nations (CAN), a prévenu Baye Moctar Diop. Car l’organisation des Jeux repose sur un modèle de coopération internationale bilatérale renforcée. Conçue dès 2019 dans la continuité du relais entre Paris 2024 et Dakar 2026, l’Alliance Dioko (« ensemble » en wolof) illustre, selon lui, l’efficacité d’un partenariat technique, financier et institutionnel sur mesure entre la France et le Sénégal. « L’Alliance Dioko démontre que la diplomatie sportive peut générer des coopérations concrètes et mutuellement bénéfiques. Avec nos partenaires français, nous avons construit un pont solide entre Paris 2024 et Dakar 2026 sous le mot d’ordre : l’Afrique accueille, Dakar célèbre. »
Co-présidée par le Coordonnateur Général du COJOJ, Ibrahima Wade, et l’Ambassadeur pour le Sport du MEAE français, Damien Combredet-Blassel, cette plateforme a permis de concentrer les expertises en matière d’infrastructures, de sécurité et de formation. À l’heure où plusieurs chefs d’État, dont le président français, sont attendus à Dakar pour le Sommet Sport pour le développement « dont la date définitive n’a pas encore été fixée, le Sénégal démontre ainsi que l’organisation de grands événements sportifs n’est plus un luxe réservé aux économies développées, mais un puissant catalyseur d’investissements, d’attractivité territoriale et de cohésion sociale pour l’ensemble du continent africain.
L’émergence de l’Afrique dans la géopolitique globale du sport
Pour Emmanuel Dupuy, président de l’Institut de prospective et sécurité en Europe (IPSE), l’attribution de ces événements majeurs ne relève pas du hasard, mais marque l’affirmation de l’Afrique dans l’échiquier diplomatique mondial. « Le sport est devenu un pivot de la géopolitique internationale et de la diplomatie d’influence », a souligné le chercheur français qui enseigne à l’ISG de Paris. Avec les JOJ de Dakar 2026 puis la Coupe du Monde 2030 en coorganisation maroco-européenne, le continent démontre sa capacité à redéfinir les équilibres du ‘soft power’ mondial », a-t-il estimé.
Il ne s’agit plus seulement d’accueillir des compétitions, mais d’imposer l’Afrique comme une puissance organisatrice, capable de structurer des partenariats transcontinentaux d’égal à égal. Unn avis partagé par Me Charles-Stéphane Marchiani (KIMIA Avocats) qui a souligné les nouveaux enjeux du droit du sport en Afrique : de la protection de la propriété intellectuelle à la structuration des contrats de sponsoring et du statut des athlètes. Pour réussir, ces grands rendez-vous doivent, toutefois, reposer sur un écosystème de partenariats bilatéraux et institutionnels solides et s’appuyer sur la diplomatie culturelle et les territoires : Daniel Zielinski, Délégué ministériel à la Francophonie Sportive, a insisté sur l’économie francophone du sport, la valorisation de la langue française dans les instances olympiques ainsi que le rôle clé des collectivités territoriales dans le déploiement des politiques sportives. De son côté, Cécile Mégie, directrice des stratégies éditoriales transverses de France Médias Monde (FMM), a détaillé le dispositif d’information déployé pour faire rayonner la réalité du sport africain sur le continent et à l’international. Car, sans rayonnement médiatique et les nombreuses retombées publicitaires qu’il engendre, les performances des athlètes africains risquent de n’avoir que peu d’écho et leurs fédérations continuer à prêcher dans le désert.

