Le secteur bancaire marocain coté a maintenu sa progression au premier semestre 2026, mais à un rythme nettement moins soutenu qu’en 2025. Les sept banques cotées à la Bourse de Casablanca ont généré 49,8 milliards de dirhams marocains (MMDH) de produit net bancaire (PNB), soit environ 5,23 milliards USD, sur les six premiers mois de l’année, en hausse de seulement 1,5 % sur un an.
Le semestre s’est déroulé en deux temps : un premier trimestre en repli de 4,4 %, suivi d’un net rebond de 7,1 % entre avril et juin. Cette évolution contraste avec la vigueur des volumes de crédits et de dépôts, qui ont atteint de nouveaux records. Le premier semestre confirme ainsi un changement dans les moteurs de croissance du secteur. Après avoir largement bénéficié des activités de marché en 2025, les banques doivent composer avec un environnement moins porteur sur ce segment. Le renchérissement du coût des ressources observé en début d’année, sous l’effet notamment des besoins de financement du Trésor, a pesé sur les revenus de marché.
Le crédit atteint un nouveau sommet
Face à ce ralentissement, le métier bancaire traditionnel reprend progressivement le relais. Les encours consolidés de crédits des sept banques cotées ont franchi environ 1 300 milliards de dirhams à fin juin 2026, contre quelque 1 235 MMDH un an plus tôt. La progression est portée principalement par les crédits à l’équipement et par les financements aux entreprises. Crédit du Maroc Immobilier et Touristique bondit ainsi de 92,9 à 119 MMDH d’encours ; CFG Bank dépasse 20 MMDH (+20 %), BMCE Bank 64,3 MMDH et BMCI 59,4 MMDH.
Cette dynamique constitue un signal positif pour le financement de l’économie. Elle traduit également le retour du volume dans la formation des revenus bancaires, alors que la marge d’intérêt et les commissions continuent de progresser. Le recul des activités de marché apparaît ainsi davantage comme une normalisation que comme un affaiblissement généralisé du secteur.
Des dépôts proches de 1 500 milliards de dirhams
La collecte affiche elle aussi une trajectoire solide. Les dépôts consolidés des banques cotées atteignent près de 1 500 milliards de dirhams, soutenus principalement par la progression des ressources à vue. Crédit du Maroc Immobilier et Touristique franchit pour la première fois la barre des 100 MMDH (102,2 MMDH), CFG Bank grimpe à 22,1 MMDH, BMCE Bank à 63,9 MMDH et BMCI à 51,7 MMDH.
Cette abondance de liquidités constitue un socle important pour accompagner la croissance des crédits et renforcer le rôle des banques dans le financement de l’investissement. Les analystes tablent désormais sur une progression plus modérée des revenus en 2026, après une année 2025 particulièrement favorable. Attijari Global Research (AGR) a ramené sa prévision de croissance du PNB sectoriel à 1,1 % pour 2026, contre 4,8 % initialement.
Une croissance désormais plus équilibrée
Le contraste entre la faible progression du PNB et la bonne tenue des crédits et dépôts illustre une transformation du mix de revenus. Les banques ne peuvent plus compter sur les performances exceptionnelles des activités de marché observées précédemment. Elles doivent davantage s’appuyer sur leur cœur de métier : collecte de l’épargne, financement des entreprises et des ménages, commissions et maîtrise du coût du risque.
Pour la place casablancaise, cette normalisation n’est pas nécessairement un mauvais signal. Elle traduit plutôt le passage d’une croissance tirée par des éléments conjoncturels à une dynamique davantage fondée sur les fondamentaux bancaires. Avec quelque 1 300 milliards de dirhams de crédits et près de 1 500 milliards de dirhams de dépôts, le secteur dispose toujours d’une base solide pour accompagner le cycle d’investissement que connaît le Maroc.

