Le Gabon lance un programme de financement pouvant aller jusqu’à 170 millions d’euros (environ 200 millions de dollars) sur dix ans pour soutenir la conservation de ses écosystèmes et le développement des communautés locales. Baptisé « Gabon Infini », le projet a été annoncé samedi 29 août 2026 en partenariat avec l’ONG américaine The Nature Conservancy (TNC) et dans le cadre de l’initiative Enduring Earth.
L’objectif affiché est de contribuer à la protection de 30 % des écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce du pays d’ici 2030, en cohérence avec les engagements pris dans le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, adopté lors de la COP15 en 2022. Le dispositif doit aussi financer des activités susceptibles de générer des revenus pour les populations vivant autour des zones protégées.
« Au-delà de la simple valorisation de nos ressources, nous voulons placer l’humain et nos communautés au cœur du développement. Le programme Gabon Infini s’inscrit pleinement dans les orientations de notre Plan national de croissance et de développement 2026-2030 », a déclaré le vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, lors de la présentation du projet.
7,5 millions d’hectares concernés
Gabon Infini prévoit la création de 3,7 millions d’hectares de nouvelles aires protégées terrestres et l’amélioration de la gestion de 3,8 millions d’hectares déjà protégés. Les financements doivent notamment soutenir la foresterie durable, l’écotourisme, la prévention des conflits entre populations et faune sauvage ainsi que des projets d’adaptation au changement climatique.
Ces investissements prennent une dimension économique particulière dans un pays dont 88 % du territoire est couvert de forêts tropicales, avec un taux de déforestation annuel inférieur à 0,1 %. Le Gabon possède aussi un vaste espace maritime — 20 aires marines protégées couvrant environ 52 000 km², soit quelque 26 % de sa zone océanique — et des écosystèmes capables de stocker d’importantes quantités de carbone.
Le programme intervient alors que les ressources naturelles gabonaises sont soumises à une demande internationale croissante, notamment dans les secteurs des minerais, du pétrole, du bois et des produits agricoles. L’enjeu est donc de concilier la valorisation économique du territoire avec la préservation de ses ressources.
Faire de la conservation une source de revenus
Le financement de projets communautaires constitue l’un des axes du programme. L’écotourisme, la gestion durable des forêts et les actions d’adaptation aux inondations ou à l’érosion côtière doivent permettre de créer des activités économiques tout en renforçant la protection des milieux naturels.
Pour TNC, cette approche doit donner une place plus importante aux communautés dans la gestion des ressources. Le projet relève du mécanisme dit « Project Finance for Permanence » (PFP), conçu pour garantir la pérennité du financement sur la durée.
« Gabon Infini » bénéficie du soutien de plusieurs partenaires internationaux, dont le Bezos Earth Fund, le Global Environment Facility (FEM/GEF), la Walton Family Foundation et Global Forest Alliance — soit, selon la presse spécialisée, un tour de table dominé par la famille Bezos et la famille Walton, actionnaires du géant de la distribution américain. Pour Libreville, le défi sera désormais de transformer ces financements en investissements durables, capables de protéger les écosystèmes tout en produisant des retombées économiques mesurables pour les populations locales.
Le programme place ainsi la conservation au cœur d’un autre enjeu : donner une valeur économique aux ressources naturelles sans accélérer leur dégradation.

