Par Rodrigue Fénelon Massala, Envoyé spécial à Malabo.
Le 11ᵉ sommet de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OACPS) s’est ouvert ce 28 mars 2026 à Malabo, en Guinée équatoriale, dans une séquence à la fois hautement symbolique et résolument stratégique. Cinquante ans après sa création, l’organisation se retrouve face à elle-même : célébrer un héritage diplomatique singulier tout en affrontant les exigences d’un monde en recomposition rapide.
Derrière la solennité des commémorations, l’enjeu est clair : transformer une mémoire institutionnelle en levier d’influence. Née dans le sillage des accords de Lomé, puis réinventée à travers le partenariat avec l’Union européenne, l’OACPS a longtemps constitué un cadre privilégié de dialogue Nord-Sud. Mais à l’heure des basculements géopolitiques, des fractures économiques et des transitions systémiques, ce cadre est désormais interrogé.
Un demi-siècle de coopération, un tournant stratégique
Cinquante ans après sa fondation, l’OACPS peut se prévaloir d’acquis notables : consolidation du dialogue politique entre ses membres, structuration de partenariats économiques, et capacité à porter des positions communes dans certaines enceintes internationales. Mais ce capital diplomatique, aussi réel soit-il, ne suffit plus.
Le sommet de Malabo agit comme un révélateur. Plus qu’un exercice de célébration, il impose une réévaluation des priorités. Car le monde de 2026 n’est plus celui de 1975 : il est fragmenté, concurrentiel, dominé par des logiques de puissance et des recompositions d’alliances où les pays ACP peinent encore à peser collectivement.
Climat, dette, sécurité alimentaire : les urgences d’un espace vulnérable
En toile de fond des discussions, les crises globales structurent l’agenda. Le changement climatique reste une menace existentielle pour plusieurs États membres, notamment insulaires, confrontés à la montée des eaux et à la multiplication des catastrophes naturelles.
À cela s’ajoutent des vulnérabilités économiques persistantes : insécurité alimentaire, pression sur les finances publiques, montée du surendettement et creusement des inégalités. Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, ces fragilités exposent davantage les économies ACP aux chocs externes.
Les transitions numériques et énergétiques viennent compléter ce tableau. Elles représentent à la fois des défis d’adaptation et des opportunités de transformation. Pour les États membres, l’enjeu n’est plus seulement de suivre ces mutations, mais d’en capter la valeur pour accélérer leur trajectoire de développement.
La coopération, entre nécessité et redéfinition
Dans ce contexte, la coopération apparaît moins comme un héritage que comme un instrument stratégique à réinventer. L’OACPS est appelée à renforcer ses mécanismes de solidarité interne, tout en diversifiant ses partenariats au-delà des schémas traditionnels.
Sous l’impulsion du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, hôte du sommet, l’organisation affiche l’ambition de peser davantage dans la gouvernance mondiale. L’objectif : porter une voix collective crédible sur les grands dossiers internationaux — climat, commerce, financement du développement — et ne plus subir les agendas extérieurs.
Se réinventer ou s’effacer
Au fond, la question posée à Malabo est existentielle : que peut encore l’OACPS dans un monde où les coalitions se recomposent à grande vitesse ? Sa capacité à se réinventer sera déterminante.
Cela suppose une modernisation de ses structures, une gouvernance plus agile, une meilleure coordination entre ses membres, mais surtout une orientation résolument tournée vers des résultats mesurables. L’heure n’est plus aux déclarations d’intention, mais à l’efficacité opérationnelle.
Pour son cinquantième anniversaire, l’OACPS ne se limite pas à jeter un œil dans le passé. Elle envisage de manière claire un futur où sa pertinence sera liée à sa capacité à évoluer d’un rôle de forum diplomatique vers celui d’un acteur stratégique. Un passage étroit, mais crucial.

