En marge de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (MC14), en cours à Yaoundé (26-29 mars 2026), la Chine a réaffirmé, par la voix de l’ambassadrice Li Yongjie, son attachement à une organisation commerciale multilatérale « opérationnelle, performative et centrée sur le développement ». En point de presse le 27 mars face à des journalistes issus des pays les moins avancés (PMA) et des économies en développement, Pékin a déroulé une ligne stratégique claire : défendre les règles, accélérer les réformes et renforcer la coopération Sud-Sud.
Dix ans après la dernière conférence ministérielle organisée sur le continent africain, cette MC14 intervient dans un contexte de fortes tensions commerciales et de remise en cause du système multilatéral. « L’ordre commercial mondial fait face à des défis sérieux », a rappelé la diplomate chinoise, insistant sur la nécessité pour les États membres de réaffirmer la valeur de l’OMC tout en engageant une réforme en profondeur pour la rendre « plus pertinente et plus résiliente ».
Pour la Chine, les attentes sont précises. La conférence doit aboutir à l’adoption d’une déclaration ministérielle sur la réforme et d’un plan de travail structurant. Elle doit également produire des résultats concrets dans des domaines clés tels que le commerce électronique, l’investissement (IFDA), l’agriculture, la pêche ou encore les questions de développement. Une manière de replacer l’OMC au cœur de la gouvernance économique mondiale.
Sur le fond, Pékin rappelle les acquis du système multilatéral. Depuis 1995, le commerce mondial de biens et services a été multiplié par plus de cinq, permettant une intégration accrue des économies en développement dans les chaînes de valeur globales. En 2024, ces dernières représentaient 47 % des exportations mondiales de biens et 33 % des services. Mais ce modèle est aujourd’hui fragilisé. La montée des mesures unilatérales, notamment les tarifs douaniers, ainsi que le blocage du mécanisme de règlement des différends, alimentent le risque d’un retour à une logique de rapport de force, qualifiée de « loi de la jungle ».
Dans ce contexte, la Chine défend une réforme articulée autour de trois priorités : l’amélioration des mécanismes de décision, la centralité des enjeux de développement et la promotion d’une concurrence équitable. L’objectif affiché est de bâtir une mondialisation « inclusive et bénéfique à tous », notamment en permettant aux économies en développement de tirer parti des opportunités offertes par l’économie numérique et la transition verte.
Au-delà de la réforme institutionnelle, Pékin met en avant la coopération Sud-Sud comme levier stratégique. L’Afrique occupe une place centrale dans cette approche. La Chine réaffirme son soutien à la Zone de libre-échange continentale africaine et encourage ses entreprises à investir dans des secteurs structurants : infrastructures, transformation agricole, industrie automobile, énergies nouvelles ou économie digitale.
Cette stratégie s’appuie également sur l’ouverture du marché chinois. En 2025, les importations de biens ont atteint 18 480 milliards de yuans (environ 2 640 milliards de dollars), confirmant la Chine comme deuxième importateur mondial pour la 17e année consécutive. Dans cette logique, Xi Jinping a annoncé l’instauration, à partir du 1er mai, d’un régime de droits de douane nuls pour 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec Pékin.
Au-delà de la dimension commerciale, cette mesure est présentée comme un outil d’investissement. L’objectif est double : stimuler les exportations africaines tout en attirant davantage de capitaux vers le continent, afin d’accélérer son intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Selon un rapport du Fonds monétaire international, les investissements chinois auraient déjà contribué à porter les taux de transformation locale en Afrique de 15 % à 45 %.
Dans la continuité, le ministre chinois du Commerce Wang Wentao a organisé, en marge de la conférence, une réunion de haut niveau consacrée à l’industrialisation du continent africain, réunissant près de 50 pays ainsi que la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala. Un signal fort envoyé en faveur d’un développement fondé sur l’accès aux marchés plutôt que sur la seule assistance.
En toile de fond, la Chine inscrit son engagement dans une vision de long terme. Le récent plan quinquennal adopté par l’Assemblée nationale populaire prévoit un soutien renforcé au système commercial multilatéral, avec l’OMC en son centre, ainsi qu’une participation active aux réformes en cours. Pékin affiche ainsi sa volonté de se positionner en défenseur d’un ordre commercial régulé, face à la montée des tentations protectionnistes.

