Dévaluation du Franc CFA CEMAC: des mesures de la BEAC pour éviter le scénario catastrophe

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Mahamat Tolli, gouverneur de la BEAC.

La dévaluation du Franc CFA zone CEMAC ? Nous n’en sommes pas encore là. Mais en sommes-nous si éloignés, doit-on s’interroger ? Certains indicateurs renseignent que la crise socioéconomique actuelle laisse planer le spectre d’une dévaluation du Franc CFA si tant que la pandémie du COVID-19 impacte déjà sur les économies des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Les perspectives économiques sont essentiellement marquées par l’incertitude inhérente aux effets de la pandémie, souligne la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) dans son rapport sur la politique monétaire en Zone CEMAC. Une situation dont les conséquences économiques et financières seraient de plusieurs ordres, notamment de la dégradation importante des comptes macro-économiques, de la baisse des financements extérieurs, de la perturbation des échanges intracommunautaires, de la fragilisation de la stabilité externe et financière et d’un risque de montée des tensions inflationnistes.

Selon toute vraisemblance, cet environnement difficile est susceptible d’entrainer une forte dégradation des termes de l’échange due principalement à la chute des prix du pétrole avec un cours moyen du baril exporté par les pays de la CEMAC de 39,1 de dollars en 2020 contre 61,4 de dollars en 2019, tandis que les termes de l’échange diminueraient de 28,6 % en un an. Tenant compte du fait que cinq des six pays de la sous-région sont producteurs de pétrole et que celui-ci représente plus de 80% des ressources dans la plupart de ces Etats, ceux-ci sont exposés à une conjoncture difficile d’autant que plusieurs autres produits de base connaissent la même détérioration des termes de l’échange.

Pour conjurer ces effets néfastes potentiels, la Banque centrale propose une série de mesures aux acteurs économiques en vue de soutenir l’économie par des injections de liquidité via le secteur bancaire. « Cependant, les injections massives et non contrôlées de la liquidité par la Banque Centrale se traduisent généralement par une dégradation de la stabilité externe de la monnaie, avec pour corollaire la montée des pressions inflationnistes et la chute des réserves de change, et donc la chute du pouvoir d’achat des agents économiques et une paupérisation accrue », précise la Banque centrale. Concernant particulièrement la stabilité externe de la monnaie qui est encore fragile dans la sous-région, la BEAC annonce qu’elle va continuer à appliquer la réglementation de change de manière stricte afin d’éviter des sorties spéculatives et injustifiées des capitaux. C’est dire que si la crise du COVID- 19 est de grande ampleur, dans le secteur réel, la croissance baisserait fortement.

Pour ce qui est des finances publiques, le solde budgétaire global se creuserait de 6,6 % du PIB, contre un excédent de 0,9 % du PIB dans le scénario de base initial alors que les pertes de recettes pétrolières devraient dans ce cas atteindre 2 653,7 milliards de FCFA (environ 4,43 de USD). Quant aux recettes hors pétrole, elles diminueraient de manière plus significative pour se situer autour de (- 1,2 % du PIB).

En analysant ce rapport, tout laisse croire que dans ce contexte, le déficit extérieur courant incluant les transferts publics se creuserait à 10,3 % du PIB, contre -1,7 % du PIB dans le scénario de base initial, en lien principalement avec la détérioration des termes de l’échanges de 49,0 %, la baisse des exportations (-11,5 % du PIB) et la légère progression des importations. En outre, la situation monétaire se détériorerait davantage à travers la baisse des avoirs extérieurs nets, des crédits à l’économie et de la masse monétaire alors que le taux de couverture extérieure de la monnaie reviendrait de 71,6 % projeté à 52,7 %.

Des mesures pour éviter un scénario catastrophe

«Une telle évolution se traduirait par une réelle menace pour la stabilité extérieure de la monnaie. En l’absence d’ajustement budgétaire et de mobilisation conséquents des financements extérieurs, la BEAC serait de nouveau soumise aux mêmes risques sur la parité de sa monnaie qu’en fin 2016 », note l’institution, ce qui, pour les observateurs laisse planer le spectre d’une dévaluation du Franc CFA. E

ncore que l’accentuation du COVID-19 impacterait réellement sur la stabilité financière, au point que les difficultés de trésorerie des Etats et des entreprises menaceraient davantage la stabilité financière, avec pour corollaire des faillites bancaires majeures. «Malgré la gravité de la situation macro-économique résultant de la survenance du scénario pessimiste, il importe de souligner que les marges de manœuvre de la Banque Centrale, en matière de soutien à l’économie par des injections massives de liquidité, sont limitées par le niveau encore insatisfaisant de ses avoirs de réserve (3,27 mois d’importations de biens et services à la fin 2019), qui devrait par ailleurs se réduire du fait des pressions qui seraient exercées sur la position extérieure. C’est donc le lieu de relever que si les pays de la CEMAC ne luttent pas efficacement contre la pandémie du COVID19 pour en limiter les conséquences économiques et financières, la situation macroéconomique deviendrait insoutenable », insiste la BEAC.

Pour se prémunir d’un scénario catastrophe aux conséquences imprévisibles, après analyse de l’impact de la crise du COVID-19 et la chute des cours du pétrole brut sur les économies de la sous-région, et au regard des facteurs de risques pesant sur la stabilité monétaire, le Comité de Politique Monétaire (CPM) de la BEAC a récemment pris un certain nombre de mesures pour stimuler l’activité. Parmi ces mesures, le CPM a notamment décidé de revoir à la baisse le Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO) de 50 points ; de baisser de 100 points de base le Taux de la facilité de prêt marginal de 6,00 % à 5,00 % ; de porter les injections de liquidité de 240 milliards FCFA à 500 milliards de FCFA, et se rendre disponible à relever ce montant en cas de besoin ; d’élargir la gamme des effets privés admis comme collatéral des opérations de politique monétaire et de revoir à la baisse les niveaux des décotes applicables aux effets publics et privés admis comme collatéral pour les opérations de refinancement à la BEAC.

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