Ibrahima Dia, envoyé spécial à Addis Abeba

Chantal Jacovetti est une franco-malienne qui travaille au Mali depuis plus de cinq ans comme chargée du foncier et de l’agro-écologie au sein de la coordination nationale des organisations paysannes. Elle travaille en étroite collaboration avec la convergence malienne contre l’accaparement des terres. Entretien.

Quelle est votre vision du développement agricole de l’Afrique pour les des dix prochaines années?

L’Afrique est arrivée à un tournant où elle doit prendre de grandes décisions pour son avenir. Elle doit pouvoir répondre aux préoccupations de son peuple et en même temps faire attention à ne pas se faire envahir par une vision capitaliste ou mondialiste qui ne correspond nullement aux cultures africaines et, d’ailleurs, aux cultures des peuples en general. Je pense quel’Afrique doit défendre le droit coutumier dans le sens que la terre, traditionnellement, représente un bien commun et, en aucun cas, ne pourra être vendu n’importe comment et surtout pas aux spéculateurs qui mettent des populations à la rue, dans les villes et ailleurs. L’Afrique a la possibilité, si elle a confiance en elle, de bien et mieux négocier son avenir dans le foncier en faisant profiter à ses populations de plus d’autonomie alimentaire et financière..

À la lumière de l’appétit des grands investisseurs pour les terres africaines, les petits agriculteurs sont-ils menacés ?

je dirai que les petits agriculteurs africains ne se laisseront pas faire parce que de toute façon l’agriculture est le seul moyen de substance au jour le jour. Malheureusement, le contexte du continent africain n’offre pas la chance aux jeunes villageois de travailler dans des usines ou dans des structures comme cela se passe en Europe ou ailleurs. Il n’offre pas aussi la possibilité d’avoir le même niveau d’éducation et d’accès aux bonnes conditions de santé. Ce qu’il faut c’est exactement d’essayer de renforcer ces petits agriculteurs et de les sécuriser. Il faudra aussi améliorer les conditions de vie de ces villageois afin de pouvoir limiter l’exode rural dont les consèquences sont nègatives pour le dèveloppement agricole villageois.

Quels rôles pourra jouer la femme africaine dans la mise en place de ces politique foncières et dans leur mise en oeuvre?

Déjà, la femme africaine est la première impliquèe dans le developpement agricole. C’est elle qui nourrit, c est elle qui garde les enfants et c’est elle qui s’occupe des semences. Donc, l’enjeu de demain c’est comment reconnaitre le rôle qu’elle est entrain de jouer et, partant, la sècuriser dans ce rôle et l’associer dans la prise des décisions. Si l’Afrique veut s’autosuffir alimentairement, elle doit compter sur ses femmes.

Qu avez-vous envie de dire aux decideurs politiques africains dans la mise en oeuvre des politiques foncières et des plans d’investissement agricole?

Je voudrai leur dire de faire confiance à leur peuple et surtout de leur offrir des moyens nécessaire pour développer leur agricultures. Il faudra leur assurer la sécurité de leur terre et surtout reconnaître que ces agriculteurs constituent le vrai moteur du développement agricole du continent. Ce n’est pas en introduisant de nouvelles habitudes alimentaires ou de nouveaux investisseurs qu’on va renforcer le développement de l’Afrique. Ces investisseurs dont on parle viennent juste pour profiter des rendements. Et après ? Faites confiance aux peuples et donnez – leur les moyens, formez-les dans les techniques agricoles, faites de bonnes routes et de bonnes écoles dans ces villages et de là vous verrez ce qu’ils produiront.

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