Par François Lamontagne.

 

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Le président Alpha Condé mise sur la bauxite pour créer de l’emploi. Attention au syndrome malaisien.

Alors que la Guinée continue de miser sur la bauxite pour soutenir sa croissance, les experts alertent sur les possibles conséquences néfastes sur l’environnement et l’économie du pays.

Les relations entre la Chine et la Guinée sont à un point crucial. En inaugurant le port de Dapilon ce mardi 4 octobre, le président Alpha Condé a confirmé sa volonté de faire de la bauxite l’un des piliers de l’économie guinéenne. Or, comme le rappelait récemment Etienne Viard, directeur général de Proparco (filiale de l’Agence française de développement spécialisée dans le financement du secteur privé), la contribution de l’industrie minière au développement du continent africain est sévèrement contestée. La domination du secteur dans certaines économies nationales peut étouffer d’autres activités et, du fait d’une fiscalité trop avantageuse, elle peut affaiblir le budget des Etats.

Le secteur minier africain épouse un contexte économique affaibli par la chute des cours mondiaux des matières premières et la baisse de l’économie chinoise. Ainsi, dans ses « Perspectives de l’environnement à l’horizon 2030 », l’OCDE souligne l’importance pour les pays africains de remédier à la dépendance vis-à-vis de la production et l’exportation de produits primaires, qui expose le continent aux chocs de la demande extérieure.

Le gouvernement guinéen veut cependant croire qu’avec la bauxite tout sera différent. Le port de Dapilon comporte trois quais de chargement pouvant accueillir d’ici sa mise en service complète en février 2017, six barges permettant d’évacuer 45 000 tonnes de bauxite au quotidien. Le consortium SMB-WAP, qui a réalisé l’infrastructure portuaire, s’est déclaré « fermement convaincu que la Guinée va jouer un rôle important sur la scène internationale » et a promis de s’impliquer afin de « faire de la Guinée le premier pays producteur de bauxite au monde ».

Entre prudence et hyper-exploitation, la Guinée doit faire un choix

L’ennui est que personne ne sait réellement comment va évoluer la demande chinoise dans les années à venir. La Chine est en effet le plus gros consommateur de bauxite, un minerai qui se trouve à la base de la production d’aluminium, dont le géant asiatique est également le principal producteur et consommateur. Et alors que les réserves en bauxite chinoise ne suffisent pas combler la production du pays en aluminium, il y a fort à parier que la demande en bauxite du pays augmente encore dans le futur. C’est là que le bât blesse.

Si la Guinée continue dans la voie des affaires avec la Chine, elle pourrait se retrouver submerger par la demande de l’Empire du Milieu. Un scénario déjà vu en Malaisie où la demande chinoise en bauxite était telle que l’aspect environnemental de l’extraction a été complètement mis au second plan. Le pays se retrouve encore aujourd’hui à payer les pots cassées d’une industrie qui a perdu de vue tout sens de la proportion.

La Guinée est aujourd’hui devant un choix crucial pour son futur développement environnemental, mais aussi économique. Si le pays est aussi tenté par la solution chinoise, c’est parce qu’il pense pouvoir créer des milliers d’emplois directs dans l’exploitation de bauxite grâce à la Chine et ainsi augmenter le niveau de vie et le pouvoir d’achat de ses habitants. Une belle perspective qui pourrait cependant ne jamais devenir réalité, les entreprises chinoises se déplaçant la plupart du temps avec leurs propres ouvriers. Si le schéma malaisien se reproduit, la Guinée devra alors se contenter de la pollution de ses rivières et autres risques environnementaux associés à l’extraction du minerai, sans création d’emplois comme lot de consolation à la clé.

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