Fondateur de l’École d’Art Oratoire et de Leadership (EAO-Afrique), Dr Cheikh Omar Diallo évolue depuis deux décennies à l’intersection de la communication, du politique, de la diplomatie économique et de la formation des élites. Conseiller officieux de plusieurs dirigeants africains, il entretient, selon nos informations, une relation de confiance avec le président Bassirou Diomaye Faye.
Son nom circule rarement dans les communiqués officiels. Pourtant, dans ses bureaux dakarois, les visiteurs se succèdent : ministres, diplomates, hauts fonctionnaires, dirigeants d’entreprise, responsables politiques. Il reçoit, conseille, forme. Toujours en mouvement, il cultive un art particulier : celui de relier les mondes.
« Cheikh Omar Diallo n’est pas un homme de poste. Il est un homme de fonction », opine cet ancien ministre de Wade, disciple de Talleyrand.
Auprès du président Bassirou Diomaye Faye, il intervient sur des sujets de communication, de positionnement stratégique et de relations économiques, apprend t-on de sources bien informées. Leur proximité ne serait pas née avec l’accession au pouvoir en 2024, mais dans les années plus incertaines de l’opposition, « lorsque les soutiens étaient moins visibles et les fidélités plus coûteuses », souffle un proche. Et d’ajouter.
« COD appartient à cette catégorie rare de conseillers que l’on ne voit pas dans la lumière, mais que l’on consulte lorsque la parole doit être pesée, qu’une relation doit être nouée ou qu’un rapport de force doit être décodé »
À l’époque où le Pastef d’Ousmane Sonko évoluait encore dans un environnement politique hostile, alors que peu d’institutions privées acceptaient d’accueillir ses activités, Cheikh Omar Diallo avait ouvert les portes de son école. Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye et plusieurs figures du mouvement y ont tenu des rencontres. Ces gestes, posés loin des caméras, ont contribué à installer une relation de confiance.
Avant cette séquence, le parcours de COD l’avait conduit dans les arcanes du pouvoir sous Abdoulaye Wade un président libéral qui a donné au Sénégal son premier tronçon d’autoroute. Conseiller de l’ancien président puis proche collaborateur de Karim Wade, il découvre alors les mécanismes internes de la décision publique : les alliances, les arbitrages, les fidélités et les retournements.
Cette proximité avec Karim Wade lui vaudra également une période d’emprisonnement sous Macky Sall. Dans ses rares confidences, Diallo dit considérer cet épisode comme une conséquence directe de la bataille politique qui opposait alors les différents camps.
Pour sûr , cette épreuve marque une césure. Après les lambris dorés du pouvoir, l’alors influent conseiller découvre l’envers du décors: la fragilité des positions, la brutalité des rapports de force et le prix parfois élevé des fidélités. Il en sort avec une conviction renforcée et un enseignement: « l’influence la plus efficace n’est pas toujours celle qui s’exhibe ».
Bien après cette parenthèse, Cheikh Omar Diallo continue de cultiver son don premier : être un connecteur. « Un homme capable de rapprocher des intérêts, d’ouvrir des portes et de créer des espaces de dialogue », dit-on dans les milieux politiques. Dans ses bureaux passent des ambassadeurs africains et européens, des représentants d’organisations internationales, des décideurs économiques et des responsables publics. Tout en se reconnaissant à
cette position d’interface, COD n’en admet pas moins que « l’influence n’a de sens que lorsqu’elle accompagne une vision, une institution ou un projet ».
Son agenda ressemble à une carte diplomatique ou à tout le moins celle d’un pilote de ligne : Dakar, Paris, Abidjan, Cotonou, Lomé, Conakry, Bamako, Niamey, Ouagadougou, Libreville. « Je voyage pour comprendre les mutations, entretenir les liens et anticiper les recompositions », nous répond -t-il, sourire au coin.
Avant d’être un conseiller des puissants, l’homme aux costumes sombres ou à fines rayures fut un observateur du pouvoir. Chef de service au quotidien national Le Soleil au début des années 2000, puis collaborateur au siège parisien de Jeune Afrique, il connaît la mécanique médiatique de l’intérieur.
De cette double expérience, il conserve une idée simple : entre la décision d’un dirigeant, le récit qu’en font les médias et la perception du public, se joue toujours une bataille d’interprétation.
Docteur en science politique, spécialiste des politiques publiques, il revendique une trajectoire hybride. Le droit lui apporte la rigueur des normes ; la science politique, la lecture des rapports de force ; le journalisme, la maîtrise du récit ; la communication, l’art de transformer une stratégie en parole publique.
À la croisée de ces disciplines, il incarne une figure d’intellectuel opérationnel : un homme qui préfère confronter les idées aux réalités du terrain plutôt que les enfermer dans les bibliothèques.
Son œuvre principale reste l’EAO-Afrique, qu’il préside depuis sa création. Plus qu’une école de prise de parole, il l’a pensée comme un laboratoire de leadership destiné aux cadres publics et privés. Ministres, dirigeants, hauts fonctionnaires et managers y ont été formés aux techniques d’influence, de négociation, de communication stratégique et de décision.
Son autre force réside dans sa capacité à maintenir des liens au-delà des appartenances politiques. Son carnet d’adresses traverse les camps et les générations. Il reçoit un ancien Premier ministre, échange avec des responsables du Pastef, retrouve des figures historiques de la scène politique sénégalaise. Les cloisons partisanes semblent moins solides que les réseaux qu’il a patiemment construits.
Cette circulation permanente fait de lui un go-between, un intermédiaire entre des univers parfois éloignés. Un homme qui écoute, rapproche et crée des points de passage.
Dans une Afrique politique où les cycles alternent entre ruptures et rapprochements, ce capital relationnel constitue une ressource rare. Car, nous lance-t-il en nous raccompagnant, « les hommes de pouvoir changent, les alliances évoluent, mais les passerelles restent souvent les véritables instruments de durée ».

