Le mouvement de consolidation des agences de notation en Afrique s’accélère. Après Moody’s, qui a pris le contrôle de la sud-africaine Global Credit Ratings (GCR) – elle-même propriétaire de WARA (West Africa Rating Agency) –, c’est désormais S&P Global qui renforce son ancrage sur le continent en annonçant l’acquisition d’une participation majoritaire dans Agusto & Co., l’une des principales agences de notation panafricaines.
L’opération, soumise aux autorisations réglementaires, concerne une agence fondée au Nigeria et présente également au Kenya, au Rwanda et au Ghana. Selon S&P Global, Agusto & Co. continuera d’opérer comme une entité indépendante, avec ses propres méthodologies et notations, tandis que le groupe américain apportera son expertise mondiale afin de soutenir le développement des marchés obligataires africains. La finalisation de la transaction est attendue au second semestre 2026.
Cette opération marque une nouvelle étape dans la recomposition du paysage africain de la notation financière. En 2022, Moody’s avait acquis 51 % de GCR avant d’en prendre le contrôle total en 2024. Quelques années auparavant, GCR avait elle-même racheté WARA, renforçant sa présence en Afrique de l’Ouest francophone. Avec l’entrée de S&P au capital d’Agusto, les deux principaux acteurs mondiaux de la notation disposent désormais de solides relais locaux sur le continent.
Le calendrier est particulièrement significatif. Cette offensive intervient alors que l’Union africaine, soutenue notamment par la Banque africaine de développement (BAD), accélère le projet de création d’une Agence africaine de notation de crédit (African Credit Rating Agency – AfCRA). L’objectif est de proposer une évaluation plus représentative des fondamentaux économiques africains et de répondre aux critiques récurrentes adressées aux grandes agences internationales, accusées par plusieurs États africains de surestimer les risques souverains du continent et d’en renchérir le coût de financement.
Au-delà d’une simple acquisition, l’investissement de S&P dans Agusto illustre la bataille stratégique qui se joue autour de la production de l’information financière en Afrique. Les agences internationales cherchent à renforcer leur présence sur des marchés obligataires appelés à connaître une croissance rapide, tandis que les institutions africaines entendent reprendre la main sur l’évaluation du risque de crédit, désormais considérée comme un enjeu de souveraineté économique autant que de développement des marchés de capitaux.
L’Afrique devient ainsi le théâtre d’une véritable compétition entre les géants mondiaux de la notation et les ambitions continentales de bâtir une expertise indépendante au service de son financement.

