Fabrice Tchuenté, Directeur Exécutif de FinAfrique

Ingénieur financier, Fabrice Kom Tchuenté dirige FinAfrique, cabinet-conseil en Banque, Finance et Assurance spécialisé dans les problématiques africaines. Il a mené de nombreuses recherches et missions sur la finance Inclusive et les financements alternatifs.

Pour un fonds d’investissement ou une banque, comment apprécier le risque d’un projet ou d’une entreprise en fonction de son exposition au changement climatique ?

Il existe aujourd’hui des outils d’analyse et de scoring qui, pour un portefeuille d’actifs donné, permettent d’évaluer les Risques Climatiques Physiques, c’est-à-dire ceux qui proviennent des dommages directement causés par les phénomènes météorologiques (sécheresse, canicule, tempête, élévation de la mer, …) et les Risques Climatiques de Transition qui eux découlent des impacts financiers résultant des effets de la mise en place de modèles économiques bas-carbone. Par ailleurs, l’on pourrait également prendre en compte d’autres risques que l’on appelle les Risques de Responsabilité. Ils peuvent être catégorisés comme des Risques Juridiques puisqu’il s’agit ici d’évaluer les impacts financiers qui seraient causés suite à d’éventuelles poursuites en justice pour avoir contribué au changement climatique ou pour ne pas avoir suffisamment pris en compte les risques climatiques. Vous avez là une typologie de risques que l’on pourrait cartographier afin d’apprécier efficacement le Risque climatique d’un projet ou d’une entreprise.


Pensez-vous qu’il doive y avoir une prime à l’investissement durable ? Est-ce que l’investisseur devrait se contenter d’une rentabilité plus faible ? Quelle est votre analyse ?

Tout dépend de la stratégie de l’investisseur. Dans le cas des fonds d’investissement spécialisés dans le financement vert, les gérants n’ont pas vocation à s’intéresser à des placements autres que «Verts» afin de respecter les exigences de leur clientèle investisseuse. De ce fait, sur 2 projets qui leur seraient présentés, ils pourraient jeter leur dévolu sur le projet le moins rentable, mais présentant une plus-value sociale et environnementale beaucoup plus importante. Ce qui ne signifie pas que l’investissement social, durable est moins rentable qu’un investissement classique. Il a été démontré que sur la durée, leurs performances sont tout à fait semblables. D’ailleurs, selon plusieurs études, suite à la baisse des marchés financiers liée à la crise du Covid, on a pu constater que les fonds d’investissement spécialisés dans le durable avaient mieux résisté que les fonds traditionnels. Concernant la prime à l’investissement durable, un dégrèvement fiscal sur les bénéfices issus de l’investissement Vert pourrait permettre de convertir davantage d’investisseurs classiques autour de cette cause.


Comment synchroniser les critères financiers et les facteurs extra-financiers dans une décision d’investissement ?

Il est vrai que dans une décision d’investissement, les principaux critères qui prévalent sont de nature financière. Dans le cadre d’un investissement Socialement Responsable, un filtre ESG que l’on peut également qualifier de filtre de durabilité incluant des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance est appliqué. Ce qui permet de constituer un panier d’actifs que l’on pourrait considérer comme «best in class» ou «best in universe». Ces catégories découlent de méthodes de sélection couramment utilisées pour ce type d’investissement. Elles permettent de réduire les risques de scandales majeurs ou de mauvaise gestion des entreprises qui peuvent impacter leur performance financière.


Green bonds, social bonds, green loans, etc. Quelles sont les tendances qui émergent sur le marché et quels types de produits vous semblent adaptés au contexte africain? Que conseilleriez-vous à vos clients ?

L’Afrique, tout en étant le plus vulnérable aux variations climatiques, est également marqué par la vulnérabilité de son tissu économique. Ainsi, sans être hostile, peu d’initiatives y sont consacrées aux mécanismes de transition écologique et énergétique qui paraissent coûteux. En revanche, le continent regroupe une multitude de projets et d’opportunités à fort-impact social, dans des secteurs tels que l’éducation, la santé et les Petites et Moyennes Entreprises et qui semblent aiguiser l’appétit de nombreux investisseurs. Ainsi, les Social Bonds pourraient être le support d’investissement le plus adapté aujourd’hui. Plusieurs produits de ce type ont d’ailleurs été lancés pendant la période Covid, notamment par la Banque Africaine de Développement et la Banque Ouest Africaine de Développement. Il faudrait noter que ce marché du Financement Responsable et Durable connaît de plus en plus d’attrait en Afrique, mais reste encore très éloigné du dynamisme que l’on peut constater sur le continent européen. Ces financements d’impact sont pour l’instant, généralement réalisés à l’initiative des institutions de financement internationales.


Pour une entreprise, quel est l’intérêt d’émettre une obligation verte ?

Une entreprise ayant un projet de développement durable très spécifique trouverait une oreille beaucoup plus attentive et compréhensible auprès d’investisseurs spécialisés. Car ces derniers comprendraient beaucoup mieux les opportunités et l’intérêt que regorgent ledit projet. Ainsi, en émettant une Obligation verte, ce serait un moyen pour l’entreprise de maximiser ses chances d’atteindre son objectif de financement. Car elle pourra bénéficier à la fois des financements spécialisés dans le vert et des financements traditionnels.

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