Par Beringer GloGlo, Économiste, Fondateur CJEA.


Qu’il y a-t-il à dire sur la situation que traverse la République du Mali que l’on ne sait déjà ? Alors, nul besoin de s’attarder sur un chronogramme exhaustif des faits. Le dernier, la batterie de sanctions de la CEDEAO à l’encontre du Mali, est aussi celui qui fait la manchette des quotidiens. Qu’il me soit permis, ici, de passer outre l’étape des préliminaires descriptifs et de flécher incessamment les réels enjeux.

La situation socio-politique qui prévaut au Mali se décline sur trois axes, toutes choses égales, par ailleurs : (i) l’embargo de la CEDEAO, (ii) l’aléa moral du comité militaire de transition et (iii) les enjeux géostratégiques et géopolitiques des puissances étrangères.

(i)  L’idée de l’isolement de la République du Mali susceptible d’engendrer des déséquilibres économiques indésirables est sans doute contre-productive dans une région qui a besoin de renforcer l’intégration et la convergence des économies qui la compose afin d’atteindre des objectifs de politiques économiques (politique monétaire viable, renforcement des échanges commerciaux régionaux, etc.) nécessaires au bien-être social. Par ailleurs, sans discuter la légalité des sanctions vis-à-vis des textes régissant la communauté, un travail que je veux humblement confier aux juristes, force est de constater que le débat public se concentre également sur la légitimité des chefs d’Etats membres de la CEDEAO à les prononcer. Il va s’en dire que la crédibilité de l’institution à travers ses représentants est (désormais) un élément central qui préoccupe davantage les populations africaines.

(ii) Cependant, il convient d’user d’une rigueur intellectuelle fine pour distinguer les émotions partisanes de la gestion des affaires publiques. Car, même si certaines prises de pouvoir par coup de force militaire ont montré quelques résultats en bout de chaîne en termes de gestion des affaires publiques, il est important de souligner que c’est une issue favorable très marginale. Au contraire, l’expérience a montré qu’il y a un risque inhérent à la prise en main de la gestion des affaires publiques par un coup de force militaire : l’aléa moral. Il s’agit notamment des dérives autoritaires qui peuvent suivre la période euphorique de l’argument et du sentiment panafricaniste de la libération du peuple. En effet, passée cette période il y a une incertitude liée à ce type de régime dont les intérêts personnels des dirigeants peuvent désormais diverger avec l’intérêt collectif qui mènera le peuple vers une véritable liberté.  Alors qu’en est-il des régimes civils qui adoptent le même comportement peut-on s’exclamer ! Mais permettez-le moi, il faut clairement définir nos aspirations. Aspire-t-on à un système caractérisé par de véritables élections et une gouvernance véritablement démocratique ou l’instabilité chronique à la Dahoméenne (actuelle République du Bénin) de l’ère des présidents Hubert Maga – Sourou Migan Apithy – Justin Ahomadégbé, etc ? Il me semble que la seconde option est aussi la meilleure façon de renforcer l’instabilité et le Dahomey est un cas d’école avec même un président de 24 heures.

(iii) Vivons-nous dans un monde ou les pays sont interconnectés, fort heureusement. Mais, il serait une erreur fatale d’occulter que chaque pays réagit selon ses intérêts. D’abord, pris entre la France de l’Union Européenne, la Russie, la Chine et les Etats-Unis d’Amérique, c’est à la CEDEAO et au Mali de comprendre que se faire la guerre sur le territoire d’autrui est un excellent moyen de procéder à des démonstrations de force sans payer les frais, sinon que très peu. Aussi, faudrait-il que le Mali mette les bouchons doubles pour ne pas simplement remplacer son adversaire désigné d’aujourd’hui par un autre.

Par-dessus tout ceci et dans la pratique, isoler le Mali revient à priver un jeune béninois poursuivant des études de médecine à Bamako des aides parentales (rations alimentaires, moyens financiers, etc.) ; c’est aussi priver une mère des aides financières de sa fille vivant à Dakar où elle travaille et pour qui la maman se serait tant sacrifiée au point de perdre toute la membrane musculaire de la paume de ses mains ; ou encore c’est simplement empêcher un ivoirien vivant au Mali de rendre visite à un parent souffrant dans son pays la Côte d’ivoire, c’est peut-être leur dernière retrouvaille : les africains ne méritent pas ça.

Pour finir, je postule pour un retour sous l’arbre à palabres africaine du comité de la transition malienne et des chefs d’Etats membres de la CEDEAO pour une (re) négociation des conditions d’une sortie de crise pacifique par voie démocratique suivant un calendrier soutenable pour toutes les parties prenantes et dans l’intérêt de la République du Mali, seul gage d’un véritable retour à la normale. Par contre, il ne sert à rien de perdre du temps et de compromettre l’avenir des populations pour enfin finir par adopter cette solution, le plus tôt serait le mieux. Et surtout, privilégions les solutions africaines : c’est tout le mal que je souhaite à l’Afrique !

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