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Gabon: controverse autour de l’emprunt obligataire de 800 millions de dollars

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Le recours sur le marché international de titres à travers l’émission le 17 novembre 2021 par le Gabon d’un emprunt obligataire de 800 millions dollars, soit 458 milliards de francs CFA est diversement apprécié par des analystes financiers et économiques. D’une maturité de 10 ans pour un taux d’intérêt de 7%, les fonds mobilisés à travers cet emprunt sont destinés au rachat de manière anticipée de plus de 90% de l’encours résiduel de l’émission de 736 millions de dollars, (420 milliards de francs CFA) de 2013 qui arrive à échéance en 2024.

Pour les autorités gabonaises, la mobilisation de cette cagnotte auprès des investisseurs internationaux dans un contexte de crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19 démontre l’attractivité du pays dont la crédibilité de la signature permet de séduire les marchés. « L’accord triennal 2021-2023 conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) en appui à la mise en œuvre du Plan d’accélération de la transformation (PAT), le renforcement du dispositif de bonne gouvernance, la revue à la hausse de la note souveraine du Gabon (B- contre CCC) par l’agence de notation Fitch Ratings et la ré-adhésion du pays à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) figurent parmi les arguments qui ont joué en faveur de la souscription des bailleurs », s’est félicité le ministère de l’Economie et de la Relance.

« L’Alpha et l’Omega »

Ce satisfécit du gouvernement est loin d’être partagé par tous les observateurs, à l’instar de l’analyste économique Mays Mouissi qui déplore la démarche du gouvernement de « faire de l’endettement massif l’Alpha et l’Omega de sa politique économique ». Une option pour le moins suicidaire, note l’analyste, pour un pays dont le déficit commercial n’a eu de cesse de croître pour se situer à 5,12 milliards de dollars, soit environ 2785 milliards FCFA en 2020, ce qui laisse croire que l’endettement grandissant constitue en réalité un « cercle vicieux » qui prend en tenaille le développement du pays.

A ce stade, « il convient de souligner que le succès dont se prévaut le gouvernement de la République consiste à substituer une dette sur laquelle pèse un taux d’intérêt de 6,375% par une dette nouvelle, plus chère, dont le taux d’intérêt est de 7%, soit 62,5 points de bases de plus que l’emprunt précédent à la charge du contribuable », explique-t-il.

Rebelote

Les partisans de cette thèse soulignent que l’eurobond de 2013 échéance 2024 pour lequel le Gabon vient à nouveau de « s’endetter lourdement » avait également pour objectif de procéder au remboursement de l’eurobond de 2007 échéance 2017. Ils affirment qu’en 2013, les autorités étaient parvenues à substituer une dette à 8,2% de taux d’intérêt par une dette à 6,375%, soit 182,5 points de base de moins à la charge du contribuable gabonais ». Tenant compte de cet aspect, le succès de l’eurobond de 2021 est relativisé  puisqu’il « accroit l’encours de la dette, étend la maturité et augmente la charge financière qui absorbe une part sans cesse croissance du budget national ».

Autrement dit, le Gabon s’endette pour payer ses dettes et non pas pour impulser le développement dont l’émergence selon les autorités devrait intervenir à l’horizon 2025. Face à ce lourd endettement, ces analystes soutiennent qu’on ne saurait relancer l’économie quand dans son projet de loi des finances 2022, le gouvernement consacre 1169 milliards de FCFA à la dette, ce qui représente environ 40% du budget national contre seulement 326 milliards à l’investissement public, soit 11% du budget, le reste de 49 % de l’enveloppe budgétaire étant consacré au fonctionnement.

Le Gabon dont le taux de croissance en 2019 se situait à 3,9% est entré en récession avec une croissance du Produit intérieur brut réel (PIB) de -1,3% 2020 du fait de la pandémie table désormais sur une croissance moyenne de 2,9% entre 2021-2023 grâce aux mesures de relance économique post-Covid.

Achille Mbog Pibasso
Achille Mbog Pibasso, Directeur de rédaction de Financial Afrik, est diplômé en journalisme et en communication d’entreprise. Particulièrement intéressé par l’économie et la finance, c’est également un féru des sujets  politiques. Son expérience d’agencier lui permet de traiter de tous les sujets d’actualité.

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