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[Tribune] Le crowdfunding, de la Statue de la Liberté à nos jours

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Par Eric Ntonfo*, fondateur de Fiatope et Kwendoo.


Le financement participatif ou crowdfunding a été utilisé la première fois pour la construction et l’érection de la statue de la liberté à New-York aux Etats-Unis. 100 00 français participèrent à son financement pour un montant total de 400 000 Francs de l’époque. La Sagrada Familia à Barcelone est une autre merveille historique construite grâce à ce mode de financement. L’Afrique quant à elle, pratique depuis près de 150 ans, une forme particulière du financement participatif appelée “tontine” et dont l’objectif est de mobiliser les fonds pour des investissements à court terme, pour le financement d’évènements ou des projets prévus ou imprévisibles, de manière collective ou individuelle.

Aujourd’hui, dans sa forme digitale apparue au milieu des années 2000, cette alternative au financement classique fait beaucoup d’émules, avec en 2020 un marché qui a dépassé le milliard d’Euros en France par exemple. L’Afrique représente encore une infime proportion de ce marché mondial et pourtant le continent est la région du monde qui a le plus besoin de ré-inventer le financement de son économie. Le crowdfunding fait partie de l’élan de l’économie collaborative qui émerge depuis une dizaine d’années et qui consacre la désintermédiation des acteurs traditionnels et permet de transformer sa voiture en taxi (Uber, Kapten…), ou en moyen de transport inter-urbain (blablacar en France), sa maison en hôtel (Airbnb)….

Avec le financement participatif, tout le monde peut devenir bailleur de fonds pour une entreprise, une association, une cause et donner, prêter ou investir, tout ceci avec éventuellement une contrepartie, qui peut-être symbolique lors d’un don, qui est le remboursement de sa mise avec ou sans intérêt lors d’un prêt ou encore la prise de participation du projet au capital lors de l’investissement. Il existe aussi une forme de crowdfunding qui permet de tester un marché par de la pré-commande d’articles. Le financement consiste à offrir le produit en contrepartie du paiement de la contribution.

Afin de contrôler la pratique, les Etats ou les Banques centrales ont commencé depuis 2012 à encadrer l’exercice de cette activité financière. Ainsi, se pourvoir comme plateforme de crowdfunding nécessite l’obtention d’un agrément via lequel le régulateur s’assure que les acteurs (financeurs et porteurs de projets) soient protégés. L’agrément différencie généralement celles des plateformes qui peuvent détenir les fonds collectés de ceux qui ne le peuvent pas.

Sur le Continent, la réglementation du crowdfunding avance bien timidement. A part le Maroc et la Tunisie qui ont désormais des lois ou projets de loi, il y a encore très peu d’activités sur le sujet. Pourtant cet outil pourrait aider bien des pays dans la stimulation de leurs économies via le financement de l’entrepreneuriat. Cependant la pratique du crowdfunding peut s’accommoder de certaines dispositions contenues dans le droit des investissements de pays notamment en Afrique de l’Ouest. Le Mali prévoit par exemple que jusqu’à 100 investisseurs peuvent être au capital d’une entreprise. En revanche les dispositions existantes ne sont pas suffisantes pour encadrer la pratique par des intermédiaires en financement.

En l’absence de réglementation propre en revanche, certains acteurs à l’instar des opérateurs Mobile Money peuvent déjà permettre le développement du financement participatif. En effet, ayant pour la plupart une licence de prestataire de service de paiement et d’émission de monnaie électronique, ils peuvent facilement transformer leurs API (Application Programming Interface) de paiement pour permettre aux plateformes de crowdfunding qui s’adossent à ces API de se développer dans un esprit proche des réglementations européennes ou nord-américaines.

Le crowdfunding génère d’autres externalités positives aux porteurs de projet. En effet, il octroie très souvent au porteur de projet une visibilité énorme, en plus de lui permettre d’aller rechercher des fonds sur des circuits non courants. Il lui permet en général aussi, lorsque réussi, de valider son idée, ou un marché potentiel. En effet il est possible de consacrer sa levée de fonds à la pré-commande d’une quantité d’articles de son produit ou de ses produits. Le crowdfunding s’avère par ailleurs être un excellent exercice pour tester des capacités entrepreneuriales, puisqu’il demande de la détermination, de la confiance en soi et en son projet, une forte dose de sociabilité, de la passion, de la créativité, la capacité à accepter l’échec…

Le rôle des plateformes de crowdfunding est généralement de servir d’intermédiaire entre le financeur individuel et le porteur de projet et de s’assurer en amont de la viabilité du projet, de la qualité et de la vision de l’équipe qui le porte. Avant   la campagne de Financement Participatif par dons ou par  investissements,  une due-diligence va valider la pertinence de l’investissement. Ensuite un travail est mené pour présenter la page web de campagne la plus optimale, celle susceptible de mobiliser le plus de soutiens et de fonds, grâce à la force de son texte, de ses images ou de sa vidéo pendant la campagne, la plateforme de crowdfunding va accompagner le porteur de projet dans sa démarche d’argumentation et de communication, ainsi que dans son effort pour convaincre les mécènes, prêteurs et investisseurs de le financer.

Dans le paysage du crowdfunding africain, Fiatope est une plateforme qui s’est lancé en 2015, d’abord sous la forme de dons. Dans cette catégorie,,la plateforme a financé 41 projets dans 11 pays (Cameroun, Bénin, Sénégal, Madagascar, Burkina Faso, France, Tchad, Congo, Guinée, Mali, Togo) qui ont levé un total de plus de 212 000 Euros. Depuis Juin 2021, une seconde plateforme a vu le jour pour étendre la portée de la première. Il s’agit de FIATOPE INVEST, qui opère dans le financement participatif par prise de participation. Les branches dons et investissements de Fiatope financent des entreprises africaines à fort impact social, prometteuses, innovantes et portées par des entrepreneurs dynamiques, avec une solide vision de développement. Les thématiques prioritaires de financement sont les énergies renouvelables, l’agro-alimentaire, la santé, la tech, le made in africa et l’éducation.

Pour cela, Fiatope mobilise notamment les diasporas africaines depuis 6 ans. Celles-ci constituent une force financière que la Banque Mondiale situe au dessus des volumes d’aide au développement. Si la levée moyenne sur Fiatope Dons est de 5200 Euros, Fiatope Invest permet de lever des tickets entre 30 000 Euros et 100 000 Euros. Les projets sont sélectionnés avec le plus grand soin et suivis de près après financement pour assurer le meilleur retour sur investissement possible. Fiatope s’est entouré au fil des années, de partenaires de plusieurs ordres : incubateurs, banques, agences média, réseaux de business angels et de mécènes, opérateurs mobiles, experts juridiques, comptables et experts sectoriels. Fiatope a lancé un fonds de dotation qui permet à tout internaute, où qu’il se trouve dans le Monde, de participer au financement d’un pool de projets. Il est possible de flécher son don ou son investissement vers un projet ou un pays donné.

Les opportunités et les enjeux du crowdfunding restent immenses en Afrique. Il s’agit d’améliorer l’accès des TPME/PMEs à des financements à faibles coûts, de booster la performance d’entreprises locales, d’attirer les diasporas, leurs capacités financière et leurs talents, le tout en ayant un impact positif sur le développement des pays.

Le Financement Participatif est un mode de financement exigeant. Parceque l’internaute devient banquier, fonds d’investissement ou pourvoyeur de subvention, l’entrepreneur doit le séduire en étant bon communiquant, en ayant du charisme, en sachant mobiliser ses soutiens. Le premier niveau de financement est généralement acquis grâce à ses cercles proches. Ensuite, le porteur de projet va mobiliser son audience sur les réseaux sociaux, sur son site web ou sa newsletter. Enfin, il va aller grapiller des soutiens auprès de la large foule d’anonymes, une fois sa levée bien avancée.

*À propos de l’auteur 

Eric Ntonfo a travaillé pendant près d’une vingtaine d’années dans l’industrie des télécoms et du digital, où il a acquis une solide expertise et expérience grâce à des rôles de poids. Il Est par ailleurs un serial entrepreneur;

Il a fondé KWENDOO, une plateforme de cagnotte en ligne internationale et panafricaine qui a financé plus de 1200 projets solidaires, causes ou urgences dans 20 pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie pour un impact à ce jour de plus de 750 000 Euros.

Il a également fondé FIATOPE, plateforme de financement participatif par dons, qui permet aux entrepreneurs innovants et à fort impact social en Afrique de financer leur pré-amorçage grâce à la mobilisation des diasporas et des soutiens dans les pays. FIATOPE a financé plus de 42 projets dans 11 pays du Continent pour un peu plus de 212 000 Euros de fonds levés

Est spécialiste du financement en amorçage de startups africaines. Et à ce titre très impliqué dans l’accompagnement des écosystèmes entrepreneuriaux sur le Continent auprès d’acteurs comme la Banque Mondiale ou l’AFD.

Il Est diplômé en Télécommunications et Multimédia de l’Ecole Nationale Supérieure des Ingénieurs de Caen. Aussi titulaire d’un Master of Business Administration de l’IAE de Paris et enfin d’un Master en Economie Numérique co-habilité par L’université Paris Dauphine, Télécom Paris-Tech et l’Ecole Polytechnique.

Contributionhttp://.financialafrik.com
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