Sénégal : polémique autour d’un projet de loi sur le terrorisme

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Le président Macky Sall est accusé par ses adversaires politiques d'user de tous les moyens possibles pour briguer un troisième mandat.

Au Sénégal, les contestations de l’opposition parlementaire au sujet des textes portant modification du Code pénal et du Code de procédure pénale n’en ont pas empêché l’adoption, ce vendredi 25 juin, par l’Assemblée nationale. Le projet de loi a été finalement voté avec 70 voix pour, et 11 contre.

Cette loi a fini de défrayer la chronique au Sénégal. Elle est sur toutes les lèvres de Fongolémie, au fin fond du Sénégal, aux quartiers les plus huppés de Dakar. La question fondamentale qui revient est de savoir pourquoi le président Macky Sall veut « imposer cette loi polémique ».

Réagissant à l’hémicycle, le ministre de la Justice, Malick Sall, est formel : le texte règle les problèmes de fuites de capitaux et du financement du terrorisme. Le GAFI (organisme chargé dans le monde entier de veiller et de superviser la lutte contre les blanchiments des capitaux et le financement du terrorisme), souligne-t-il, a recommandé au Sénégal d’adopter cette loi au risque de placer le pays dans sa liste rouge. « La date limite pour l’exécution des dispositions était fixée en janvier 2021. Nous avons eu du retard. Si nous laissons passer, le Sénégal sera classé dans une liste rouge », a-t-il expliqué.

Mais cette thèse n’a pas de quoi convaincre les détracteurs du chef de l’Etat. Ils estiment que la nouvelle loi, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, n’est qu’une machination visant à restreindre la liberté de manifester dans le pays. En effet, selon l’opposition parlementaire, les modifications apportées visent fondamentalement à assimiler l’exercice du droit de manifester au terrorisme.

S’exprimant sur le sujet, Ousmane Sonko – l’opposant le plus en vue actuellement dans le pays – est  allé plus loin. Selon l’opposant, Macky Sall veut jouer sur la sensibilité de la communauté internationale, en brandissant le terrorisme pour empêcher les manifestations au Sénégal. Le candidat arrivé 3e à la présidentielle de 2019 avec 15,67 % se dit convaincu que le président veut faire du forcing pour imposer son troisième mandat. C’est dans cette optique, souligne-t-il, que le président tente de museler ses adversaires politiques. « Mais qu’il sache que les Sénégalais ne sont pas dupes et ont compris son jeu politique », ajoute l’opposant.

Thierno Bocoum, président du mouvement L’Alliance générationnelle pour les intérêts de  la République (Agir), est également monté au créneau, indiquant que cette loi ne vise qu’à terroriser les leaders politiques et d’opinions. « Nous ne sommes pas dans une monarchie, nous avons le droit de nous exprimer », s’est-il écrié.

Le président Macky Sall est accusé par ses adversaires politiques  d’user de tous les moyens possibles pour briguer un troisième mandat. D’ailleurs, sa récente tournée économique a été qualifiée de « tournée politique » ou l’homme fort de Dakar cherchait à courtiser les populations.

En rappel, le Sénégal avait connu des émeutes meurtrières suite à l’arrestation du principal opposant Ousmane Sonko, le 3 mars 2021, pour affaire de viol présumé. Le régime avait alors accusé des « nervis » ainsi  que des « terroristes » financés par l’extérieur de vouloir mettre le  pays à feu et à sang. Sur ce, les autorités sénégalaises avaient émis leur souhait de corser la loi pénale pour non seulement punir les « délinquants », mais également éviter de tels scénarios.

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