La Barbade, sa stratégie pour développer des partenariats économiques avec l’Afrique (entretien)

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Modou Diagne, chargé des relations avec l'Afrique au sein de l'agence Barbados Investment and development corporation

Discrète mais ambitieuse, la Barbade entend bien devenir un acteur économique incontournable entre l’Afrique et la région des Caraïbes. En effet, Bridgetown veut développer ses partenariats économiques à travers une politique d’investissement axée sur le continent. Dans cet entretien accordé à Financial Afrik, le Sénégalais Modou Diagne, chargé des relations avec l’Afrique au sein de Barbados Investment and development corporation, une agence gouvernementale de la Barbade, revient sur la stratégie mise en œuvre par l’Etat insulaire caribéen à cet effet.


Beaucoup d’Africains ne situent pas la Barbade sur une carte du monde. Pourtant, cet Etat insulaire caribéen va développer une politique d’investissement vers le continent africain. Vous qui êtes Sénégalais et en charge de la promotion des relations commerciales entre le continent africain et la Barbade où vous êtes implanté,  dites-nous pourquoi la Barbade axe sa stratégie d’exportation vers l’Afrique.

La Barbade souhaite développer des relations commerciales durables avec le continent africain. Avec l’agence gouvernementale de la Barbade, nous travaillons à repérer d’éventuels partenaires sur le continent qui peuvent faciliter les échanges entre notre Etat et l’Afrique. La Barbade a un véritable savoir-faire dans plusieurs secteurs dont celui des panneaux photovoltaïques. Ici, 60% de la population en est équipée. C’est très pratique pour les chauffe-eaux. Dans le secteur des lentilles intraoculaires, nous avons aussi une société offshore implantée dont l’expertise est reconnue.

Modou Diagne, vous êtes arrivé avec 3.000 dollars barbadiens il y a 16 ans. Et aujourd’hui, vous serez l’interface au niveau des relations business entre le continent africain et la Barbade. Etes-vous en pleine construction, malgré vous, d’un pont économique et politique entre Bridgetown et les capitales africaines ?

Bien évidemment, nous en avons conscience. Je suis né au Sénégal. J’y ai grandi puis j’ai étudié en France avant de tenter l’aventure barbadienne grâce à une femme rencontrée sur mon chemin. Dans la Caraïbe, nous travaillons constamment aux rapprochements culturels et économiques avec le continent africain. Ici, nous avons un long passé en commun avec l’Afrique. Et c’est forcément une source de fierté de voir que le gouvernement de la Barbade se rapproche économiquement de notre continent.

Plus proches des Amériques, les Caraïbes ont souvent préféré l’Oncle Sam au continent de Kwame Nkrumah pour le business. Sans pour autant inverser la tendance, la Barbade a manifesté un intérêt politique et économique vis-à-vis du continent. Comment décrivez-vous cette tendance ?

Il y a eu une accélération avec les rencontres entre la première ministre de la Barbade, Mia Mottley, et les présidents respectifs du Kenya et du Ghana. Cela démontre le fort intérêt et leur réciprocité. D’une manière générale, je dirais que la Barbade suit une stratégie sur le long terme. Et cette vision n’est pas prête d’être remise en cause par la voie des urnes. Lors des dernières élections, le parti en place a remporté la totalité des sièges au parlement. Il faut dire que l’opposition est fortement décriée sur l’île.

Pour votre nouvelle ‘conquête’ commerciale avec le continent africain, quelle sera votre stratégie ?

Notre stratégie est d’accompagner les exportateurs. Nous obtiendrons toutes les autorisations nécessaires auprès des autorités compétentes. Par la suite, nous allons repérer les différents partenaires et distributeurs en s’appuyant sur l’expertise de cabinets. Nous devons limiter les risques pour les entreprises. Le continent est attractif, mais nous devons compter sur les entreprises locales qui connaissent leur marché.

Est-ce que la Covid-19 a eu un impact dans cette nouvelle orientation gouvernementale ?

Elle a été un accélérateur. La Barbade a pris conscience qu’elle ne pouvait plus compter uniquement sur le tourisme. Elle devait aussi être une terre d’interconnexion pour les business, de productions et d’exportations vers toutes les régions du monde. C’est l’ambition de la Barbade et la mienne également en tant que chargé des relations avec l’Afrique au sein de notre institution gouvernementale, Barbados Investment and development corporation.

Afin d’y parvenir, quels sont les étapes à franchir ?

Il nous faut approfondir cette relation de confiance naissante. L’Afrique est un continent avec diverses facettes qu’il faut approcher avec beaucoup d’humilité. Dans les prochaines années, nous nous battrons pour la mise en place d’une ligne aérienne entre la Barbade et le continent africain. Ce serait un projet fantastique qui démontrera la vitalité des relations culturelles et économiques entre la Barbade et le continent africain.

Enfin, quelle est votre vision pour les dix prochaines années ?

J’ai espoir que ce rapprochement économique entre la Barbade et l’Afrique soit pérenne et que cela inspire d’autres Etats de la région Caraïbe. Et je suis très confiant à l’avenir car nos peuples tendent à s’interroger sur leurs origines communes. Par la suite, il faudra réfléchir pour tracer un avenir ensemble entre la Caraïbe et notre continent. 

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