En France, doxa anti-raoultiste et police de la pensée

1
Le président français, Emmanuel Macron et le médecin marseillais Didier Raoult, deux versants humains d'une crise sanitaire aux conséquences politiques certaines.

Par LAURENT MUCCHIELLI

Six chercheurs ont mis en cause notre récent article consacré au rôle de l’industrie pharmaceutique dans la polémique sur la thérapeutique du Covid, l’IHU de Marseille et le professeur Raoult. On leur répond en montrant d’une part que leurs arguments sont réfutables, d’autre part qu’ils cachent un anti-raoultisme primaire (fort répandu) qui relève de l’opinion et non de la science. Episode 28.

Contrairement à ce que l’on pouvait croire à la fin du siècle dernier, dans l’euphorie de la découverte d’Internet et de la séduction d’une «utopie numérique », la vie intellectuelle se porte assez mal en France, comme dans d’autres démocraties occidentales. Si chacun ou presque peut s’exprimer, l’on sait de moins en moins débattre. Les échanges électroniques et sur les réseaux sociaux sont même devenus globalement très agressifs. A l’occasion de la « crise sanitaire », les démocraties occidentales ont par ailleurs redécouvert les phénomènes de censure exercés d’une part à l’échelle internationale par Google, Facebook et Twitter sur Internet (voir par exemple ici), d’autre part en France par des journalistes ayant manifestement peur de déplaire au pouvoir politique (voir par exemple ). Faute de capacités d’investigation, les entreprises de presse sont devenues hyper-dépendantes envers la communication des gouvernements. De nouvelles doxas s’imposent parmi les élites, renvoyant les contestations populaires ou même simplement les différences de pensée à un territoire déviant généralement stigmatisé comme « complotiste ». Où finit la lutte contre la désinformation des uns et où commence la défense de la propagande des autres ? Une sorte de nouvelle police de la pensée se mettrait-elle en place ? Telles sont certaines des questions qui resurgissent aussi au fil de l’enquête initiée sur ce blog en mars 2020 et que l’on se permettra d’illustrer ce jour par la petite mésaventure qu’a connu l’auteur de ces lignes tout récemment au sein du petit milieu des chercheurs en sciences sociales.

De quoi s’agit-il ?

En juin 2020, je publiais dans une revue de sociologie anglo-saxonne un article intitulé « Behind the French controversy over the medical treatment of Covid-19: The role of the drug industry » (Derrière la controverse française sur le traitement médical du Covid-19 : le rôle des industries pharmaceutiques). L’article développe en détail une analyse dont ce blog s’est fait l’écho à plusieurs reprises. Mon hypothèse centrale est que la très intense polémique qui a caractérisé le débat public français de février à mai 2020 et qui s’est cristallisée sur le personnage d’un médecin et virologue marseillais (Didier Raoult), constitue une sorte d’écran de fumée cachant en réalité d’autres enjeux, le principal étant une guerre du médicament. J’explique que cette dernière ne peut être véritablement comprise que si l’on ne replace au centre de l’analyse les enjeux financiers et commerciaux que représentent les médicaments (de même que les vaccins) pour les industries pharmaceutiques. Les deux médicaments composant le protocole thérapeutique préventif de l’équipe médicale dirigée par le Prof. Raoult (un antiviral et un antibiotique) sont en effet des génériques très anciens et ne coûtant presque rien. En face, un des principaux industriels (Gilead Science) a déployé depuis plusieurs années des efforts financiers colossaux pour s’assurer de pouvoir placer sur le marché médical de l’épidémie un médicament sous brevet et coûtant extrêmement cher. Et je montre que l’une des dimensions de cet effort financier consiste en un trafic d’influence à destination des médecins et des organismes nationaux et supranationaux de santé publique (notamment l’OMS). Ceci d’une part recoupe des analyses somme toute classiques lorsque l’on pratique la sociologie de la délinquance en cols blancs (voir les pages que je consacre aux industries dans le chapitre 3 de mon manuel universitaireSociologie de la délinquance), d’autre part correspond également aux préoccupations actuelles de la recherche sociologique comme en témoigne le tout dernier numéro de la revue Sciences sociales et Santé intitulé « Conflits d’intérêt et santé publique ».

Et pourtant, que n’avais-je pas fait ! Je m’attendais à subir éventuellement des attaques de représentants officiels ou officieux de cet industriel. Las, ils n’ont pas besoin de s’en donner la peine. D’autres s’en chargent, avec une agressivité à peine contenue et des arguments fortement biaisés. On observera d’abord la manœuvre, puis on essayera de l’interpréter.

Lire la suite

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,
    Cet article de Laurent Mucchieli, est très partisant. L’auteur reproche l’absence de débat en refusant lui-même des opinions différentes de la sienne. Cet anti-raoultisme a été créé par Raoult lui-même a annonçant qu’il avait trouvé la solution miracle. Aucune étude menée par de nombreux chercheurs indépendants n’a retrouvé les mêmes résultats. Beaucoup de contradictions dans toutes les affirmations du Professeur. A contrario, la méthodologie de Raoult a été copié dans de nombreux pays au meprit du respect de l’étique scientifique et sans contrôle. C’est ça que de nombreux chercheurs lui reproche et même sans faire de partisianisme.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here