Mauritanie: la “Isabel Dos Santos” locale placée sous contrôle judiciaire

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Mauritanie: justice et intrigues politiques dans le menu de l'actualité.

Entre la Mauritanie et l’Angola, distants de 6 900 km, la similitude est frappante. Le président Eduardo Dos Santos décide de quitter le pouvoir en août 2017 comme un convive repu sortant d’un banquet après 38 ans de règne. A des milliers de kilomètres de Luanda, son homologue mauritanien en fait de même, en août 2019, en ne briguant pas de troisième mandat, cédant le pouvoir après deux mandats (2009-2019). L’un et l’autre ne tarderont pas de se faire rattraper par les frasques commis sous leurs règnes respectifs.

Les ex présidents mauritanien et angolais sont sous le coup du rouleau compresseur de la reddition des comptes. Isabel Dos Santos, milliardaire en dollars et son mari Sindika Dokolo, héritier d’une grande fortune congolaise, on vu leurs comptes gelés. Beaucoup moins connue, Asma Mint Abdel Aziz, la fille de l’ancien président mauritanien et son mari, Mohamed M’Sabou, viennent d’être placés sous contrôle judiciaire. Si Isabel Dos Santos vit à l’étranger et se bat avec la justice de son pays par avocats et presse interposée, sa compagne d’infortune, elle, se trouve en Mauritanie, obligée, à l’instar de nombreux dignitaires de ces dernières années, de répondre aux interrogations des limiers de la police économique documentées par un rapport de la Commission d’enquête parlementaire.

Le gendre de l’ancien président mauritanien n’a rien de l’envergure de Sindika Dokolo, gendre de Dos Stantos, amateur de l’art et, à ses heures perdues, défenseur acharné du retour des oeuvres africaines volées lors de la colonisation. Moins aérien et plus terre à terre, Mohamed M’Sabou, impénétrable aux représentations artistiques, considérées d’ailleurs comme impies selon une interprétation rigoriste du Coran, a été le représentant de quelques grosses entreprises d’électricité en Mauritanie. Cas du chinois Sinotec et de l’indien Kalpataru avec lesquels il aurait signé de juteux contrats. Juteux mais pas avec le même flamboyant que Sindika Dokolo, qui avait racheté le joailler suisse De Grisogono en 2012 sous les applaudissements nourrie de la presse peoplequi ne se posait pas de questions.

Loin d’aspirer au monde des paillettes, Mohamed M’Sabou préfère nouer de belles affaires derrière les dunes et à l’abri du mauvais oeil. Ni vu ni connu quand il décroche le partenariat de la société australienne BCM International, signataire d’un accord de joint venture avec la Snim portant sur l’exploitation de la mine de fer de F’Derick située au nord de la Mauritanie.

Si Sindika Dokolo du temps de sa splendeur lançait un brin agacé “pourquoi pas des oligarques africains”, son jumeau mauritanien signait motus et bouche cousue en s’attribuant une mine sur le fait du prince. Aucune posture politique ou idéologique connue mais le sens du business à fleur de peau, sous l’ombre portée du pouvoir. Les deux personnalités politiquement exposées (PPE) sont aujourd’hui rattrapées par le destin des hommes de pouvoir. Arriveront-elles à prouver leur innocence dans un contexte africain où la présomption d’innocence de l’accusé tout comme la bonne foi de l’accusateur sont à géométrie variable, en fonction des ordres ? Espérons qu’à la vue du MacArthurisme qui frappe des régimes qui ont pu résister à la tentation du mandat de trop, certains des présidents africains encore aux affaires ne se cramponnent définitivement sur leurs fauteuils.

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