La diaspora africaine transfère en moyenne 60 milliards de dollars vers le continent. Une mamelle nourricière menacée par le covid-19.

Par Samir Bouzidi*


Ils s’auto-définissent volontiers comme les porte-voix des victimes des injustices, de la corruption et des incuries des gouvernants de leur pays d’origine. Concernant leur mode opératoire « musclé », ils assument une forme nouvelle de lutte inspirée des techniques du « guerilla marketing » qui ont fait le succès notamment de l’ONG « Greenpeace ». Alors que dans le « camp d’en face », les canaux officiels issus des pays d’origine les dépeignent comme des traitres et hooligans au solde d’opposants et d’intérêts étrangers !

Rien à gagner, tout à perdre !

C’est une réalité tristement africaine….entre les ultras des diasporas et les autorités de certains pays d’origine, le passé est clair et l’avenir obscur… et l’intérêt national perdant à tous les coups ! Or par ces temps de crise, aucun dirigeant africain responsable n’a plus intérêt à continuer la brouille avec la diaspora, un partenaire stratégique à la contribution potentiellede 10% du PIB. Le Cameroun, la RDC, la Côte d’Ivoire, la Guinée, l’Algérie… l’ont appris à leurs dépens ! Malgré le potentiel important de leur diaspora respective, les transferts financiers diasporiques ne dépassent pas 3%  du PIB (et moins de 1% pour le Cameroun !) contre plus de 10% pour le Mali et le Sénégal par exemple … et c’est la conséquence notamment de rapports conflictuels ou distants des autorités en place avec une partie de la diaspora !

Historiquement, les mouvements d’opposition au sein de la diaspora ont essaimé avec les premiers migrants. Dans certaines communautés (Tunisie, Guinée, Cote d’Ivoire, RDC….), les exilés politiques font mêmes parfois figures de doyens voire de socles. Depuis quelques années, aux côtés de ces précurseurs, a émergé toute une mouvance nouvelle plus radicalisée, recrutant majoritairement chez les cercles d’ex-étudiants, intellectuels et parmi les groupes ethniques se sentant sous considérés au pays d’origine. Il faut savoir que ces jeunes et moins jeunes, en situation transitoire pour la plupart, étaient programmés pour revenir au pays d’origine…Et, ils vivent en conséquence leur situation actuelle comme un exil forcé d’où la violence de leurs discours et le sens du sacrifice (comme par exemple, se priver de visiter la famille au pays par peur de représailles). Quantitativement, ils sont à peine quelques centaines d’actifs par communauté mais ils maitrisent l’outil digital et l’art d’evenementialiser leur actions si bien que leurs positions sont propagées et connues des majorités. D’autant plus que leurs leitmotivs sonnent positivement pour le plus grand nombre : corruption, clientélisme, sous-développement, discriminations ethniques, stigmatisation de la diaspora….

A l’instar des mouvements précurseurs : « Les combattants » (RDC), les « Brigades Anti-Sardinars » (Cameroun) ou plus récemment la coordination en France du « Hirak » (Algérie)ou encore le tout nouveau « Collectif pour la transition en Guinée » (Guinée Conakry), ces réseaux de néo-opposants ont désormais pignons sur rue dans les « pays-bastions » (France, UK, Allemagne, Belgique, US…) et jouissent d’une relative et toute nouvelle tranquillité de la part des autorités d’accueil. Leurs terrains de chasse favoris : le parasitage des déplacements des officiels, les manifestations publiques, le boycott d’artistes jugés proches du pouvoir, les relations presse … systématiquement relayés sur les réseaux sociaux.

Sortir des stratégies d’affrontement systématique…

Il faut dire que la popularité de ces groupes tient autant à leur faits d’armes qu’aux stratégies d’affrontement systématique de certains pays d’origine qui au final les a renforcés en les plaçant médiatiquement en première ligne. Des stratégies qui montrent aujourd’hui toutes leurs limites et qui ont consisté des années durant à : stigmatiser et/ou se distancer de la diaspora ; encercler les opposants par l’émergence de contre-mouvances partisanes ou structures parapubliques ; faire marcher la machine du « renseignement » et des représailles ; pratiquer la « chaise vide »…Alors que la prise de mesures simples mais fortes et symboliques aurait permis d’obtenir,depuis des années, une accalmie constructive pour tous. En nommant par exemple dans les « pays-bastions », des ambassadeurs et consuls neutres et moins partisans à même de nouer des relations apaisées avec tous ; en « lâchant du lest » sur des revendications légitimes et populaires (citons notamment le droit à la double nationalité au Cameroun et en RDC) ; en canalisant ces voix radicales dans des structures reconnues (exemple du Conseil supérieur de la diaspora malienne, originellement dissident mais aujourd’hui interlocuteur reconnu par les autorités)…

Par pragmatisme et pour l’intérêt national, il est urgent aujourd’hui pour les pays affectés économiquement de chercher à apaiser la relation avec leur diaspora ce qui passe par renouer le dialogue avec ses ultras. Dans cette perspective, le projet de nouveaux droits constitutionnels pour la diaspora algérienne énoncé par le président algérien ;  la récente initiative de dialogue au Cameroun, autour du réseau parlementaire diaspora « Rep-COD » visant à échanger avec les « anti-Biya » radicaux, sont  des initiatives qui vont dans le bon sens… « Avec une main fermée, on ne progresse pas ! »(proverbe camerounais)…

*Samir Bouzidi, CEO Impact Diaspora, est Ethnomarketer, spécialiste des diasporas africaines.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here