France-Algérie: la guerre mémorielle et politique par historiens interposés

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Deux historiens aux destins croisés. Photo El Watan.

La France a choisi Benjamin Stora, “un historien spécialiste de l’Algérie”. l’Algérie a jeté son dévolu, lundi 20 juillet sur Abdelmadjid Chikhi, directeur de ses archives nationales et conseiller auprès de la présidence de la République, chargé justement des archives et de la mémoire. L’un et l’autre vont s’atteler à la tâche la plus importante depuis 60 ans : revisiter l’histoire et réconcilier les mémoires d’une douloureuse décolonisation soldée, côté algérien, par un million de martyrs dont le souvenir, érigé en une statue indéboulonnable sur la place centrale d’Alger, est un lieu incontournable pour tout visiteur dans la ville à l’architecture néo-mauresque héritée des années françaises.

Les deux historiens symbolisent chacun des pans de la guerre d’Algérie. Né à Constantine en 1950, Benjamin Stora et sa famille se sont exilés en France en 1962 où ils ont débarqué en même temps que les familles juives et les “Harkis”, ces algériens musulmans (qui représentent aujourd’hui avec leurs descendants 800 000 de personnes en France) qui ont choisi de combattre aux côtés de la France. L’algérien Abdelmadjid Chikhi porte lui aussi les stigmates de la guerre de l’indépendance en tant qu’ancien combattant du Front de libération nationale (FLN), le David qui a pu venir à bout du Goliath.

Les deux historiens offrent en fait les deux pièces d’une même histoire qui s’est jouée entre 1954 et 1962 et qui a mis fin à l’Algérie française pour donner naissance à l’Algérie actuelle, révolutionnaire et socialiste. La tâche de conciliation n’est pas aisée, Benjamin Stora ayant tenu à préciser qu’il n’intervient pas dans une commission mixte entre les deux pays mais devrait remettre au président Macron des notes de réflexion sur la déconolisation en Algérie. D’aucuns disent que ce travail décidé d’un commun accord entre le président Emmanuel Macron et son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune sera trop politique pour ne pas faire de concessions ou de compromis avec l’histoire qui, elle, est la relation des faits du passé.

«Nous souhaitons qu’ils accomplissent leur travail dans la vérité, la sérénité et l’apaisement pour régler ces problèmes qui enveniment nos relations politiques, le climat des affaires et la bonne entente. Il faut affronter ces événements douloureux pour repartir sur des relations profitables aux deux pays, notamment au niveau économique», avait déclaré le président algérien dans un entretien accordé le 13 juillet dernier au journal français l’Opinion.

Début juillet, M. Tebboune avait aussi déclaré à la chaîne de télévision France 24 attendre des excuses de la France pour la colonisation de l’Algérie afin «d’apaiser le climat et le rendre plus serein». Reste à savoir si le président français, à deux ans de la fin de son mandat, osera faire autant que le candidat Emmanuel Macron, en déclarant que la colonisation est un crime au risque de mettre de l’eau dans le moulin de l’extrême droite, plus que jamais en ascension. En tout cas, Paris qui a remis au début du mois les restes de 24 combattants algériens tués au début de la colonisation française au XIXe siècle, n’a pas encore cédé sur les “archives coloniales”, sur le dossier des 2 200 algériens portés “disparus” et sur celui des essais nucléaires menés au Sahara.  

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