La covid-19 donne, un aperçu du futur du travail

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"Qui êtes-vous si vous ne vous habillez plus pour quitter la maison tous les jours ou si vous ne klaxonnez pas pour que la porte du garage s’ouvre pour votre voiture de fonction?", s'interroge Ramatoulaye Diallo en abordant la dimension sociologique du travail à distance.

Par Ramatoulaye Diallo, directrice Orange Finances Mobiles Sénégal (OFMS).


La crise mondiale des quatre derniers mois a à la fois révélé et redéfini la culture du travail de façon inattendue et surprenante. Travailler avec notre équipe à la fois au niveau local et mondial a mis en évidence l’importance de compétences telles que la flexibilité et les relations interpersonnelles pour le futur du travail, l’après- COVID. Dans cet article, je décris le rôle des différents modes de travail flexibles et des voyages d’affaires dans le futur du travail.


Les modalités de travail flexibles sont là pour rester

La vitesse à laquelle les organisations dans le monde entier ont adopté le travail à distance est impressionnante. Nous avons tous vu la blague selon laquelle la pandémie est le plus grand catalyseur de la transformation numérique tant attendue. Dans notre métier, la volonté de continuer à travailler à domicile même après le COVID a été clairement exprimée. Cependant, j’ai été surprise par le peu de personnes souhaitant une option de travail entièrement à distance. Lorsque de grandes entreprises de tech telles que Twitter et Google annoncent un travail à durée indéterminée à domicile, il est tentant de vouloir généraliser une telle pratique. Avant de le faire, il est important que vous écoutez un peu plus attentivement vos équipes. Ou mieux encore, observez et prenez soigneusement note des habitudes de la société dans laquelle vous vivez.

L’introverti en moi aurait préféré que tout le monde profite de cette occasion pour récupérer le temps perdu dans le déplacement et le consacrer à travailler de façon plus approfondie sur les projets. Mais cela exclut le pourcentage de personnes dont l’énergie n’est au top qu’au contact humain. Pour ce type de personnes, travailler à distance 100% du temps peut se transformer en une forme de torture. Je ne suis pas sociologue et l’affirmation qui suit ne repose sur aucune enquête. Mais je soupçonne que notre culture généralement chaleureuse et extrêmement sociable en Afrique de l’Ouest doit contenir un pourcentage significatif de ce que Susan Cain décrit comme des extravertis, ceux qui tirent leur énergie des gens qui les entourent. Susan est l’auteur de Quiet, le best-seller historique qui a poussé les introvertis du monde entier à revendiquer leur nature recluse comme un atout.

Pour les extravertis de nos équipes, avoir un cordon ombilical attaché à un bureau physique, ainsi que le temps passé avec leurs pairs est essentiel à leur bien-être et à leur productivité. La dimension sociale de la vie au bureau est encore plus importante pour ceux dont l’identité est quelque peu définie par leur employeur et qui ont amassé et préservé du capital social aux yeux de leur famille et de leurs voisins. Qui êtes-vous si vous ne vous habillez plus pour quitter la maison tous les jours ou si vous ne klaxonnez pas pour que la porte du garage s’ouvre pour votre voiture de fonction? Est-ce considéré comme du travail si vous ne quittez même pas la maison? Sans jugement, il est essentiel d’inclure également ces besoins apparemment superficiels dans notre réflexion et nos plans post-COVID. Aussi important qu’il soit de garder un œil sur l’expérience vécue des par les entreprises dans le monde entier, il est tout aussi essentiel de maintenir une lentille culturelle et humaine dans nos plans pour le lieu de travail post-COVID.

Les voyages d’affaires sont essentiels. Nous en avons moins besoin.

Cette période a permis aux entreprises dans le monde entier la possibilité de réduire leur budget voyage à zéro pendant quelques mois. Nous ne faisons pas exception. Apparemment miraculeusement, l’entreprise fonctionne toujours. On pourrait alors conclure rapidement que le voyage ne doit pas avoir été un facteur clé de succès de notre activité et que nous pourrions être mieux sans lui.

Bloquée au sol depuis fin février , j’ai néanmoins pu continuer à diriger mon équipe, poursuivre mes programmes d’apprentissage à travers des webinars et des cours en ligne et utiliser des outils de visioconférence avec nos collègues en Europe et dans d’autres pays africains.

Dans cette période, j’ai réfléchi à la raison d’être des voyages d’affaires et je crois maintenant que les voyages d’affaires sont mieux utilisés pour nouer des relations et non pour des échanges d’informations. Les derniers mois ont montré que les réunions classiques sont bien sur Zoom ou Teams. Cependant, le succès de ces outils avec les équipes repose souvent sur des mois ou des années de liens ayant été tissés auparavant.

Quand il sera de nouveau sûr et sécurisé de se rassembler, faisons- le, mais pas au rythme effréné des voyages par avion. Faisons beaucoup moins de voyages, mais construisons des équipes plus fortes, qui ont eu la chance de s’écouter et de partager des expériences significatives. C’est ce qui renforcera les liens qui unissent une équipe. Cela contribuera grandement à la confiance et à la résilience de l’équipe.


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